Cette série privilégie l’importance des buts pour notre BVB, davantage que leur esthétisme. Mais le deuxième but réussi ce soir-là par le Brésilien Marcio Amoroso reste comme l’un des plus beaux jamais inscrits au Westfalenstadion. En prime, le Brésilien en avait inscrit deux autres, Dede avait dansé la samba avec les défenseurs Milanais, Jörg Heinrich avait complété la fête de tir et la grand Milan AC s’était fait atomiser 4-0.

Le contexte. Cette belle épopée part d’un échec pas très glorieux : le BVB ne finit que troisième de son groupe de Ligue des Champions, derrière Liverpool et le Boavista Porto. Il est donc reversé en Coupe UEFA. Tour à tour, le BVB élimine le FC Copenhague, Lille (au but marqué à l’extérieur) et le Slovan Liberec. En demi-finale, se profile un adversaire autrement plus redoutable : le Milan AC de Carlo Ancelotti. A l’époque, ce n’est pas encore le triste jouet pour investisseurs exotiques qu’il est devenu mais le grand Milan de Silvio Berlusconi, l’un des monstres du football européen. Malgré l’absence du buteur Andrei Shevchenko, l’équipe qui débarque pour le match aller au Westfalenstadion est plus ou moins celle qui deviendra championne d’Europe treize mois plus tard à Old Trafford contre la Juventus, avec Maldini, Kaladze, Gattuso, Ambrosini, Albertini, Rui Costa, Inzaghi, Serginho ou encore Roque Junior, qui sera sacré champion du monde avec le Brésil quelques semaines plus tard. Un très, très gros morceau…

Le match. Et pourtant, il faut moins de dix minutes au BVB pour faire vaciller le colosse milanais. Face à la Nordtribüne, Marcio Amoroso obtient un pénalty qu’il transforme lui-même. Mais le meilleur est encore à venir.

Le but. On joue depuis trente-trois minutes lorsque surviennent 90 secondes qui vont marquer l’Histoire du Borussia. Dede reçoit un ballon le long de la ligne sur son flanc gauche. Il se lance dans une percée complètement folle et réussit un triple coup du sombrero au détriment de José Mari, du pitbull Gattuso et d’Albertini. Vexé, l’Italien commet une obstruction assez grossière sur notre Legende. Le Ole Dede s’élève des tribunes, le coup-franc est vite joué et le ballon transmis à Tomáš Rosicky. Le Tchèque réussit un une-deux acrobatique avec son coéquipier Jan Koller et transmet un ballon aérien à Marcio Amoroso à l’orée des seize mètres. Le chef-d’œuvre est en marche. Le Brésilien met une première fois dans le vent le défenseur Laursen avec un contrôle vers l’arrière, en direction de son propre but. Puis il élimine une deuxième fois le malheureux Danois, cette fois-ci dans le bon sens, vers l’avant, avec un coup du sombrero. Le quatrième en une minute, contre une équipe qui était une référence mondiale en matière de rigueur défensive ! Amoroso termine le travail en se mettant le ballon dans la course de la cuisse avant de fusiller le gardien Abbiati de l’extérieur du pied. Somptueux !!!

La suite. Le BVB ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Avant la mi-temps, Marcio Amoroso s’offre le parfait hat-trick en reprenant d’une tête plongeante un centre de son coéquipier Ewerthon. Rare sont les joueurs qui peuvent se targuer d’avoir réussi trois buts en une grosse demi-heure de jeu contre le grand Milan AC… En deuxième mi-temps, mon pote Jörg Heinrich portera le score à 4-0 en reprenant un nouveau centre d’Ewerthon. Dans sa glorieuse histoire européenne, le septuple champion d’Europe n’a que rarement connu pareille déconvenue.

Un avantage de 4-0 au match aller, aucun club digne de ce nom ne peut se faire remonter un tel score au retour. D’ailleurs, malgré le retour de Shevchenko, les supporters rossoneri n’y croyaient plus guère et San Siro sonnait un peu creux au retour, malgré la grosse cohorte de Borussen qui avaient entrepris le déplacement de Lombardie. Pourtant, le BVB se fait une petite frayeur en encaissant deux buts en début de match. Mais ensuite les hommes de Matthias Sammer ont su serrer le jeu et le 3-0 de Serginho à la 90e est intervenu trop tard pour remettre en cause la qualification, c’est même Lars Ricken qui inscrire le 3-1 dans les arrêts de jeu.

Le BVB est donc qualifié pour la quatrième finale européenne de son histoire après 1966, 1993 et 1997, la deuxième en Coupe UEFA après celle perdue contre la Juventus quatre ans plus tôt. Mais le BVB aborde cette finale avec un double handicap : elle intervient quatre jours seulement après le final de folie contre Brême qui a permis la quête du Meisterschale et elle se joue à Rotterdam, soit sur le terrain de notre adversaire du soir, Feyenoord. Et le BVB va encore s’infliger un handicap supplémentaire à la demi-heure de jeu : notre Fußballgott Jürgen Kohler est expulsé pour une faute de dernier recours, doublée d’un pénalty. Pierre van Hooijdonk transforme. Menés 1-0, réduits à dix et en terrain hostile face au redoutable quatuor offensif adverse composé de Bonaventure Kalou, John Dahl Tomasson, Robin van Persie et Pierre van Hooijdonk, nos Jungs vont faire preuve de bravoure. Menés 2-0 puis 3-1, ils reviennent à chaque fois à une longueur grâce à Marcio Amoroso et Jan Koller. Mais plus rien ne sera marqué dans la dernière demi-heure, le BVB s’incline 3-2 et perd sa deuxième finale de Coupe UEFA.

Le héros. Marcio Amoroso est l’un des joueurs les plus doués mais aussi les plus controversés à avoir porté le maillot jaune et noir, tour à tour idole des foules et diva capricieuse surpayée. Meilleur buteur de la Serie A en 1999 avec Udinese, il est ensuite transféré à Parme où des blessures ne lui permettent pas d’exprimer tout son talent. Le BVB prend donc en risque en l’engageant pour 25M € à l’été 2001, un transfert record pour la Bundesliga à l’époque (et qui restera également un record pour le BVB jusqu’au retour de Mario Götze). Le pari s’avère dans un premier temps gagnant : le Brésilien finit meilleur buteur de la Bundesliga et joue donc un rôle majeur dans la quête du Meisterschale.

Il est également l’un des moteurs de l’aventure schwarzgelbe en Coupe UEFA, avec notamment ce hat-trick retentissant contre l’AC Milan. Mais l’idylle prend fin au début de la saison 2002-2003 et une blessure au talon d’Achille. Marcio Amoroso est fortement soupçonné de ne pas vraiment tout mettre en œuvre pour retrouver les terrains et ça ne passe pas auprès du peuple jaune et noir. Surtout pour un joueur dont le salaire est estimé à 7M € par an, une fortune pour l’époque. Après une saison médiocre, l’entraîneur Matthias Sammer exige de son joueur une implication plus forte dans l’équipe. Et cela semble fonctionner : Amoroso débute la saison suivante par quatre buts en trois matchs. Mais une nouvelle blessure freine cet élan retrouvé. Il rentrer se « soigner » dans son pays, au Brésil, sans trop donner de nouvelles à son club. Ce dernier, en proie à des problèmes financiers et désireux de se séparer d’une diva au salaire devenu encombrant, finit par résilier son contrat le 1er avril 2004 pour faute professionnelle. La suite de la carrière du Brésilien ne sera qu’une série de piges sans succès, à Malaga, à Milan, à Salonique ou chez lui au Brésil. Un beau gâchis car, lorsqu’il le voulait bien, c’était un buteur d’exception : il a quitté le BVB avec 28 buts en 59 matchs de Bundesliga et 13 en 24 matchs de Coupe d’Europe. Dont ce hat-trick lumineux contre l’AC Milan en demi-finale.

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