C’est le jour de gloire du Borussia Dortmund : la victoire en Ligue des Champions à l’Olympiastadion de Munich contre la Juventus Turin. Et c’est un gamin de 20 ans né dans les quartiers nord de Dortmund qui a assuré la victoire d’un lob invraisemblable des 30 mètres pour son premier ballon : Lars Ricken !

Le contexte. Le BVB est qualifié pour la première fois de son Histoire pour la finale de la plus prestigieuse des Coupes européennes. Mais, même si le match a lieu en Allemagne, à l’Olympiastadion de Munich, le Borussia ne fait pas figure de favori. Car, en face, se dresse un monstre : la Juventus Turin de Marcello Lippi, ni plus ni moins que le tenant du titre, après la victoire remportée l’année précédente contre l’Ajax Amsterdam. Peruzzi, Ferrara, Deschamps, Di Livio, Del Piero, Vieri, Boksic, Jugovic, les Turinois font figure d’épouvantail. Ils paraissent encore plus forts que la saison précédente puisqu’ils ont entretemps enregistré le renfort d’un jeune talent français prometteur, un certain Zinedine Zidane. D’ailleurs, alors qu’en 1996 en finale, la Vieille Dame avait dû attendre les pénaltys pour battre l’Ajax, elle a atomisé les Hollandais 6-2 (score cumulé) en demi-finale, une démonstration d’efficacité qui a marqué les esprits. Le BVB est donc largement outsider, surtout qu’il a encore le souvenir cuisant de la finale de Coupe UEFA 1993 perdue très largement contre cette même Juventus, 6-1 au total des deux matchs, 3-1 au Westfalenstadion (malgré l’ouverture du score de Michael Rummenigge après 2 minutes pour le BVB), 3-0 au Stadio Delle Alpi. Et beaucoup d’observateurs s’attendent à pareil match à sens unique en faveur des Turinois.

Le match. Mais le BVB a acquis de l’expérience depuis lors : le club a cassé sa tirelire et rapatrié beaucoup de stars du football allemand qui étaient partis chercher fortune en Italie après le titre mondial en 1990 et qui souhaitaient rentrer au pays : Sammer, Reuter, Kohler, Riedle, Möller, Heinrich. D’ailleurs, Andreas Möller et Jürgen Kohler, ainsi que les Brésilien Julio Cesar, qui portaient le maillot turinois en 1993, sont désormais en schwarzgelb (Cesar n’a pas joué la finale), de même que le Portugais Paulo Sousa, champion d’Europe 1996 avec la Juventus. Et effectivement, la finale de 1997 ne ressemble en rien à celle de 1993. Le Borussia a appris. Le 3-5-2 d’Ottmar Hitzfeld bloque parfaitement celui de Marcello Lippi. Et Dortmund rappelle que le jeu aérien reste la grande spécialité des Allemands. En l’espace de cinq minutes, entre la 29ème et la 34ème, Karl-Heinz Riedle claque deux buts après des corner d’Andreas Möller, 2-0 la surprise est en marche.

Le plan de jeu d’Ottmar Hitzfeld marche à la perfection : le gardien Klos est impeccable au but, le Ballon d’Or Matthias Sammer dirige parfaitement ses deux stoppeurs Kohler et Kree, Reuter et Heinrich bloquent les couloirs, l’Ecossais Lambert et la Portugais Sousa étouffent complètement le jeune Zidane, alors que le trio offensif Möller, Chapuisat et Riedle fait mal aux Turinois sur chaque contre. La Juventus est prise à son propre piège et contrainte de faire le jeu, ce n’est pas son domaine de prédilection. Marcelle Lippi décide, dès la mi-temps, de mettre tous ses atouts offensifs dans la balance, il fait entrer Alessandro Del Piero. Pinturicchio réduit le score à 2-1, il reste vingt-cinq minutes à jouer. Avec Del Piero, Zidane, Boksic et Vieri, l’armada offensive turinoise est impressionnante. Et, ce n’est pas que Zdenek Zeman qui me contredira, on sait que la pharmacie turinoise leur permettait alors de finir toujours les matchs très forts.

Le but. Gottmar a compris le danger : à vingt minutes de la fin, il décide de sortir son attaquant vedette, Stéphane Chapuisat, pour faire entrer un jeune milieu de terrain d’à peine vingt ans, un junior du club, Lars Ricken. La suite est entrée dans la légende : le BVB part en contre, Andreas Möller lance Lars Ricken, lequel, sur son premier ballon, seize secondes, après son entrée en jeu, adresse un lob somptueux de plus de trente mètres, le gardien Peruzzi est pantois, la Juventus est battue. Le but du siècle, ainsi que l’on choisit les fans du BVB lors du centenaire du club en 2009.

La suite. La Juventus est à terre, le Borussia Dortmund s’impose 3-1 et devient Champion d’Europe pour la première fois de son Histoire. Entré en fin de match, le capitaine Michael Zorc soulève la Coupe aux grandes oreilles. Le BVB est sur le toit de l’Europe.

Le héros. Lars Ricken faisait un peu figure d’intrus dans la constellation de stars de ce BVB 1996-1997. Bon nombre de ses coéquipiers étaient champions du Monde 1990 ou d’Europe 1996 avec la Mannschaft, ou les deux, ils avaient tous une longue expérience. Lui, c’était un gamin d’Eving, comme son capitaine Michael Zorc, comme Kevin Großkreutz, il avait été repéré au TSC Eintracht Dortmund, le club dont les installations se trouvent à quelques centaines de mètres du Westfalenstadion, juste après le Biergarten du TC Flora. Il début à 17 ans en première équipe du BVB et se fait peu à peu une place parmi les stars de l’équipe. Il avait déjà été décisif lors de la demi-finale retour à Old Trafford contre Manchester United. Et, à seulement 20 ans, il est définitivement entré dans la légende du club avec ce but qui assurait au BVB sa première Ligue des Champions. La suite de sa carrière ne sera pas aussi brillante que ne pouvait le laisser espérer ses débuts tonitruants. Sa trajectoire a épousé celle de son club de toujours. Il était encore l’un des éléments clés de l’équipe lors du Meisterschale, dans un rôle un peu plus défensif qu’à ses débuts. Puis il a accompagné son Borussia dans sa descente aux enfers et les problèmes financiers ; une déchirure aux ligaments croisés à l’automne 2005, alors que le BVB était en pleine déprime, a définitivement mis un terme à sa carrière au plus haut niveau. Il rejouera encore deux saisons, puis s’en ira faire profiter de son expérience notre deuxième équipe. Et il occupe désormais le poste de chef de la relève au Borussia, pour que, un jour prochain, peut-être, un autre Dortmunder Jungs puisse inscrire un lob magique en finale de Ligue des Champions. Einmal Borusse, immer Borusse.

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