Schizophrénique : s’il ne fallait utiliser qu’un seul mot pour décrire notre Borussia Dortmund dans cette première moitié de saison, c’est sans doute celui-ci que j’emploierais. Ce match contre l’infect RB Leipzig est un peu à l’image de ce que réalise notre équipe depuis le mois d’août, capable du meilleur comme du pire. Le meilleur, comme surclasser l’une des meilleures équipes d’Allemagne lors d’une première mi-temps éblouissante, le pire, comme d’anéantir tous ses efforts sur deux erreurs grossières largement évitables. Nos ambitions cette année vont beaucoup dépendre de savoir qui du Dr. Jekyll ou de Mr. Hyde saura prendre le dessus au printemps.

La DFL a la mauvaise habitude de toujours programmer une journée de Bundesliga en semaine juste avant Noël. Pas vraiment l’idéal professionnellement dans le rush infernal d’avant les Fêtes. Mais, si je peux concevoir d’éventuellement rater un match amical ou de Ligue des Champions, voire même un tour de Pokal, la Bundesliga c’est sacré ! C’est 34 matchs, il y a chaque fois trois points en jeu, donc pas question d’en rater un seul. Je case donc dans mon agenda un aller-retour express outre-Rhin. Un atterrissage avant le match à 17h30 à Düsseldorf, un redécollage le lendemain aux aurores à 7h, soit moins de 14 heures passées sur sol allemand. Quatorze heures en Allemagne, six buts (dont trois de trop), quinze bières (et quelques-unes de pas assez en raison des trois buts superflus précités) : ensuite, il y aura cinq interminables semaines sans match au Westfalenstadion, il fallait profiter de notre temple jusqu’au bout, même si, une fois n’est pas coutume, la Biergartenrunde a été un peu raccourcie.

Leipzig est tragique

Le match est annoncé à guichets fermés mais avec « seulement » 80’200 fans au lieu des 81’365 habituels. Pour un match sommet. La raison de cette affluence confidentielle ? Un trou au milieu du Gästeblock, les clients opportunistes du RB n’auront donc même pas réussi à écouler les 1500 places qu’ils avaient commandées. Une honte, quand on sait que d’autres clubs est-allemands sont capables de déplacer tous les week-ends 3000 fans pour des combats d’arrière-garde en Dritte Liga. « Null Toleranz gegenüber RB Leipzig ! », proclame la Südtribüne. Et effectivement, c’est un devoir pour tous fan allemand qui se respecte de combattre ces constructions purement artificielles qui représentent une menace pour le modèle de football populaire et authentique que nous défendons et une concurrence déloyale pour les Traditionsverein établie puisque d’un côté on a des clubs qui doivent se contenter des recettes usuelles d’un club de football et de l’autre des jouets qui peuvent dépenser sans compter grâce aux largesses de leur commanditaire. Après, si la finalité purement commerciale de ce truc doit être dénoncée et combattue, cela n’empêche pas de reconnaître l’excellence du travail accompli à Leipzig où Red Bull a réussi à mettre en place une véritable machine de guerre sans forcément acheter des stars à prix d’or mais grâce à la pertinence de son recrutement. Depuis deux mois, Leipzig est la meilleure équipe de Bundesliga et commence même à compter en Europe en remportant son groupe (il est vrai d’une insigne faiblesse) en Ligue des Champions.

Eblouissant

Le défi était donc de taille pour nos Jungs. Mais ils ont parfaitement su le relever. Notre première mi-temps est éblouissante. Leipzig est réputé pour l’intensité qu’il met dans son jeu mais, pendant 45 minutes, les Rattenbullen sont complètement étouffés par nos Borussen. C’est cela qu’on veut voir ! Une équipe qui utilise l’ambiance fantastique du Westfalenstadion pour manger son adversaire dans les duels, ne pas lui laisser un centimètre d’espace et tuer dans l’œuf toutes tentatives de projection verticale expresse qui font la force du RB.  Les occasions commencent à s’enchaîner. C’est d’abord Mats Hummels sur corner qui alerte une première fois le gardien Gulàcsi. Puis le portier hongrois de Leipzig doit s’interposer sur une frappe d’Hakimi dans un angle fermé. La BVB ne relâche pas la pression et Sancho met à son tour Gulàcsi à contribution ; complètement submergés par les vagues jaunes, les Rattenbullen ne parviennent pas à se dégager et, dans la continuité, Raphaël Guerreiro remise en retrait pour Julian Weigl dont la frappe trompe le dernier rempart saxon. La frappe de notre milieu de terrain était un peu flottante mais, sur le coup, Peter Gulàcsi est quand même un peu fautif, lui qui avait pourtant été désigné meilleur gardien de Bundesliga 2018-2019, devant un certain Roman Bürki. Comme quoi, des erreurs peuvent arriver même aux meilleurs…

Le chef d’œuvre de Brandt

Le Borussia ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Jadon Sancho sert Julian Brandt qui réalise un petit chef d’œuvre pour doubler la mise avec une délicieuse roulette pour éliminer Upamecano, transformé en cône de chantier sur le coup, et marquer d’une frappe surpuissante. On craignait un peu qu’en l’absence de Witsel et Delaney, nos deux milieux « défensifs » Weigl et Brandt souffrent face à la puissance physique du milieu de terrain de Leipzig mais c’est tout le contraire qui s’est produit en première mi-temps : nous avons complètement gagné le bataille du milieu de terrain et en plus nos deux demis axiaux ont inscrit chacun leur but ! Leipzig est complètement surclassé et n’a guère d’autres solutions que de multiplier les simulations, comme d’habitude, pour essayer de casser le rythme dortmundois. Avec dans le rôle du tricheur en chef bien évidemment l’exaspérant Timo Werner, qui se roule par terre au moindre contact, une bonne répétition avant Neymar. Enfin, si celui-ci n’est pas blessé en février et mars…

Il faut attendre les arrêts de jeu de la première période pour voir une occasion saxone. Jusque-là, Roman Bürki avait été le dortmundois le moins en évidence car il n’avait rien eu à faire mais il se met au diapason de ses coéquipiers en réalisant deux magnifiques parades devant Poulsen puis, sur le corner qui s’ensuit, Werner. Pour nous permettre d’attendre la pause avec cet avantage de deux buts. Une première mi-temps de rêve, avec du jeu, de l’agressivité, de l’intensité, de la virtuosité, sans aucun doute la meilleure mi-temps réussie par le BVB cette saison. Mieux que la deuxième contre Barcelone car il y a eu les buts en plus, mieux que la deuxième contre l’Inter car il y avait plus de sécurité défensive, mieux que la deuxième contre Leverkusen qui nous avait grandement facilité la tâche avec sa tactique suicidaire et mieux que la Supercup contre Bayern car l’enjeu était bien supérieur. Nous avons simplement surclassé une équipe qui marchait sur la Bundesliga depuis des semaines parce que nous avons su élever notre jeu à un tel niveau que ça allait trop vite et trop fort pour Leipzig, constamment pris à la gorge et empêché de déployer les transitions ultra-rapides qui font d’habitude sa force. Ce BVB-là peut réaliser de grandes choses, en Bundesliga bien sûr, mais aussi en Pokal et même en Ligue des Champions. Quand elle joue comme cela, notre équipe est tout bonnement irrésistible et n’a rien à craindre de personne ni en Allemagne ni en Europe. C’est plutôt encourageant. Le problème, c’est seulement « quand elle joue comme cela ».

Le déluge

A la mi-temps, nous nous faisions justement la réflexion avec mon pote Karli qu’il était difficile d’imaginer que c’était la même équipe et presque les mêmes joueurs sur le terrain qui, au même endroit, nous avaient servi seulement un mois auparavant cette bouillie insipide contre Paderborn, pourtant nettement moins redoutable que le RB. Je rappelle aussi à mon ami que, la saison passée, nous avions aussi cru avoir fait le plus dur en menant 3-0 du « mauvais côté », devant la Nordtribüne, contre Hoffenheim mais que nous avions concédé l’égalisation à 3-3. Le rappel n’est pas innocent car, sur banc d’Hoppenheim, c’était le même entraîneur, Julian Nagelsmann, aujourd’hui à Leipzig, même si en face Lucien Favre, grippé, était absent ce soir-là. Et, malheureusement, l’histoire va se répéter. Durant la pause, de véritables trombes d’eau s’abattent sur le Pott. Pas grave se dit-on, nous sommes bien à l’abri dans notre Block 85 et, quand ça tombe aussi fort, cela ne dure jamais longtemps. Le seul problème, c’est que nos joueurs, eux, n’étaient pas à l’abri…

Le temps des cadeaux

On ne sait pas si la pluie et le vent ont joué un rôle dans l’erreur de Roman Bürki mais notre gardien offre la réduction du score aux Bullen dès la reprise. Sur une sortie pas vraiment nécessaire car Akanji était le premier sur le ballon, notre portier évalue mal la trajectoire et son coup de tête manqué finit directement sur Timo Werner qui n’a plus qu’à marquer dans le but vide. La Suisse est le pays de l’horlogerie et de la mécanique de précision. Et ce BVB de Lucien Favre est une mécanique de haute précision. Quand tout fonctionne comme en première mi-temps, c’est aussi beau à voir et efficace qu’une montre suisse. Le problème, avec la haute précision, c’est qu’un grain de sable peut suffire à tout dérégler. Notre entraîneur vaudois n’a pas encore réussi à emballer sa mécanique d’acier trempé du Ruhrpott pour la rendre insensible aux grains de sable. Le BVB de Thomas Tuchel, capable de performances éblouissantes à domicile avant d’aller se vautrer lamentablement sur la pelouse d’un mal classé au jeu engagé, connaissait le même problème. Tout comme celui de Peter Bosz, flamboyant en début de saison puis complètement perdu à l’arrivée des premières difficultés.

Et effectivement, notre équipe est devenue fébrile dès le premier but encaissé. Complètement submergé en première période, Leipzig se fait beaucoup plus menaçant. Roman Bürki doit réaliser un arrêt splendide devant Klostermann pour préserver notre avance. Mais il ne pourra rien sur une affreuse passe en retrait de Julian Brandt qui offre l’égalisation à Timo Werner, qui trottinait comme pas concerné par le jeu dix mètres derrière notre défense. On n’en voudra pas trop à Roman et Julian qui nous ont apporté beaucoup de points ces dernières semaines et à qui nous devons notre qualification en Ligue des Champions. Mais c’est frustrant : Julian Nagelsmann a sans doute sermonné ses joueurs à la pause, Leipzig a joué plus haut après la pause, les duels, totalement à notre avantage en première mi-temps, se sont équilibrés mais il n’y a pas non plus eu de changement tactique qui justifiait pareil retournement. Cette égalisation, ce n’est pas le RB qui est allée la chercher, c’est nous qui la lui avons offerte. D’accord, c’est bientôt Noël, le match a commencé avec un magnifique Jingle Bells, mais ce n’était pas une raison pour offrir pareils cadeaux. Et surtout pas à ce truc-là qui mérite mépris et sifflets plus que des cadeaux. Ou comment anéantir les efforts d’une première mi-temps splendide sur deux étourderies largement évitables. Schizophrénique.

La peur

Le BVB est toutefois reparti à l’abordage et reprend l’avantage dans la foulée ou presque. Marco Reus sert Jadon Sancho qui éliminé Klostermann d’un petit crochet avant de fusiller Gulàcsi pour le 3-2. Le Westfalenstadion explose à nouveau, le match est fou. Marco Reus bénéficie d’une balle de break mais son tir est trop croisé et le BVB reste sous la menace. Et ce d’autant plus que le coaching de Lucien Favre ne m’a pas paru optimal. J’ai toujours défendu notre entraîneur et je le défends toujours mais mardi soir je n’ai pas été d’accord avec ses choix. Et en particulier celui de remplacer Jadon Sancho, blessé, par Lukasz Piszczek. J’aime beaucoup Piszczu mais c’est quand même un changement qui sentait la peur. Certes, un 17 décembre, après cinq mois de matchs tous les trois jours, ce n’était peut-être pas possible de jouer 90 minutes avec la même intensité qu’en première période mais je pense qu’il aurait mieux valu introduire Paco Alcacer ou Jacob Bruun Larsen pour continuer à mettre la pression sur la défense adverse. Nous avions surclassé Red Bull en jouant avec courage et audace avec notre 3-4-3 très offensif, adopter une tactique plus prudente, c’était accepter la domination des Rattenbullen et faire porter le poids du match sur notre défense dans les 25 dernières minutes. C’est là que l’on voit à quel point les critiques, parfois injustifiées, sur notre entraîneur nous font du mal : Lucien Favre, même s’il s’en défend, a été fragilisé par les constantes remises en question dont il a été victime et il n’est pas forcément en capacité de transmettre à ses troupes la sérénité dont elles auraient besoin dans ce genre de fin de match à enjeu. Leipzig n’est pas forcément l’équipe la plus joueuse et la plus technique de la ligue mais elle est capable de mettre beaucoup d’intensité et de présence physique devant le but adverse. Et notre équipe n’est pas forcément la mieux armée pour répondre à ce jeu-là. Et ça n’a pas raté : sur un ballon balancé dans le paquet. Mukiele remise vers le centre, Bürki ne peut que dévier et Patrick Schick surgit pour une nouvelle égalisation.

Un mental sous le sapin

Le Westfalenstadion a bien poussé pour reprendre l’avantage, dans les douze minutes encore à jouer, mais nos Jungs avaient beaucoup donné et, à part un tir contré de Schulz, il n’y a plus guère eu de danger devant Gulàcsi. Nous avons voulu croire au miracle avec un dernier corner dans des arrêts de jeu ridiculement courts mais cela n’a rien donné et ça se termine sur un 3-3 bien mal payé pour Dortmund. C’est bien sûr frustrant de ne prendre qu’un point et de rester à quatre longueurs du leader leipzigois après l’avoir pareillement surclassé l’espace d’une mi-temps. Alors oui, bien sûr, la démonstration réussie pendant quarante-cinq minutes est encourageante et prouve que ce BVB 2019-2020 est capable de grandes choses. A condition de gommer ces erreurs et cette inconstance qui polluent jusque-là notre saison. On parle beaucoup de l’arrivée d’un attaquant supplémentaire à Noël. Ce serait bien sûr un atout et cela offrirait des possibilités supplémentaires à notre entraîneur. Mais cela ne résoudra pas nos problèmes d’instabilité. En fait, encore plus qu’un attaquant, le cadeau dont nous avons besoin sous le sapin, c’est un mental d’acier. Pour que la qualité de jeu que notre équipe est capable de produire par moments ne soit pas systématiquement réduite à néant par des périodes de black-out total. Le problème, c’est que cela ne s’achète pas… Mais avant de penser à Noël, il nous reste un match à jouer vendredi contre Hoffenheim dans cette sinistre Arena de Sinsheim qui nous a rarement réussi. La semaine des Plastikclubs. Face à l’autre grand schizophrénique de la ligue, capable d’aller gagner à Munich contre le Bayern puis d’en prendre cinq à domicile contre Mainz. Si nous parvenons à boucler ce premier tour si contrasté avec quatre points de retard sur la tête du classement, tous les espoirs seront permis pour le printemps. Surtout si nous parvenons à faire en sorte que notre performance éclatante de la première mi-temps contre Leipzig devienne la norme et à gommer les erreurs de la seconde.

Catégories : Au Stade

2 commentaires

Richard Durocher · 31/12/2019 à 15:17

Le fait d’avoir zappé Samassekou pour faire confiance à Weigl me reste toujours à travers la gorge.
C’est le stabilisateur du milieu qu’on a besoin malgré sa blessure.Abattage ,relance,decalage,pressing,..
Milenkovic et Samassekou auraient été des meilleures recrues pour stabiliser l’équipe.
La vente de Weigl confirme qu’ils ont mal analysé la situation.
Là on est toujours en déséquilibre défensivement.

    Julien Mouquin · 03/01/2020 à 10:41

    Pour l’instant, Samassekou c’est vraiment pas ça à Hoffenheim, je ne vois vraiment pas ce qu’il aurait amené de plus qu’un Witsel ou un Delaney. Et Weigl, c’est pas le même registre, c’est surtout le repositionnement de Brandt dans le Doppelsechs qui provoque son départ.

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