Le Borussia Dortmund a conclu son stage de préparation en Suisse par une défaite en Autriche contre l’Atalanta Bergamo. Il y a eu du mieux dans l’intensité, la verticalité et la vitesse mais cela manque encore beaucoup trop de précision, d’automatismes et de sécurité défensive pour envisager la suite avec sérénité. Notre équipe est encore en chantier et il faudra du temps et des matchs pour que les choses se mettent en place ; le problème c’est que du temps et des matchs, nous n’en avons plus beaucoup à disposition avant la reprise de la Bundesliga.

Le 1er août, c’est la Fête nationale en Suisse. Ce jour-là, nous autres Confédérés nous célébrons le serment du Grütli, le pacte par lequel, selon la légende, les représentants de trois cantons alpestres, les Waldstätten, Uri, Schwytz et Unterwald, se sont retrouvés le 1er août 1291 sur la mythique prairie du Grütli pour proclamer leur indépendance et leur union contre le méchant occupant autrichien, symbolisé par la dynastie des Habsbourg. Alors forcément, pour un Suisse, aller passer un 1er août en Autriche, l’ennemi de jadis, c’est un peu trahir sa patrie mais que ne ferions-nous pas pour notre cher Borussia ? Nous tentons d’atténuer notre forfaiture en passant la journée dans notre pays à la plage sous la chaleur et sur les rives magnifiques du Bodensee (Lac de Constance), au pied des pommiers des bucoliques collines de Thurgovie.

L’orage

Mais à peine avions nous franchi la Rhin, la frontière et les quelques kilomètres qui séparent la Suisse d’Altach que c’est comme si le ciel avait voulu punir notre traîtrise : un violent orage s’abat sur la petite localité autrichienne (6500 habitants mais un club, le SC Rheindorf Altach actuellement engagé en qualifications de l’Europa League contre le KAA Gent). Les éclairs zèbrent le ciel devant les montagnes du Vorarlberg, des trombes d’eau s’abattent sur la CASHPOINT-Arena et le ciel est tellement noir que le coup d’envoi est donné dans une obscurité totale, à peine troublée par les projecteurs. Et comme nous avions évidemment des places debout en bloc BVB non couvertes, nous sommes rapidement trempés.

Mais l’électricité n’est pas que dans l’atmosphère, elle est aussi sur le terrain et dans les tribunes. L’Atalanta est venu avec près de 1000 fans déchainés qui enchaînent Pyros et chants pendant tout le match, finissant à torse nu sous la pluie. Cela fait plaisir de retrouver une vraie ambiance de football ! Sur le terrain, les Bergamasques, révélations de la dernière Serie A avec une quatrième place et une qualification en Europa League, veulent profiter de ce match contre un ténor du foot européen pour préparer une Coupe d’Europe dont ils n’ont guère l’habitude. Bref, ce match n’a eu d’amical que le nom, avec des cartons, des duels souvent âpres et de l’engagement : il suffit de voir la fin de match hachée, la joie des Italiens lors du but ou les quelques gestes d’énervement des deux côtés pour s’en convaincre. Mais c’est plutôt positif : c’est avec ce type de combat que l’on prépare une saison de Bundesliga et non pas avec des exhibitions commerciales du genre de celle que nous avons récemment disputée contre l’AC Milan.

La stratégie de Peter Bosz

D’après ce qu’on peut en juger durant cette phase de préparation, l’objectif de Peter Bosz n’est pas de multiplier les essais et les changements pour trouver la bonne formule et l’équipe type. La démarche est plutôt d’observer au moins une fois chacun de ses joueurs sur 90 minutes et de leur permettre d’intégrer son système en 4-3-3 (ou 4-1-4-1, les interprétations divergent). C’est sans doute pour cela que notre entraîneur a effectué très peu de changements en cours de match lors de nos deux dernières rencontres. Après les atermoiements et les innombrables expérimentations de l’ère Thomas Tuchel, on ne peut que se réjouir d’avoir un entraîneur qui semble vouloir imposer un système et s’y tenir. Ensuite, il faudra voir si ce système est adapté aux qualités des joueurs à disposition, si ceux-ci peuvent l’intégrer et s’il sera efficace en Bundesliga. La question reste ouverte.

Le flou médian

A Altach, le début de match est plutôt encourageant, nos Jungs parviennent à trouver des espaces et de la vitesse sur les ailes grâce aux latéraux Beste et Paβlack, à Philipp et surtout à Pulisic. Isak est d’ailleurs tout près d’ouvrir le score sur un centre venu de la gauche. Mais l’Atalanta va vite comprendre que pour neutraliser ce BVB-là, il faut surtout bloquer les côtés et va s’y employer avec succès, réduisant considérablement nos allants offensifs. Car dans l’axe, c’était très confus avec le trio Rode-Dahoud-Götze. On a apprécié de voir Dahoud prendre le jeu à son compte et replacer ses coéquipiers du geste pour sa première titularisation en jaune et noir mais il ne semblait pas très au clair sur son rôle. Surtout que Götze a beaucoup décroché et se retrouvait presque systématiquement à ses côtés. C’est donc Rode qui s’est retrouvé le plus souvent en soutien de l’attaquant Isak mais, les rares fois où le BVB est parvenu à trouver un espace dans l’axe, il était bien emprunté pour adresser la dernière passe et a toujours opté pour une solution latérale. A sa décharge, Alexander Isak n’a jamais pesé sur la défense italienne, gagnant peu de duels et n’offrant presque jamais de solution ni en remise ni dans la profondeur. Dès lors, le Borussia ne s’est plus guère montré dangereux que sur des frappes non cadrées alors que l’Atalanta commence à nous faire quelques frayeurs, avec une reprise dévissée et un arrêt délicat de Bürki en deux temps.

L’arc-en-ciel

La pluie diminue d’intensité et un arc-en-ciel apparaît même devant les montagnes du Vorarlberg. Mais cela n’éclaire guère le jeu du BVB. Après la pause, les occasions sont italiennes et Reimann, entré à la mi-temps pour Bürki, sauve deux fois du pied, sur un tir à bout portant puis une sortie déterminée. Notre jeune gardien sera beaucoup moins inspiré quelques minutes plus tard avec une relance plein axe directement sur un joueur italien, le contre fuse et Josip Ilicic ouvre le score avec sang-froid. C’est vraiment dommage, cette erreur vient ternir les excellentes prestations de Dominik Reimann durant cette préparation et elle est intervenue alors que Dortmund connaissait sa meilleure période et semblait en mesure de passer l’épaule.

 

Il y avait eu une tête trop décroisée de Rode puis une reprise juste à côté de Philipp. Mais notre meilleure occasion est survenue après une montée opportune de Neven Subotic, comme un Hummels de grandes années, pour récupérer un ballon à 30 mètres et trouver une faille dans la défense italienne en train de remonter. Mais le gardien Berisha a pu s’interposer sur les tirs de Pulisic puis Isak. En revanche, après l’ouverture du score, le BVB ne s’est plus guère montré dangereux, le match est devenu très heurté, on a surtout vu un nouveau sauvetage de Reimann, des fautes, des hors-jeu italiens et plusieurs coup francs en faveur du Borussia, tous très mal négociés. Ce sera aussi un point à travailler car cela fait des années, les dernières saisons de Klopp et tout le mandat de Tuchel, que notre équipe n’est pas assez performante sur balles arrêtées.

Bilan

Les supporters italiens sont euphoriques après cette victoire de prestige et leurs chants résonnent dans l’obscurité d’Altach. Evidemment, nous, dans le camp d’en face, nous faisons grise mine. Avec une nul et deux défaites depuis le retour d’Asie, le bilan est décevant, surtout si l’on regarde la faible qualité du jeu présenté. Bien sûr, si je vais voir tous ces matchs amicaux, ce n’est pas forcément pour en tirer des enseignements majeurs ; c’est surtout que le football à la télévision, c’est aussi ennuyeux que du tir à l’arc et que nous saisissons la première occasion pour renouer avec ces atmosphères, ces amitiés, ces communions, cette passion, ces aventures, ces rencontres qui font la beauté du football. Mais c’est évidemment encore plus beau quand notre équipe joue bien et gagne, on est donc resté assez loin du compte lors de ces matchs contre Bochum, Espanyol et Atalanta. Ce n’est pas dramatique mais il semble qu’il reste encore beaucoup de travail pour que les choses se mettent en place, alors que samedi avec la Supercup, se profile déjà notre premier match officiel. Je ne m’intéresse pas trop à ce que fait le Bayern Munich mais j’ai cru comprendre que leur préparation n’était pas plus convaincante que la nôtre. Dès lors, peut-être encore plus que les années précédentes, cette Supercup va s’apparenter à un match amical entre deux équipes qui, avant de penser à gagner un trophée en bois, vont chercher d’abord à se rassurer. Après, si en plus on pouvait quitter le Westfalenstadion en vainqueurs, cela ne nous déplairait pas car, même en amical, assister à trois matchs de suite sans voir une seule victoire du BVB, c’est toujours un peu déprimant.

* Jeu de mots compréhensible uniquement par nos lecteurs suisses car faisant référence à notre jeu de cartes national, le yass, ou plutôt à l’un de ses dérivés, désolé pour les autres.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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