C’est l’un des plus beaux châteaux des alentours de Dortmund. Quarante kilomètres au sud de Bierstadt, le Burg Altena s’élève fièrement sur un promontoire verdoyant au-dessus de la Lenne. Visite d’un très bel endroit avec en prime quelques terrasses et Biergarten sympathiques.

Je commence par une précision sémantique : il ne faut pas confondre Altena avec Altona. Altona, c’est ce quartier du nord-ouest de Hambourg, où se trouve la gare dans laquelle se terminent le plus souvent les ICE en direction du nord. Et le fief du Altonaer FC 1893, un ancien grand club du football allemand, dont les fans tentent de faire passer le rival local d’extrême-gauche St. Pauli pour une marque commerciale capitaliste. Mais ce n’est pas le sujet : ici il est question d’Altena, une petite bourgade tranquille sur les bords de la Lenne, à environ quarante kilomètres au sud de Dortmund. Nous sommes dans le Märkische Kreis, dans le nord du Sauerland, cette bucolique région de collines boisées qui s’étend au sud de Dortmund, en direction de Francfort.

Lenne

Altena est donc baignée par la Lenne, le principal affluent de la Ruhr. En fait, les deux rivières prennent leur source quasiment au même endroit sur les contreforts du Kahler Asten dans le Hochsauerland, au-dessus de Winterberg. Mais je te parlerais une autre fois de la montagne de l’hiver, de la Ruhrquelle, du Schmala Tal, des Bruchausen Steine et des Rothaargebirge. Après être sorti de leur source presque commune, les deux cours d’eau partent dans des directions diamétralement opposées, la Ruhr vers l’est, la Lenne vers l’ouest, avant d’effectuer chacun une boucle et de se rejoindre à la hauteur d’Hagen, à l’embouchure de l’Hengsteysee. Mais avec de se jeter dans la Ruhr et de poursuivre sa course vers les Rhein, la Lenne traverse donc la bourgade d’Altena, conférant à cette dernière un charme indéniable entre les collines boisées du Märkisches Kreis.

Burg

Mais la principale attraction d’Altena, c’est son château que l’on atteint en grimpant dans un parc arborisé et parsemé de framboisiers. Mais, malgré la chaleur dépassant les 30°, ce n’est pas l’ascension d’une petite colline du Sauerland qui nous effraie quand on a préparé sa saison à Bad Ragaz avec notre équipe.

Le château d’Altena a été construit au XIIème siècle lorsque la Kaiser Heinrich V a donné ce coin de terre aux frères Adolf et Everhard von Berg en récompense des services rendus, donnant naissance au comté d’Altena. Celui-ci a subsisté jusqu’en 1262 et le décès du Graf Otto von der Mark, comte d’Altena, ensuite de quoi le conté d’Altena a été réintégré au sein de puissant Comté de la Mark, sous l’égide du conte Engelbert Ier. C’est à dire à l’ancêtre du Graf Engelbert III, celui qui avait tenté d’envahir Dortmund en 1378, invasion repoussée et donnant naissance à la Pfefferpotthastfest. Laquelle se tiendra cette année sur l’Alter Markt du 18 au 22 septembre.

Heurs et malheurs du Burg Altena

Ensuite, il est arrivé diverses aventures à ce Burg Altena. Il a dû être reconstruit après un incendie en 1455, puis il est devenu une garnison après le décès sans enfant du dernier comte de la Mark Johan Wilhelm et son passage dans le chapitre de la Prusse-Brandebourg. En 1670, c’est devenu un home pour soldats invalides, le château ayant perdu son importance militaire et stratégique. Le Brandebourg a donc décidé de vendre le Burg Altena à la ville d’Altena en 1771 ; le château est alors partagé en hospice pour les pauvres d’un côté, en arsenal, prison et tribunal de l’autre sous la coupe de l’impitoyable juge Castringius.  En 1797, le maire d’Altena, le fabricant d’épingles Johann Caspar Rumpe, obtient l’autorisation de démonter la chapelle du château pour utiliser les pierres afin de construire sa propre maison.

Puis, sous Napoléon, le tribunal et la prison quittent le château pour s’établir ailleurs en 1811. Le château commence à se détériorer, un plan de rénovation néogothique ambitieux est imaginé mais le financement est refusé et, en 1840, c’est au tour de l’arsenal de quitter Altena. La ville décide alors de se débarrasser de ce patrimoine encombrant et onéreux : elle décide donc d’offrir le château et la colline où il se trouve au Roi de Prusse Friedrich Wilhelm IV. Lequel accepte et y installe le département des domaines et des forêts du Ministère du logement.

Le parc entourant le château est même embelli avec des allées piétonnes et des essences rares mais, faute d’entretien, il tombera à l’abandon et ne sera réhabilité qu’en 1999. Dès 1856, le château accueille à nouveau un hospice et ce jusqu’en 1907. Pour fêter le tricentenaire du rattachement du Comté de la Mark à la Prusse-Brandebourg, le château est entièrement rénové par un professeur d’architecture venu d’Aachen dès 1906. 600’000 marks-or sont collectés en don et, après de longues controverses sur le style de la reconstruction, les travaux sont achevés en 1914.

La première auberge de jeunesse du monde

En 1914, les dénommés Richard Schirrmann et Wilhelm Münker inaugurent au Burg Altena la première auberge de jeunesse du monde ! Pourtant, pas sûr qu’Altena by night soit la destination rêvée pour des adolescents en goguette mais le château accueille toujours une auberge de jeunesse dans la partie extérieure. Et il constitue le noyau historique de Mouvement International des Auberges de Jeunesse, le DJH. En 1916, le Süderländische Museum, le plus ancien musée régional de Westphalie, prend ses quartiers au Burg Altena. C’est l’occupation actuelle du château : auberge de jeunesse, musée et restaurant. Peu à peu, l’offre de musées s’étoffe : musée de la Mark, musée du forgeron, musée géologique, musée de la randonnée (aujourd’hui disparu) et le musée du câble.

Le parcours du combattant

Sous le soleil étouffant du Sauerland, les murs du château amènent un peu de fraîcheur bienvenue. Un bel endroit, une vue magnifique mais je manque défaillir en pénétrant dans les murs épais en découvrant que nous sommes à la salle 1 sur 31… sachant que mon amie voudra détailler chacune des salles. C’est un ensemble assez hétéroclite. Cela va de la céramique aux portraits des Kaisers, des anciennes techniques de forge à la salle de réception, des cartes historiques de la région à des trophées brillant grandiloquents. Je te fais grâce de la visite, je ne me suis pas attardé dans toutes les salles.

J’ai quand même jeté un œil au musée de l’Auberge de jeunesse et à la première Jugendherberge du monde, conservée dans son état initial, qui n’est pas sans rappeler que le château fut jadis une garnison. Le meilleur moment, ce fut sans conteste la Rittersaal, la salle des chevaliers, où il était possible d’essayer une authentique cotte de maille avec le heaume ; malheureusement, les vraies épées étaient scellées et seule une épée en bois était à disposition des aspirants chevaliers. Mais finalement, ce n’est pas plus mal, ça a évité toute blessure, j’aurai probablement fait un piètre chevalier : cette cotte de maille était bien trop lourde pour mes frêles épaules, j’arrivais à peine à bouger avec ce truc et en plus j’aurai été bien incapable d’apercevoir le moindre envahisseur à travers mon heaume.

Biergarten !

Après toutes ces aventures, je fais lâchement l’impasse sur le Drahtmuseum, le musée du câble. Il y avait un sympathique Biergarten dans la cour du château, sous l’ombre d’un magnifique arbre plusieurs fois centenaires. Et une non moins sympathique terrasse sur les remparts, avec une vue imprenable sur les méandres de la Lenne et les collines avoisinantes.

Je me suis fait un devoir d’essayer les deux. Et, puis après être redescendu de la colline, on essaie l’un des sympathiques Biergarten situé sur les berges de la Lenne, histoire de contempler le magnifique Burg Altena vu d’en bas. Même s’ils ne servaient que de la Veltins, ça gâche un peu le paysage…

On ne le répétera jamais assez mais la Westphalie est très loin de la morne plaine industrielle que l’on imagine souvent, elle regorge d’endroits tout à fait charmants qui méritent le détour quand on veut changer un peu du football et le Burg Altena en fait incontestablement partie. Accessoirement, l’entrée est bon marché, voire gratuite certains week-ends, c’est donc une visite à recommander.


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