Le Borussia Dortmund est bien le cauchemar du Borussia Mönchengladbach. Le BVB a en effet battu die Elf von Niederrhein pour la… onzième fois consécutive. Chahutés pendant une heure de jeu par de très bons Fohlen, nos Jungs ont su reprendre le contrôle du match pour aller chercher un succès précieux. Un vrai bon déplacement comme nous les adorons.

Habituellement, le Sonderzug des supporters reliant Dortmund à Mönchengladbach est bondé. Il faut jouer des coudes pour trouver une place et de nombreux fans s’entassent debout dans les couloirs. Cette fois, j’ai presque un wagon pour moi tout seul ! Instinctivement, les fans ont pris la mesure du coronavirus bien avant nos autorités : ils ont compris qu’il valait mieux éviter les transports en commun et privilégier les déplacements individuels parce que le danger était bien davantage là, dans le confinement d’un train, qu’au stade où le bloc visiteurs était comble, comme d’habitude. Personnellement, je n’ai pas voulu changer mes habitudes : j’adore ce trajet à travers le Ruhrpott et le Niederrhein.

On traverse vraiment la Ruhr industrieuse, Castrop-Rauxel, Gelsenkirchen, Bottrop, Oberhausen, Duisburg… usines, entrepôts désolés, banlieues glauques, cheminées fumantes, chevalement de mines avec des terrils de remblais comme horizon mais aussi espaces verts, réserves naturelles et petits lacs.

Nous passons au large de l’Arena d’Herne-West, des chants hostiles aux Blauen s’élèvent dans les wagons voisins, au moment même où Schalke reçoit Hoffenheim, avec une banderole plutôt pimentée de soutien en notre faveur contre Dietmar Hopp.

Puis nous traversons le Rhin pour pénétrer dans le Niederrhein, Krefeld, Viersen, toujours les mêmes paysages, avant d’arriver à Rheydt où nous attendent les bus pour nous conduire au stade. J’adore cette immersion en pleine terre de football, ça met directement dans l’ambiance avant le match.

Tactique

Après Erling Haaland la semaine précédente contre Freiburg, Lucien Favre avait choisi de laisser un autre de ses joyaux au repos, Jadon Sancho. La tâche de notre entraîneur est compliquée : tout le monde est convaincu de la nécessité de procéder à un certain turn-over mais, en même temps, à chaque fois qu’un cadre de l’équipe reste sur le banc, il y a des critiques et, si cela tourne mal, le tournus pratiqué par le Suisse sera pointé du doigt. C’était donc un choix courageux de nous passer de notre meilleur scorer pour ce match au sommet à Mönchengladbach. N’oublions pas qu’avant le match, compte tenu de son match en retard contre Köln (finalement gagné 2-1), Gladbach était potentiellement devant nous au classement. L’entraîneur des Fohlen, c’est Marco Rose, un pur produit de l’école mayencennoise, où il a notamment évolué sous les ordres d’un certain Jürgen Klopp, passé ensuite dans la galaxie Red Bull : c’est lui qui entraînait Salzburg lorsque le produit autrichien nous avait éliminés en Europa League. Ce Gladbach 2019-2020 évolue donc selon les préceptes théorisés jadis par Wolfgang Frank et Ralf Rangnick : beaucoup d’intensité, un pressing très agressif et un jeu très vertical après la récupération du ballon.

Derby des Borussias

L’agressivité et l’intensité, nous la retrouvons aussi en tribunes. Contrairement à la saison dernière, Mönchengladbach a eu la bonne idée de ne pas interdire la vente de bières en bloc visiteurs, c’est donc une joyeuse équipée de 6000 Dortmunder qui fait face à près de 50’000 Fohlen. Une vraie grosse ambiance de Derby, une rivalité historique comme on les aime, c’est vraiment pour vivre ce genre de matchs et d’atmosphères que nous accompagnons notre équipe aux quatre coins de l’Allemagne et de l’Europe. L’avant-match commence donc par le traditionnel massacre du Elf von Niederrhein, l’hymne des Fohlen. Sur le terrain, c’est plus compliqué. Bürki est le premier à se mettre en évidence avec une sortie décisive devant Lainer. Nos Jungs vont avoir la chance de marquer sur leur première occasion, après un ballon récupéré par Erling Haaland, le cuir parvient à Thorgan Hazard qui rate un peu son contrôle mais se reprend magnifiquement en éliminant trois défenseurs adverses d’un râteau avant de conclure d’une merveille de frappe enroulée du gauche dans le petit filet opposé. Superbe ! Et qui plus est contre ses anciens fans qui le conspuent depuis son départ à Dortmund. C’était la meilleure façon pour le Belge de fermer quelques bouches.

Derby suisse

Mais, malgré cette ouverture du score, le BVB est mis en difficulté par le pressing des Fohlen. Pendant une heure, le schéma de jeu des Fohlen paraissait plus cohérent que le nôtre. Il est clair que le plan de jeu de Marco Rose est beaucoup plus direct et plus simple que le système plus élaboré que tente de mettre en place Lucien Favre. L’impression que cela donnait, c’était qu’il était plus facile pour Gladbach de se créer des occasions que pour nous. Heureusement, Bensebaini frappe à côté, alors que Bürki sort le grand jeu devant Plea. Dans la tête du sélectionneur suisse Vladimir Petkovic, le gardien des Fohlen Yann Sommer est l’incontestable numéro 1, si bien que notre Roman a préféré se mettre en retrait de l’équipe nationale, lassé de ce manque de concurrence équitable. Mais, en ce samedi au Borussia-Park, c’est bien dans les buts du BVB que se trouvait le meilleur portier suisse avec un match impeccable de Bürki alors qu’en face son rival Sommer est apparu bien fébrile, notamment en blessant son propre coéquipier et compatriote Zakaria sur une sortie hasardeuse.

In den Farben getrennt, in der Sache vereint

Nous nous sommes envoyés des insultes toute la soirée avec les fans des Fohlen mais le début de la seconde mi-temps marque un instant de communion entre les fans rivaux, lorsqu’apparaissent en Gästeblock les portraits des présidents et vice-présidents de la DFB, de Dietmar Hopp, de son avocat et de Karl-Heinz Rummenigge, tous affublée d’un nez rouge en référence aux nombreux mensonges qu’ils débitent depuis des années, D’un coup, tout le stade reprend des chants hostiles à la DFB. Séparés par les couleurs, unis par une cause. Et la lutte contre les sanctions collectives, le football business et les clubs-jouets est une cause qui transcende les rivalités partisanes. Mais cette belle unité va vite voler en éclat, surtout que Gladbach égalise peu après la mi-temps. Sur corner, évidemment. Oublié par notre défense, Pléa peut remiser et le joueur le plus sous-coté du football allemand, Lars Stindl, peut glisser la balle au bon endroit. Cette vulnérabilité sur balles arrêtées est vraiment rageante.

Avec maturité

On s’attendait à vivre une deuxième mi-temps difficile mais, paradoxalement, après l’ouverture du score des Fohlen, le BVB est parvenu à beaucoup mieux contrôler le match. Ce sont là les limites du jeu prôné par Marco Rose, que nous avions aussi parfois expérimentées avec Jürgen Klopp : c’est un jeu extrêmement usant et difficile à tenir sur la longueur. Ce n’est d’ailleurs par un hasard si Gladbach est le seul club allemand qui n’a pas franchi les phases de poule en Coupe d’Europe cette saison, échouant dans un groupe d’Europa League pourtant pas trop relevé et malgré un contingent plutôt fourni (Marcus Thuram, dont je t’avais fait l’éloge lors d’un récent Düsseldorf – Gladbach, n’est entré qu’à la 65e contre le BVB). Le jeu de Lucien Favre est parfois un peu lancinant et trop souvent on a l’impression que la balle tourne sans vraiment amener de danger devant le but adverse. Mais cette qualité dans la circulation de balle peut aussi nous permettre de profiter d’un adversaire qui fatigue et relâche un peu son pressing pour remettre la main sur un match qui avait tendance à nous échapper. Nous n’avions pas réussi à le faire à Leverkusen où nos Jungs avaient un peu paniqué quand la Werkself était revenue ; en revanche, dans l’ambiance survoltée du Borussia-Park, nous avons réussi à enlever au falsche Borussia le momentum de l’égalisation en le privant de ballon, c’était plutôt costaud de nos Jungs, respect.

La délivrance

Et puis, Lucien Favre avait gardé en réserve son dynamiteur Jadon Sancho qui relaie Julian Brandt à 25 minutes de la fin. Julian avait réussi un excellent retour contre Freiburg, en revanche à Mönchengladbach il n’a jamais pu se dépêtrer du pressing adverse et c’est sans doute ce qui a conduit Lucien Favre à lui préférer Hazard pour le match de Paris. Le Belge a été étincelant contre son ancien club et il est tout proche de s’offrir le doublé de la tête sur un centre d’Hakimi mais Sommer réussit un arrêt splendide. Mais ce n’était que partie remise : sur un long dégagement de Bürki, Haaland gagne son duel de la tête avec Ginter et Sancho lance Achraf Hakimi qui nous redonne l’avantage d’un tir croisé. Bierdusche en Gästeblock !!!

Et reprise du Torhymne de Gladbach avec Scooter pour narguer les Fohlen. Sancho aurait pu définitivement pu faire taire le Borussia-Park mais sa frappe n’a trouvé que le poteau. Et, forcément, quand on rate une balle de break, il y a danger sur les derniers rushs adverses mais Breel Embolo rate sa reprise seul à six mètres du but. Lors de l’Euro 2016, nous avions démonté Lille avec les fans suisses lors de France – Suisse avec notre « Embolo, Embolo, Embolo » mais depuis lors l’ex-enfant prodige du football helvétique s’est perdu à Schalke et il peine à rebondir à Gladbach : heureusement qu’il n’a pas retrouvé son sens du but contre nous. Après un dernier tir au-dessus d’Haaland, c’était le coup de sifflet final libérateur.

Un dernier souvenir ?

Même si nous avons été en difficulté pendant soixante minutes, c’était une vraie grosse bonne victoire dans un choc au sommet de haute tenue. Le genre de victoires qui compte dans une saison. Et c’est notre onzième victoire d’affilé contre les Fohlen, dix en Bundesliga, une en Pokal, ça fait toujours plaisir contre un rival historique. Lucien Favre était encore sur le banc du falsche Borussia la dernière fois qu’ils nous ont battus en octobre 2015… Je ne crois pas que le Suisse soit particulièrement revanchard par rapport à ce Mönchengladbach qu’il a remonté de presque relégué en Zweite Liga à participant régulier à la Coupe d’Europe mais c’est cinq victoires en cinq matchs pour la Vaudois contre son ancien club depuis son arrivée au BVB. C’était un déplacement mémorable dans une ambiance fantastique, ça restera quoiqu’il advienne l’un des grands moments de cette saison 2019-2020.

On quitte le stade en chantant le « wir wollen den Derbysieg » : nous nous apprêtions à vivre la plus belle semaine de notre saison, débutée idéalement par ce somptueux Borussen-Derby et qui devait se conclure avec le Derby, le vrai, celui contre Schalke, avec entre les deux comme petit amuse-bouche secondaire, le déplacement à Paris. Je prolonge un peu le plaisir en faisant des théories avec deux Borussen venus d’Alsace, je suis trop tard pour le Sonderzug ; j’embarque donc dans un Regio ordinaire bondé de fans des deux Borussias. Nous nous sommes envoyés des amabilités avec les Fohlen toute la soirée mais l’animosité avait disparu: tout le monde était tellement saoul que personne ne savait plus exactement pour quel Borussia il chantait, même si nous on était fiers d’être pour le bon Borussia, celui qui gagne. Dans cette joyeuse hystérie, personne n’imaginait le séisme qui allait nous tomber sur la tête dans les jours suivants avec les huis-clos puis la suspension de la saison. On ne sait pas quand nous pourrons retourner encourager notre BVB dans un stade ni même si nous pourrons encore une fois voir nos Jungs au stade cette saison. Une chose est certaine : si tout devait s’arrêter là, nous aurons au moins la satisfaction de garder comme dernier souvenir ému de stade cette saison cette soirée magique dans le Niederrhein avec l’image de nos Jungs sautillant avec nous après une victoire splendide dans une ambiance survoltée. Et cela aucun virus ne pourra nous l’enlever !

Catégories : Au Stade

1 commentaire

Tinnefeld Roman · 17/03/2020 à 01:55

En tant que fan de dortmund mais aussi en tant que franco allemand j’ai adoré. Je comprends tout les mots allemands que tu utilises et en plus j’ai adoré ta description de la Ruhr et ses paysages qui ont bercé mon enfance. Vraiment merci pour cette article et vive die große Borussia!

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