Le stage de préparation du Borussia Dortmund dans le Heidiland a débuté sous le signe des orages qui ont rythmé ce week-end entre Bad Ragaz et Altach. Mais, sur le terrain, en revanche, tout paraît au beau fixe, entre un amical plutôt convaincant contre Udinese et des séances d’entraînement intensives.

C’est désormais une tradition : c’est dans le Heidiland saint-gallois que le Borussia prépare sa saison. Cela dure depuis neuf ans et c’est une tradition qui nous plaît beaucoup. Déjà pour des raisons logistiques évidentes : c’est situé à peine à trois heures de mon domicile. Mais surtout parce que c’est une région magnifique et qu’il y a lieu de joindre l’agréable, le tourisme, à l’agréable, le football. Pour mieux profiter de la région, nous débarquons le jeudi soir, l’avant-veille de l’arrivée de nos Jungs à Bad Ragaz. Le BVB n’a pas encore investi les lieux, tout juste aperçoit-on un drapeau à nos couleurs devant le Grand Resort, le complexe hôtelier somptueux qui accueille notre équipe mais sinon la folie schwarzgelb n’a pas encore envahi la station thermale de la vallée du Rhin.

Calfeisental

C’est par une randonnée que nous décidons d’occuper notre journée en attendant l’arrivée du BVB. On décide de délaisser la célèbre 5-Seen-Wanderung, la randonnée la plus célèbre da la région, pour une balade plus sauvage. Objectif : la cabane de montagne de la Sardonahütte. Rien que l’arrivée au point de départ du parcours est une aventure. Une petite route étroite sillonne la montagne, les croisements, surtout avec le car postal, sont une aventure, jusqu’au barrage du Gigersee, un lac artificiel aux eaux gris-bleus surplombant une forêt magnifique.

 

Puis le long du lac, la route est tellement étroite, dans d’étroits boyaux aux allures de mines, sans doute creusés à la pelle et à la pioche, que la circulation est alternée : l’accès n’est autorisé que 20 minutes par heure dans chaque sens ! La route se termine à St. Martin, un petit hameau aux allures de village de hobbits, avec un moulin, quelques vieux chalets et des chambres dans des tonneaux.

Et un restaurant tout en bois. St. Martin, c’est là où la Tamina, la célèbre rivière de Bad Ragaz, se jette dans le Gigersee pour en ressortir après le barrage et ensuite descendre la vallée jusqu’au Tamina Schlucht, Bad Ragaz avant de se jeter dans le Rhin. Mais nous partons dans l’autre direction, vers les sources de la Tamina, au cœur de la Tektonik Arena de Sardona, une zone de formations géologiques classée au patrimoine mondiale de l’humanité par l’UNESCO.

Le cadre est somptueux : nous choisissons de ne pas suivre la Tamina mais de nous élever dans les alpages. La pente est raisonnable mais continue, les paysages sont somptueux, les montagnes déchiquetées, les sommets enneigés des Alpes grisonnes, saint-galloises et glaronaises, les couches géologiques des massifs, les cascades qui descendent des glaciers en direction de la Tamina et le Gigersee qui se découpe sur le fond de la vallée étroite.

 

La bonne et la mauvaise surprise

Une bonne surprise nous attend au franchissement du col de Platten/Obersäss, à 1901 mètres d’altitude : à côté d’un chalet d’alpage isolé et désert, à l’exception du quelques poules qui picorent en toute liberté, une fontaine remplie d’eau fraîche contient boissons et bières, avec un écriteau « servez-vous » à l’attention des randonneurs intrépides parvenus jusque-là. Un apéro bien sympathique dans ce cadre somptueux.

Nous poursuivons le parcours et, après quelques ascensions dans les pâturages et un détour imprévu pour avoir perdu le sentier au sortir du franchissement à gué d’un torrent un peu scabreux, nous entamons la descente vers l’Alp de Sardona, trois cent mètres plus bas au bord de la Tamina.

Après quelques haltes dans les buissons de myrtilles copieusement garnis, nous arrivons au Hütte sur l’alpage. Le temps est devenu menaçant, des méchants nuages noirs sont apparus sur les sommets, alors que notre destination, la Sardona Hütte, est toujours sous le soleil. Le temps paraît hésiter entre revenir au soleil ou virer à l’orage. On décide de s’arrêter un moment autour d’une bière et d’un plateau de formage des alpages en attendant de voir l’évolution de la météo. Mais malheureusement, l’orage semble vouloir l’emporter.

Nous décidons la mort dans l’âme de renoncer à la Sardona Hütte : quand tu vas à plus de 2000 mètres d’altitude, il vaut mieux être prudents avec la météo. Tant pis, on reviendra l’année prochaine ! Et c’était la bonne décision : l’orage nous surprend dans la descente sur St. Martin. C’est même tellement violent que nous devons nous réfugier quelques instants dans une écurie abandonnée. Le sentier est transformé est ruisseau, les salamandres noires sont de sortie et il faut franchir deux torrents en crue sur des ponts en bois glissants et brinquebalants, sous le vacarme des cascades qui descendent des sommets. Un peu flippant mais des aventures à raconter. C’est donc un brin humide que nous retrouvons le restaurant de St. Martin et sa tarte aux pruneaux pour entamer le retour en voiture sur Bad Ragaz.

Tamina Schlucht

Après le retour de la randonnée, nous décidons d’aller au Tamina Schlucht, les gorges de la Tamina. Il s’agit d’une faille creusée par l’eau et les tremblements de terre, parfois étroite de moins d’un mètre, au fond de laquelle coule la Tamina. Et où jaillit des profondeurs de la terre l’eau chaude à 36,5° qui alimente les thermes plus bas dans la vallée. Chaque été, en soirée, les gorges font l’objet d’illuminations. Le thème de cette année, c’était la ruée vers l’or mais au final, nous n’avons pas eu l’impression que c’était très différent des années précédentes. Mais cela reste un endroit féerique, ces gorges qui s’illuminent de jaune et noir. La journée se termine dans l’un des nombreux restaurants étoilés du complexe du Grand Resort. Nous apercevons enfin un bus du BVB et quelques représentants du club venus en repérage la veille de l’arrivée des Jungs. Les choses sérieuses se précisent.

Hurrah, Hurrah die Borussen sind da !

Le samedi matin, après les efforts de la veille, nous décidons de nous offrir un peu de détente au Tamina Therme, le splendide complexe thermal du Grant Resort. Cette fois-ci, pas de doute : le BVB est là, le bus de l’équipe et les nombreux véhicules aux couleurs du club stationnent sur les parkings fleuris. Nous pouvons donc rêver en jaune et noir en nous prélassant dans les bassins d’eau chaude au pied de la Ruine de Wartenstein et du Christ rédempteur de Bad Ragaz.

Mais trêve de détente : alors que les bars de Bad Ragaz commencent à être envahis de maillots jaunes et noirs, c’est l’heure de partir pour Altach et le match amical. La petite cité du Voralberg est distante d’à peine 40 kilomètres mais c’est toujours l’aventure puisqu’il faut traverser trois pays, la Suisse, le Liechtenstein et l’Autriche. Mais on finit par arriver à bon port dans un stade entièrement acquis à la cause du BVB. C’est toujours sympa de retrouver notre équipe en live et de revoir tous les potes, l’avant-match tourne un peu à la ronde électorale, à saluer tout le monde. Le fanshop est pris d’assaut, en revanche celui du SC Rheindorf Altach, le club local, est désert, j’en profite pour ramener une écharpe – jaune et noire – pour ma collection. Mais l’adversaire du jour, c’est Udinese. Après la Südtribüne de la Cashpoint Arena l’année passée, c’est au tour de la Nordtribüne d’avoir été couverte. Mais elle reste vide : on n’a pas aperçu un seul fan italien, c’est toujours un peu triste une équipe qui se déplace sans le moindre supporter.

La démonstration

Lucien Favre a décidé de panacher son équipe. En première mi-temps, la défense ressemble plutôt à une défense bis, alors que plusieurs candidats sérieux à une place de titulaire sont alignés en attaque, comme Sancho ou Brandt, Götze en 10 et Hazard en pointe mais avec beaucoup de permutations. Et notre BVB va dérouler. Avec un excellent Weigl à la baguette, cela combine très bien devant, souvent à une ou deux touches de balle. Et notre pressing a beaucoup gêné des Italiens qui n’ont pas paru très en jambes. Mais Brandt et Hazard ont paru déjà bien intégré et n’ont pas eu beaucoup de peine à combiner avec Götze ou Sancho. Le match tourne rapidement à la démonstration.

Il ne faut que six minutes à notre nouvel attaquant belge pour trouver la faille après une belle action collective mais aussi une relance catastrophique dans la défense italienne. Son match s’arrêtera malheureusement quelques minutes plus tard mais a priori plus de peur que de mal pour Thorgan qu’on devrait retrouver rapidement sur les terrains. Mario Götze double la mise sur un pénalty assez généreux obtenu par Hakimi. Julian Weigl triple la mise après une magnifique combinaison avec Götze et Hakimi, un peu facilitée par une affreuse relance d’Udinese pleine axe à l’origine de l’action. Même si l’adversaire a semblé bien complaisant, c’est une très bonne mi-temps réussie par nos Jungs, on a vraiment eu beaucoup de plaisir à voir nos joueurs combiner et enchaîner les attaques en une ou deux touches de balles. Et on a eu l’impression que nos Jungs prenaient aussi beaucoup de plaisir à combiner de la sorte. Julian Brandt inscrit le 4-0 peu avant le mi-temps mais j’étais déjà parti en direction des bars pris d’assaut sous la chaleur moite du Vorarlberg.

L’orage

Et cette chaleur moite va déboucher sur un monstrueux orage en deuxième mi-temps, des trombes d’eau s’abattent sur Altach. On avait déjà connu pareil orage il y a deux ans contre Atalanta et à l’époque la tribune des fans du BVB n’était pas couverte. Cette année au moins, nous sommes à l’abri. Mais pas le terrain qui devient rapidement détrempé et injouable. On a senti de la retenue chez nos Jungs, ce serait bête de se blesser en amical quand tu mènes 4-0.

C’est dommage parce que l’équipe alignée en deuxième mi-temps avait de l’allure avec ce qui devrait être notre défense type avec Piszczek, Hummels, Akanji et Schulz, et les arrivées de Witsel, Reus ou Alcacer. Mais il n’y a finalement pas grand-chose à retenir d’une mi-temps jouée dans ces conditions, Udinese sauve même l’honneur sur coup-franc avant que l’arbitre ne mette un terme au match après seulement 84 minutes en raison de l’état de la pelouse.

Malgré cette deuxième période un peu tronquée, c’est probablement, sur la première mi-temps, l’amical le plus abouti de ces dernières années à ce stade de la préparation, on se souvient de matchs à Altach ou à Winterthur contre Chievo Verona, Sunderland, Rennes, Atalanta ou Espanyol Barcelone beaucoup moins convaincants. Ce n’est pas encore très significatif mais c’est encourageant : avec les hautes ambitions qui sont les nôtres, il faudra être dans le coup dès le début de la saison : dans une Bundesliga qui se gagne désormais aux alentours des 80 points, le retard pris en début de saison peut constituer un handicap insurmontable.

L’entraînement

Le dimanche matin avait lieu un entraînement public. Le coup d’envoi était fixé à 10h30 ; grasse matinée oblige, j’arrive un peu en retard, j’ai raté l’échauffement mais ce n’est pas trop grave. Je craignais un peu une parodie d’entraînement, au lendemain d’un match. J’ai souvenir d’un entraînement avec Peter Bosz le matin suivant un amical, les Jungs s’étaient contentés de deux traversées de terrain avant d’aller débriefer la rencontre de la veille sous une tente, loin du regard des fans.

Chat échaudé craint l’eau froide et c’est le cas de le dire : l’orage de la veille a amené avec un lui une chute brutale de la température, la canicule n’est plus qu’un lointain souvenir et une pluie froide s’abat sur le Sportplatz Ri-Au, où il n’y a pas de tribunes couvertes.

Heureusement, l’endroit est transformé, comme chaque année, en village BVB et il y le Fanshop pour permettre aux fans imprévoyants de s’acheter une Regenjacke. Nous sommes plus de 1500 à nous être déplacés pour un entraînement sous la pluie un dimanche matin. Echte Liebe !

Et les fans en auront eu pour leur argent (façon de parler, l’entrée était gratuit) : 1h45 d’entraînement. Après quelques exercices de balle, il s’est surtout agit d’oppositions, d’abord sans buts pour travailler la circulation puis sur deux tiers du terrain avec buts à onze contre onze.

Pas beaucoup d’enseignement à tirer sur la composition future de notre équipe, les mises en place tactiques ne se font pas lors des entraînements publics. Mais c’est toujours sympa de voir nos Jungs travailler dans la bonne humeur mais avec sérieux et application. On regrette juste que les corners ne soient pas tirés pendant le match, c’est un point qu’il me semble qu’on doit travailler particulièrement. On espère que Lucien Favre a gardé cela pour les entraînements non-publics.

Lucien Favre justement, on le croise à la sortie de l’entraînement. Il nous confirme que l’équipe s’entrainera à nouveau 1h30 l’après-midi, cela ne rigole pas. Après une semaine à ce régime, les Jungs risquent d’avoir les jambes un peu lourdes pour la Supercup mais ce n’est pas très important, l’essentiel ce sera d’être prêts pour la Pokal contre Uerdingen, le vrai début de la saison. Après avoir fait quelques théories avec les nombreux amis présents au Ri-Au et récolté quelques autographes au passage, on quitte, comme chaque année à regret Bad Ragaz, pour un dernier restaurant étoilé dans un château, juste en face, à Maienfeld.

Malgré les orages, c’était à nouveau très sympa la petite visite au camp d’entraînement du BVB, on se réjouit de revenir dans le Heidiland !

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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