Une île enchantée, des plages paradisiaques, un phare du bout du monde, un bunker désaffecté d’une armée disparue, une rencontre impromptue entre fans prussiens de Harley-Davidson et de football, des Biergarten, des falaises de craie balayées par une mer déchaînée, une chapelle au toit de chaume, un culte entrecoupé de chansons légendaires, des Partys endiablées, deux Legende du BVB, un duplex improvisé avec notre Cheftrainer Lucien Favre et 300 fans borussen déchaînés : c’était la Sommerfest des Inselborussen & Freunde sur l’île de Rügen en Mer Baltique. La folie schwarzgelbe, ce n’est pas que les jours de matchs au Westfalenstadion, c’est toute l’année !

L’île de Rügen en mer Baltique, c’est beau mais cela se mérite car c’est loin. Les aéroports les plus proches, Berlin ou Hambourg, sont à trois heures de train au moins. Alors cette année, j’opte pour le train : une nuit d’escale à Dortmund puis le périple, 45 minutes de trajet jusqu’à Münster puis un IC direct jusqu’à Bergen auf Rügen, plus de six heures dans le même wagon !

Mais dès le passage dans la magnifique ville de Stralsund, la féérie opère, comme chaque année. Une fois traversé le pont qui relie le continent à l’île de Rügen, c’est les champs de blé, le chant des oiseaux, les coquelicots, les plages, les bras de mer qui reviennent à l’intérieur de l’île, les argousiers (le fameux Sandhorn, la spécialité locale) en fleur…  Une fois arrivé à bon port, dans la station balnéaire de Juliusruh, c’est l’heure d’une baignade bien méritée après un si long voyage. La plage de sable fin s’étend à perte de vue tout autour de la baie du Tromper Wiek dont les eaux sont juste tempérées comme il le faut. L’immense plage n’est pas encore envahie par les touristes et la pente est tellement faible que tu n’aperçois presque plus la rive que l’eau ne t’arrive que jusqu’à la taille.

Party mit Matthias Kartner

C’est presque à regrets qu’il faut quitter cet endroit enchanteur mais les choses sérieuses commencent. Enfin, on ne va pas très loin, au Freizeitcamp am Wasser, camp de loisirs sur l’eau, juste derrière les haies de pin qui bordent la plage pour le début des festivités de la troisième Sommerfest (fête d’été) du 1. BVB Fanclub Rügen Inselborussen, le fanclub de l’île. Au programme de la première soirée : Strandparty, beach-party auf franzözisch. Au menu : bières, saucisses, musique, amitié, passion et Borussia. Mes potes est-allemands ont fait les choses en grand cette année car la soirée est animée par Matthias « Kasche » Kartner. Le nom ne te dit peut-être rien mais tu as forcément déjà entendu ses œuvres et tu en possèdes probablement quelques-unes dans ta discographie.

Matthias Kartner, c’est lui qui, en 1996, avec ses potes de Pur Harmony, a introduit le You’all never walk alone au Westfalenstadion. C’est aussi à lui que nous devons le « Ole, jetzt kommt der BVB », le remix du Go West de Pet Shop Boys qui salue chaque but du Borussia au Westfalenstadion. Il est également l’auteur du « Wer wird Deutscher Meister BVB Borussia » et faisait partie des auteurs du disque sorti pour le centenaire du Borussia ainsi que de ceux édités pour célébrer les Meisterschale 2011 et 2012. Bref, depuis près de 40 ans, Kasche est LA voix du BVB pour la partie musicale, au même titre que Nobby Dickel l’est pour l’annonce des buts.

Une légende du club donc et ce soir, il est là juste pour nous, au bord d’une plage perdue le long de la Mer Baltique. Inutile de préciser que son répertoire fait une large part aux chansons du BVB et que l’ambiance, bières et musique aidant, ne tarde pas à monter et les chants borusse à résonner dans le crépuscule naissant sous le soleil de Rügen.

En voyage

Rügen, c’est très au nord et donc les nuits y sont courtes. Il est à peine quatre du matin que mon bungalow se teinte de rouge : je me hasarde sur la plage pour assister à un merveilleux lever de soleil sur l’Ostsee. Juliusruh est le village le plus ensoleillé d’Allemagne !

Malheureusement, ce jour-là, après cette aube somptueuse, les nuages ont choisi de se mêler de la partie mais la pluie ne s’invitera presque pas pour venir gâcher les festivités. Et il en fallait de toute façon plus pour venir gâcher l’enthousiasme des troupes. Des troupes joyeuses que nous retrouvons dès 8h30 du matin pour l’acte II de la Sommerfest. Sous les ordres de René, un vieux fan vêtu d’un kilt avec un chapeau écossais et s’appuyant sur un épais bâton en bois, nous embarquons dans le petit train qui doit nous emmener au Kap Arkona. Sacrilège : le train est bleu et blanc, nous entonnons donc des « Blau-Weiss Party » pour entamer le trajet d’une dizaine de kilomètres.

Kap Arkona

Le Kap Arkona, c’est l’un des deux phares célèbres de l’île de Rügen, avec celui d’Hiddensee que nous avions visité lors de la Sommerfest précédente. En fait, il y a même deux phares au Kap Arkona.

C’est l’extrémité nord-est de l’Allemagne. Au-delà, la Mer Baltique, la Suède et sa province de Scanie chère au commissaire Wallander d’Henning Mankel. C’est dans ces eaux que sévissaient, au XIVème siècle, le pirate Klaus Störtebeker, le « Corsaire Rouge », Ami de Dieu et ennemi du monde, lequel a donné son nom à une fameuse bière locale. L’équipée est enfin au complet : nos hôtes des Inselborussen ont invité plusieurs Fansclubs, essentiellement est-allemands : les Calbenser Borussen de Calbe en Saxe-Anhalt près de Magdeburg, les NTB Nordthüringer Borussen et les Schwarz-Gelbe-Borusse Thüringen de Thuringe, près d’Erfurt et Weimar, les Barbarossa Borussen de Tilleda en Saxe-Anhalt à l’ouest de Leipzig et, pour représenter l’Ouest, le Gelbe-Wand Nordhessen près de Kassel en Hesse et enfin, seul Fanclub basé à Dortmund, le mien, Borussenstern 1996, qui a dépêché six membres.

On commence par la photo de groupe devant le phare, la presse locale s’est invitée au rendez-vous, ce n’est pas tous les jours qu’il y a un tel déferlement jaune et noire au Kap Arkona, avec des centaines de fans en jaune et noire de tous âges (de bébés en poussette jusqu’à mon pote Manfred qui affiche 86 ans au compteur) et les drapeaux des groupes qui flottent au vent.

Bunker & Biergarten

Nous commençons par la visite du bunker du Kap Arkona. Le guide porte un t-shirt du BVB et il annonce fièrement qu’il est membre du club. Nous sommes donc en terrain connu. A la base, c’était un bunker de la Wehrmacht mais il avait été entièrement détruit durant la IIème guerre mondiale : l’île de Rügen se trouve juste en face de Peenemünde, sur le continent, là où étaient fabriqués et lancés les fameux missiles V1 et V2 qui ont fait trembler l’Europe à la fin du IIIe Reich, c’était donc forcément un passage obligé pour les bombardiers alliés. Après la guerre, la région est passée sous contrôle soviétique et le bunker a été reconstruit pour accueillir le commandement de la 6ème flotte de la Nationale Volksarmee (NVA), l’armée nationale populaire, l’armée de l’ex-RDA, basée non loin de là, à Dranske. Nous sillonnons les couloirs bas, encore ornés des drapeaux au marteau et à la faucille.

Le bunker était surtout utilisé lors des grandes manœuvres de la NVA qui donnaient lieu à de fréquents accrochages avec la marine danoise et provoquaient à chaque fois des sueurs froides pour l’OTAN, craignant une invasion communiste.

C’est quand même assez curieux de penser que les plus âgés de ces fans si accueillants, festifs et chaleureux ont grandi de l’autre côté du Rideau de Fer, sous l’emprise de la Stasi, et qu’ils ont dû attendre la chute du Mur en 1989 pour être autorisé à voyager à l’étranger, par exemple pour avoir le droit d’aller voir un match du BVB. Mais c’est du passé, le mur est tombé, aujourd’hui le bunker ne sert plus qu’aux visites touristiques et tout le monde est réuni pour une même passion : le jaune et noir. Nous allons d’ailleurs célébrer cette passion dans un Biergarten attenant. Nos potes ont fait les choses en ordre : deux DJ’s sont là pour nous, il est 11h du matin, largement l’heure de l’apéro : on nous sert une Erbsensuppe avec Bockwurst, les bières s’enchaînent et l’endroit est rapidement envahi par les drapeaux des Fanclubs.

Kapelle Vitt

Après cette détente bien méritée, nous partons pour la randonnée. Au départ, nous croisons quelques centaines des bikers est-allemands, le vrombissement des Harley-Davidson vient troubler la quiétude du Kap Arkona. D’un côté, des blousons en cuir marqués Preussen, de l’autre des maillots Borussia, finalement ce ne sont que la même déclinaison germanique et latine du mot Prussien. On se regarde, amusés par cette rencontre inopinée, et on finit par faire une photo commune.

Puis nous escaladons les cinq étages de l’un des phares, le Peilturm.

La vue est saisissante, les champs de blés avec leur barrière de coquelicots battus par le vent, la mer déchaînée qui s’écrase sur les falaises en contrebas, un bel endroit alors que deux marins, invités pour l’occasion, entonnent des chants traditionnels. Puis nous poursuivons la balade le long de mer, dans la végétation et sur les vestiges de la forteresse et du temple slaves du Dieu Svantovit, détruit il y a près d’un millénaire. Ici et là, quelques petites maisons aux allures de tanières de hobbits avec leur toit de chaume. Nous finissons par arriver sur une plage avec une vue magnifique sur les célèbres falaises de craie du Kap Arkona ; un bar s’y trouve assez opportunément, c’est parti pour quelques tournées de bières et de schnaps.

Mais, après ces quelques dérives païennes, nous sommes rappelés à l’ordre par nos gentils organisateurs pour la suite du programme : la Kapelle Vitt, une petite chapelle au toit de chaume dressée au milieu de nulle part.

Le culte

Aussi incroyable que cela puisse paraître, un service religieux avait été organisé à notre intention en milieu d’après-midi. Après tout, le BVB est bien issu d’une organisation religieuse… J’écoute d’une oreille distraite les théories du pasteur qui avait compris qu’on ne prêche pas devant quelques centaines de fans du Borussia en goguette comme devant ses fidèles paroissiens. Le pasteur est bientôt rejoint par l’infatigable Matthias Kartner, les écharpes envahissent l’autel et l’assemblée entonne religieusement le « Am Borsigplatz geboren » puis le « You’all never walk alone ».

Un moment magique, une ferveur incroyable, ici dans cette petite chapelle perdue au bout du monde et battue par les vents. On n’a peut-être pas gagné le Meisterschale cette saison mais notre club est probablement unique au monde pour nous offrir de tels instants de grâce et rien que pour cela on l’aimera toujours. Après ces moments de recueillement émouvants, c’était l’heure du retour. Cette fois, nous avons droit à deux trains pour le trajet retour d’une dizaine de kilomètres. Avec une escale dans un bar entre les deux, bien sûr…

Hallo, es ist Lucien Favre…

Pour la soirée « officielle » de la Sommerfest, nous retrouvons notre bord de plage à Juliusruh. Repas, bières, tombola en faveur d’œuvres caritatives, vente aux enchères de divers articles du BVB, gâteau d’anniversaire aux couleurs du club, la soirée se déroule dans la bonne humeur. Matthias Kartner est toujours là pour assurer la partie musicale. Il est rejoint par une autre légende du BVB : Jörg Heinrich, champion d’Allemagne, d’Europe et du Monde en schwarzgelb. Comme Jörg était déjà là il y a deux ans, on se salue comme deux vieux potes et on discute un moment. Je comprends assez vite qu’il n’a pas trop envie de revenir sur son expérience de quelques mois à la tête du Borussia comme adjoint de Peter Stöger alors on parle d’autre chose, vraiment un chic type.

L’ambiance devient carrément survoltée lorsque je lance un coup de fil à notre entraîneur Lucien Favre pour faire un petit coucou aux fans de Rügen. Je ne sais pas qui était le plus surpris, entre notre entraîneur de découvrir qu’autant de fans pouvaient se réunir en plein pause estivale pour célébrer le BVB, ou les fans eux-mêmes de savoir que notre entraîneur était en ligne… En tous les cas, Bodo, président des Inselborussen, a paru un peu intimidé quand je lui ai dit « je te passe notre entraîneur ». Lucien nous a souhaité plein succès pour notre Sommerfest, ce qui a eu pour effet des déclencher un « Wer wird deutscher Meister BVB Borussia » braillé à tue-tête par la centaine de fans encore présents. A des milliers de kilomètres de là, notre entraîneur a éclaté de rire, c’était un peu chaotique et improvisé mais ce fut encore un chouette moment.

Puis j’ai rendu le micro à Matthias Kartner pour poursuivre une soirée complètement déjantée de chants, de danses, de bières, de joie, d’amitié et de ferveur autour de notre passion commune pour notre BVB. La troisième Sommertfest des Inselborusse avait vécu et bien vécu, c’est avec un pincement aux cœurs que j’ai quitté Rügen et tous ces gens formidables mais on se réjouit déjà de la prochaine édition. Echte Liebe.

 

 

 


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