Ce week-end, nous avons accompagné le Borussia Dortmund au paradis, comprenez dans les paysages enchanteurs du Heidiland saint-gallois où notre équipe est actuellement en camp d’entraînement. Ce qui fut beaucoup moins enchanteur, c’est la performance indigente de nos Jungs contre Espanyol Barcelone. Espérons qu’ils sauront mettre à profit le reste de leur séjour à Bad Ragaz pour se mettre au niveau avant le début des choses sérieuses.

Depuis sept ans, le BVB a pris l’habitude de préparer sa saison en Suisse, à Bad Ragaz, dans le Heidiland saint-gallois, ville de cure où a été écrit le célèbre roman Heidi, devenue l’icône nationale helvétique. Cela nous réjouit de voir notre Borussia nous rendre visite chaque été : déjà parce que, comme chacun le sait, la Suisse est le plus beau pays du monde et que cela nous fait plaisir que nos Jungs puissent en profiter mais en plus cela nous permet d’aller voir notre équipe sans faire des trajets trop longs.

Bierkurve

Mais avant de rejoindre la vallée du Rhin et les montagnes, nous faisons une halte à Winterthur. Nous sommes encore assez loin des paysages somptueux des Alpes mais dans la tentaculaire agglomération urbaine et industrielle de Zurich. Winterthur est la sixième ville de Suisse mais son équipe de football, le FC Winterthur, Winti pour les intimes, n’a plus goûté aux joies de la première division depuis plus de 30 ans. Du coup, son stade, la Schützenwiese, enceinte d’un peu moins de 10’000 places date un peu, avec une grande majorité de places debout, un endroit sympa au charme un peu désuet. Et puis, si mes compatriotes de la partie alémanique de la Suisse parlent un idiome un peu barbare et assez incompréhensible, il faut leur reconnaître un certain talent pour transformer un vulgaire match amical en kermesse populaire. Les bières et les saucisses sont omniprésentes ; il faut dire que, si les fans du BVB ont colonisé tout le stade, 9’400 fans (guichets fermés), c’est dans le virage habituellement réservé aux supporters locaux, la Bierkurve, que se trouve la plus forte concentration jaune et noire.

L’histoire d’amour

Mon fanclub suisse est présent en masse, on retrouve plein de potes avec plaisir sous un généreux soleil, les tournées s’enchaînent… Si le BVB vient chaque année en Suisse, ce n’est pas seulement pour la qualité des infrastructures et la beauté des paysages mais aussi parce que c’est le pays où le club, en dehors d’Allemagne, recrute le plus de fans, une histoire d’amour déjà ancienne et sans cesse renouvelée. Aujourd’hui, Roman Bürki perpétue la longue tradition suisse au Borussia et c’est bien sûr notre joueur le plus acclamé par la Schützenwiese. Roman est bernois d’origine mais le grand club de sa ville, Young Boys, n’a jamais cru en lui et ne lui a pas vraiment donné sa chance. C’est donc avec l’un des deux clubs de Zurich, Grasshopper, qu’il s’est révélé. Ses bonnes performances lui ont valu d’être dans le collimateur du club suisse actuellement le plus riche et septuple champion en titre, le FC Bâle, où Roman aurait pu aller gagner quelques titres et jouer la Ligue des Champions avant de partir à l’étranger. Mais il a refusé de trahir le club qui l’a révélé et ses fans en passant à l’ennemi et il a préféré tenter sa chance directement en Bundesliga, au SC Freiburg, avant d’être promu au BVB. Ce faisant, il s’est attiré le respect de beaucoup de fans en Suisse et une forte popularité, ce qui ne fera qu’augmenter la sympathie déjà immense dont jouit le BVB en terres helvétiques.

De la théorie à la pratique…

Six jours après Bochum le BVB affrontait un type d’adversaire très différent : Espanyol Barcelone. Les Catalans sont à un stade bien moins avancé dans leur préparation que les Bochumer, ils n’ont pas mis le même engagement que dans un derby de la Ruhr mais présentaient une qualité technique supérieure. Et pourtant, face à deux équations bien différentes, le BVB a offert la même réponse, soit un jeu qui ronronne avec une possession de balle (plus de 70%…) stérile et molle. Pour l’instant, le Gegenpressing agressif, la vitesse et la verticalité qu’entend instaurer Peter Bosz restent à l’état de théorie, on ne les voit pas encore sur le terrain. Certes, le BVB sortait de plusieurs séances d’entraînement très intenses, les petits bobos de la préparation n’avaient permis de ne disposer que de quatre joueurs sur le banc, ce n’était pas le meilleur contexte pour mettre de l’intensité mais force est de constater que, pour l’instant, ce BVB 2017-2018 version Bosz ne ressemble pas à grand-chose ou, plus inquiétant encore, reproduit les pires copies rendues sous l’ère Tuchel.

Il reste encore beaucoup à faire pour mettre en place le système du nouvel entraîneur et le temps commence à manquer. Où l’on reparle de l’(in)utilité de ces tournées commerciales asiatiques ou, peut-être, prochainement, américaines, et du retard qu’elles engendrent dans notre préparation. A l’été 2015, nous avions aussi un un nouvel entraîneur mais, qualifications de l’Europa League obligent, il n’y avait pas eu de tournée exotique, et notre équipe nous avait déjà sorti un  match référence durant le stage de Bad Ragaz, contre la Juventus à St. Gall. Nous en sommes encore loin et nos dirigeants devraient se poser la question si, durant notre préparation estivale, il ne vaudrait pas mieux privilégier l’aspect sportif au marketing. Car ces dernières saisons ont montré que le Bayern Munich n’attendait guère la concurrence et qu’un début de saison manqué en raison d’une préparation tronquée pouvait très vite sonner le glas de nos rêves de Meisterschale.

Le (non) match

Pour en revenir à ce non-match contre Espanyol, le BVB a bien sûr dominé et aurait pu l’emporter. Aubameyang a eu à plusieurs reprises l’ouverture du score au bout du soulier, plusieurs tirs flirtent avec les montants mais cela demeure poussif, cela manque de rythme, de fluidité et la défense adverse n’est que rarement mise hors de position. En revanche, notre défense à nous n’offre toujours pas toutes les garanties de sécurité sur les rares incursions adverses en direction de Roman Bürki. Il y a une première grosse alerte en début de 2e mi-temps et, alors que le BVB peine de plus en plus à se montrer dangereux, ce qui devait arriver arriva : Piatti inscrit le seul but du match sur un mauvais placement de notre défense. Malgré l’ambiance festive, un certain fatalisme envahit la Bierkurve, c’est un scénario que nous avons déjà vécu trop souvent dans tous les stades d’Allemagne et d’ailleurs : le BVB domine en vain et se fait piéger sur l’une des rares occasions adverses. Et une défaite de plus dans cette préparation… Au-delà du résultat, anecdotique, c’est la manière et le niveau assez faible du match qui inquiète un peuple jaune et noir guère rassuré en quittant le stade pour aller poursuivre la nuit dans les bars de Winterthur.

Sportplatz Ri Au

Après une courte nuit, nous nous réveillons aux aurores pour gagner Bad Ragaz, à travers les paysages magnifiques de la Goldküste, la côte des millionnaires et des banquiers sur les rives du lac de Zurich, puis du Walensee, un lac beaucoup plus bucolique coincé entre les montagnes. Comme tous les ans, Bad Ragaz s’est transformé en annexe du Borussia Dortmund. Les maillots jaunes et noirs sont présents à tous les coins de rue, de nombreuses terrasses sont décorées aux couleurs du club et nous croisons même des voitures teintées à l’effigie du BVB. BVB Ragaz ! Nous partons rapidement pour Rio, non pas de Janeiro, mais le Sportplatz Ri Au, là où se tiennent les entraînements. Arrivés sur place, c’est un vrai petit village du BVB installé entre le Rhin et un mignon petit quartier résidentiel boisé et fleuri.  Les fans se pressent devant le camion du Fanshop, une haie humaine s’est formée de chaque côté de la route pour voir arriver le car des joueurs, les publicités du club sont partout, les bières et les saucisses se vendent par centaines et je fais même l’acquisition au bar du t-shirt souhaitant la bienvenue au Borussia Dortmund, une pièce originale pour ma collection ; en langage local, ça donne « Grüezi Borussia Dortmund ».

Sauf qu’il va nous falloir patienter pour saluer nos joueurs. L’entraînement était programmé à 10h30 mais il faut patienter jusqu’à 11h pour voir arriver le car et une bonne demi-heure de plus pour laisser les joueurs se préparer. Note, ce n’était pas trop déplaisant de patienter en tirant la bière en plein soleil sur les bords du Rhin, qui n’est encore qu’une grosse rivière descendue des montagnes grisonnes et pas encore le fleuve majestueux que nous rencontrons lors de nos voyages en Nordrhein-Westfalen, avec vue imprenable sur les monts environnants. « Sur nos monts quand le soleil, annonce un brillant réveil, et prédis d’un plus beau jour le retour, les beautés de la patrie parlent à l’âme attendrie, au ciel montent plus joyeux, au ciel montent plus joyeux, les accents d’un cœur pieux, les accents émus d’un cœur pieux. » Nos lecteurs suisses comprendront, après tout cet article est publié un 1er août…

Le (non) entraînement

Une fois enfin là, nos joueurs se contentent de traverser le terrain, non pas sous les chants émus d’un cœur pieux mais sous des applaudissements polis, pour s’engouffrer sous une tente : au programme, séance de récupération et de musculation pour les joueurs, d’analyse du match de la veille pour les coachs. Le splendide terrain reste désespérément vide, à part un assistant qui dispose quelques cônes, et Julian Weigl qui s’offre un petit footing de récupération sous les applaudissements du millier de fans présents. Du coup, on s’offre quelques bières supplémentaires. Puis les joueurs daignent enfin se montrer sur la pelouse pour quelques tours de décrassage et une séance d’étirement. Et c’est tout… Nous nous doutions bien qu’un lendemain de match, nous n’aurions pas droit une longue séance intensive mais c’était quand même un peu léger d’organiser un entraînement public pour si peu. Mais le public en a quand même pour son argent (c’était gratuit…) puisque Götze, Passlack, Dembelé, Weidenfeller et de Beer viennent se prêter au jeu des autographes et des selfies. J’ai depuis longtemps passé l’âge des autographes et des selfies mais on sacrifie quand même à l’exercice, histoire de ne pas être venu complètement pour rien et mon amie a pu au moins repartir avec une casquette rose portant la griffe de Götzinho.

Le réconfort

Après l’effort, le réconfort ! Comme c’était assez éprouvant de voir nos Jungs effectuer un entraînement aussi physique, nous décidons de zapper le tournoi de foot de mon Fanclub suisse, qui se tenait à quelques kilomètres de là, pour goûter aux bonnes tables de Bad Ragaz. Puis d’aller nous prélasser aux bains thermaux qui ont fait la renommée du lieu et qui se trouvent dans l’hôtel somptueux où logent nos joueurs. C’est l’occasion de constater que nos Jungs ne sont pas trop mal logés, a priori notre club ne lésine pas sur les moyens pour leur offrir tout le luxe et le confort imaginables durant leur séjour helvétique.

Après trois heures de délassement entre bassins d’eau glacée et d’eau thermale sortie de la montagne, nous poursuivons notre journée à la Tamina Schlucht, les gorges de la rivière Tamina. Il s’agit d’une gorge tellement étroite qu’elle s’apparente parfois à une grotte au fond de laquelle coule un torrent tumultueux. Pour agrémenter le tout, des illuminations surréalistes éclairent les parois escarpées, c’est féérique. Nous comprenons mieux pourquoi cet endroit a fait un jour écrire au célèbre poète Rainer Maria Rilke « Hiersein ist herrlich » (être ici est merveilleux) et la délicieuse fondue au champagne qui a clos notre journée n’a en rien altéré cette impression.

L’effort

Pour le dernier jour de notre (trop court) séjour à Bad Ragaz, nous décidons de renoncer à l’entraînement public, celui de la veille nous a suffi, pour découvrir une nouvelle Arena. Sauf que cette Arena là n’a rien à voir avec un stade et elle est classée par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, la Sardona Tectonic Arena. Il s’agit d’une série d’amas rocheux et de lacs de montagne à plus de 2000 mètres d’altitude. Après les excès de la veille, l’ascension du premier pierrier est un peu laborieuse mais nous finissons par trouver le rythme et apprécier les paysages somptueux et les lacs aux eaux turquoises. Mais c’est bien le seul endroit à Bad Ragaz où, à part nous, on n’a pas aperçu le moindre fan du BVB. Il faut croire que les ascensions en haute montagne ne rentrent pas tout à fait dans les attributions des supporters jaunes et noirs. D’ailleurs, on espère que notre entraîneur n’aura pas la mauvaise idée d’offrir pareille randonnée à nos Jungs, pas sûr qu’ils aient le pied très montagnard et notre équipe compte déjà suffisamment de blessés pour ne pas risquer une mauvaise glissade sur des pierres rendues glissantes par la fonte des névés environnants. Et puis, je me suis chargé personnellement de hisser haut les couleurs du BVB sur les sommets en affichant le drapeau des Borussenstern devant les rives du Wildsee, le lac sauvage aux eaux turquoises, puis sur un tumulus érigés sur une crête où la vue portait sur toute la vallée du Rhin jusqu’au lac de Constance.

J’ai cité Rilke ci-dessus ; mon ami Yves Martin, légende des supporters en Suisse pour avoir aligné une vingtaine de Grand Chelem (voir tous les matchs de la saison) avec son club du Lausanne-Sport, n’a pas connu une aussi grande carrière poétique mais je vais également le citer : « Si vous n’avez aucune inspiration au moment de fixer vos vacances (je pars quand ? je vais où ? pour faire quoi ?), devenez fan de foot. C’est compris dans le package : le club décide de tout. »

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Alors quand notre club décide de nous offrir un week-end dans un endroit aussi enchanteur que Bad Ragaz, nous voulons bien lui pardonner la prestation misérable de l’équipe le vendredi soir. Mais nous sommes bien d’accord : quand notre club nous emmènera dans des endroits bien moins paradisiaques, au hasard Wolfsburg pour la reprise de la Bundesliga, là nous attendrons que notre équipe nous présente toute autre chose !

 

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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