Par le passé, nous avons souvent assisté à des matchs au Westfalenstadion où la qualité du jeu était indigne de l’ambiance fantastique descendue des tribunes. Samedi, en Supercup, c’était l’inverse : notre équipe a livré plutôt un bon match et le niveau de jeu était plus que correct pour une rencontre de préparation, c’est l’ambiance sinistre du Tempel der Glückseligkeit qui n’a pas été à la hauteur.

Lorsque j’ai commencé à fréquenter assidument le Westfalenstadion, au milieu des années 2000, le BVB était en proie à des graves problèmes financiers, la qualité de l’effectif n’était pas terrible, les résultats très souvent décevants et le niveau de jeu régulièrement consternant. Et pourtant le stade affichait toujours complet ou presque et l’ambiance était toujours fantastique, même si elle allait parfois decrescendo au fil du match, vu la piètre prestation de notre Borussia. J’avais coutume de dire, à moitié sur le ton de la boutade : « A Dortmund, il faudrait partir au coup d’envoi pour ne pas risquer de voir un mauvais match gâcher la belle impression de l’ambiance d’avant-match. » Aujourd’hui, c’est un peu l’inverse : depuis quelques saisons, le jeu est plutôt enthousiasmant (même si le jeu guardiolesque de Thomas Tuchel nous a parfois ennuyé), c’est souvent l’ambiance du Westfalenstadion qui nous déçoit.

Le temple silencieux

Nous étions prévenus : le boycott des ultras et d’une partie de la Fanszene, l’absence de nombreux abonnés, cela ne présageait rien de bon pour l’ambiance de cette Supercup mais je ne m’attendais pas à voir un jour dans ma vie un Westfalenstadion aussi mort et silencieux. Même en Südtribüne, autour de moi, les mecs étaient de vrais plots, juste là pour prendre des selfies, et qui n’ont quasiment pas manifesté de tout le match, sauf sur les goals. Résultat : pas un chant ou presque, un match quasiment silencieux, une vraie ambiance d’enterrement. Imagine : il n’y a même pas eu de chants anti-DFB ni de sifflets contre Mats Hummels, c’est dire le silence, un vrai Disneyland. Bien sûr, nous respectons l’absence de ceux qui ont décidé de boycotter ce match, soit en signe de protestation contre les délires de la fédération, soit par désintérêt pour cette Supercup en bois et tant mieux si cela a permis à des supporters moins habitués de d’offrir le grand frisson d’un BVB – Bayern sans débourser une fortune sur des sites illégaux. Mais cela aura prouvé une chose : on ne remplace pas sans conséquences les habitués de longue date, déjà là dans les années de galère et présents un soir de février contre Augsburg, par des clients occasionnels attirés par le « prestige » de l’affiche, même vêtus de leur maillot Dembelé flambant neuf achetés juste avant au Fanshop ! Espérons que nos dirigeants en ont pleinement conscience et qu’ils poursuivront leur combat contre la revente illégale de billets afin que notre stade garde sa magie et ne devienne pas un supermarché sans âme en mode Old Trafford, Camp Nou ou Parc des Princes.

Pulisic für immer !

Cette absence d’ambiance était d’autant plus dommageable que nos Jungs ont réussi une prestation plutôt convaincante. Nous étions assez inquiets après nos matchs de préparation médiocres contre Bochum, Espanyol et Atalanta mais nous avons eu le plaisir de constater que le pressing prôné par Peter Bosz se met gentiment en place. C’est d’ailleurs ce pressing qui permet à Christian Pulisic d’aller ouvrir le score en récupérant un ballon avant d’aller battre Ulreich avec beaucoup de sang-froid. Pulisic ? C’est autour de lui que le BVB doit bâtir son avenir, à l’heure où nos éléments emblématiques sont soit partis, soit à la retraite, soit sur le déclin, soit freinés par les blessures. Prolongez Pulisic jusqu’en 2025 ! Un jeune joueur bourré de talent, qui donne toujours tout sur un terrain et qui montre un vrai attachement à notre club et à ses valeurs, c’est cela que l’on veut voir au BVB, non pas des divas qui parlent sans arrêt de leur plan de carrière et profitent de la première offre très lucrative pour signer dans le « club de leurs rêves ».

Le gadget inutile

Malheureusement, nous n’allons pas garder notre avantage longtemps puisque le Bayern égalise sur un but entaché de hors-jeu par ce poison de Lewandowski. On ne va pas débattre ici sur ce gadget inutile que constitue l’arbitrage vidéo. Comme l’avait déjà prouvé la Coupe des Confédérations, ce truc pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Au final, le résultat est le même qu’avant, le Bayern Munich remporte un trophée de plus avec un coup de pouce de l’arbitre : si l’on devait retirer tous les titres remportés par le Rekordmeister sur des décisions litigieuses, les armoires à trophées de la Säbener Strasse seraient bien vides et je pense que même nos amis d’Herne-West partageront notre avis sur ce point-là. Passons. Ce que nous préférons retenir de cette première mi-temps, c’est que notre équipe, si décevante en préparation, a fait plus que jeu égal avec les Bavarois, malgré quelques frayeurs devant Bürki, dans un match intéressant, intense et disputé.

A sens unique

Ce sera encore mieux dans une deuxième mi-temps presque à sens unique. J’ai bien aimé l’entrée de Sebastian Rode ; à l’instar de nombreux médias allemands, je pense qu’il peut jouer un rôle majeur dans le système de Peter Bosz en vrai 6 devant la défense, cela permettrait de résoudre une partie de nos problèmes défensifs. C’est d’ailleurs l’ancien Francfortois qui est à l’origine de 2-1 inscrit par Pierre-Emerick Aubameyang admirablement lancé par Ousmane Dembelé, probablement pour ses adieux (sans regrets) au Westfalenstadion. Le Bayern semblait assez inoffensif et l’on pensait bien tenir une victoire de prestige. Mais, comme trop souvent, le BVB ne va pas parvenir à gérer jusqu’au bout une rencontre qui semblait totalement sous contrôle. Et une fois de plus, la catastrophe intervient sur un corner, un secteur de jeu que l’on doit absolument améliorer car nous encaissons beaucoup trop de buts et n’en marquons pas assez sur balles arrêtées. Un cafouillage devant Bürki permet à Kimmich d’inscrire un but immonde mais cela fait 2-2 quand même et départ pour une séance de pénaltys.

Malgré l’enjeu tout relatif de cette Supercup, malgré l’absence d’ambiance, on s’est pris au jeu et on est même surpris en train de vibrer pendant cette séance fatidique. Comme pendant le temps réglementaire, nous avons cru la victoire en poche lorsque Roman Bürki a retenu l’envoi de Joshua Kimmich. Mais les échecs de Sebastian Rode puis de Marc Bartra en mort subite face à Sven Ulreich ont permis au Bayern d’inverser la tendance et d’arracher un succès inespéré et pas franchement mérité. C’est rageant car la prestation de nos Jungs aurait mérité meilleure récompense.

Vivement le football !

Ceci dit, comme nous l’avions affirmé avant le match et le scénario de la partie ne va pas changer notre opinion : plus que le résultat, l’important c’était la manière. Et, malgré la déception, nous avons quitté le stade plutôt rassurés. Ce BVB version Peter Bosz se met tranquillement en place et recèle quelques belles promesses. Même si les deux formations déploraient pas mal d’absence, c’est toujours rassurant de faire jeu égal puis de dominer le Bayern Munich. Après il ne faut pas se leurrer : sous Klopp et Tuchel, le Rekordmeister est une équipe dont le style nous a toujours pas trop mal convenu car c’est un adversaire qui ne ferme pas le jeu et permet à nos Jungs de trouver les espaces dont ils sont besoin pour exprimer leurs qualités. Le vrai test, pour mesure notre capacité à jouer un rôle en vue dans la saison de Bundesliga qui s’amorce, ce sera contre des adversaires plus modestes mais regroupés en défense et au jeu agressif et physique contre lesquels nous avons trop souvent égaré des points par le passé. Et là, tout reste à prouver…

Mais on a hâte que cela commence. Hâte d’en finir avec cette période détestable et écœurante des transferts où l’on parle plus de pognons que de ballon. Hâte que ceux qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs de notre club s’en aillent et que Sven Mislintat nous trouve, comme d’habitude, des remplaçants moins onéreux, meilleurs et surtout plus attachés au maillot qu’ils portent. Hâte de pourvoir reparler uniquement ballon, chants, tribunes, passion…tout ce qui nous unit autour de notre club favori.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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