Pour le premier match du 2e tour, le BVB, largement en tête du classement, rend visite à son dauphin, Leverkusen. L’occasion de relancer la Bundesliga pour la Werkself, de l’assommer pour le Borussia. Et c’est la deuxième hypothèse qui s’est produite. Grâce à un supporter devenu joueur qui va claquer un doublé en quatre minutes pour le club de son cœur dans le match au sommet de la Bundesliga : Kevin Großkreutz.

Le contexte. La saison 2010-2011 du BVB débute par une défaite 0-2 à domicile contre Leverkusen. Mais ensuite, notre Borussia marche sur la Bundesliga : sept victoires, un nul à domicile contre Hoffenheim, sept victoires, et une défaite à Francfort pour terminer. Dortmund possède dix points d’avance sur Mainz et Leverkusen au terme de l’Hinrunde. Et le Rückrunde débute justement par un déplacement sur la pelouse de celui qui apparaît comme notre plus dangereux rival cette saison-là pour le Meisterschale : le Bayer Leverkusen de Jupp Heynckes. Le match a lieu le vendredi soir, pour la reprise de la Bundesliga, en direct sur une chaîne publique et sous les yeux de toute l’Allemagne qui veut voir ces Bubis de Jürgen Klopp qui défient tous les pronostics depuis le début de la saison. Neverkusen peut-il faire rebondir le championnat ?

Le match. La première mi-temps est intense mais crispante, un vrai match au sommet. Le BVB domine mais ne parvient pas à concrétiser ses occasions. Sven Bender tire sur le poteau, le gardien des Rheinländer Adler sauve deux fois devant Robert Lewandowski. La mi-temps est atteinte sur le score de 0-0. Tout reste à faire dans ce Spitzenspiel.

Le(s) but(s). La situation va se décanter en début de seconde mi-temps. On joue depuis moins de quatre minutes lorsque Lukasz Piszczek expédie une longue touche dans la surface, les défenseurs Schwaab et Friedrich se gênent et Kevin Großkreutz ouvre le score du plat du pied. Explosion de joie en Gästeblock et premier coup de tonnerre sur la Bundesliga. Il sera suivi d’un deuxième quatre minutes plus tard : sur un long dégagement du gardien Weidenfeller, Lewandowski dévie de la tête, nouvelle roue libre de Friedrich, et Kevin Großkreutz part seul au goal doubler la mise d’une frappe enroulée pleine de sang-froid. 0-2, match et saison pliée, danke, bitte. Et le tout par le plus Dortmunder Jungs d’entre tous.

La suite. A peine deux minutes après le 0-2 de Fischkreutz, Mario Götze inscrit le numéro trois. Trois buts en six minutes ! Au final, le BVB s’impose 3-1, prend sa revanche sur le match aller et assoit sa domination sur la Bundesliga : après 18 matchs, 12 points d’avance sur Hanovre et 13 sur Leverkusen ! La BayArena est située au milieu d’un échangeur d’autoroutes mais c’est surtout le BVB qui s’est offert une autoroute vers le Meisterschale ce soir-là. Il y aura quelques petits accrocs, le Leverkusen de Jupp Heynckes a refait un peu de son retard et s’est parfois fait vaguement menaçant. Mais sans jamais pouvoir revenir et le BVB a pu fêter le Meisterschale à trois journées de la fin après une victoire 2-0 contre Nürnberg.

Le héros. La domination du BVB sur cette saison 2010-2011 a été telle qu’il était difficile de ressortir un but décisif plus qu’un autre. Mais ça me fait plaisir de mettre en avant ce doublé de Kevin Großkreutz dans ce match au sommet. Car il est très emblématique de ce qu’était les Bubis de Jürgen Klopp cette saison-là. Une équipe de copains, un collectif parfaitement huilé, où tout le monde travaillait pour les autres. Et Großkreutz, comme Blaszczykowski sur l’autre aile, était un pion essentiel de cette belle mécanique : par son travail, son abnégation, les kilomètres parcourus, il ne laissait aucun répit à l’adversaire et permettait les récupérations dont profitaient ensuite les Götze, Kagawa, Lewandowski et autres Barrios pour partir vers le but adverse. Gagner le titre avec con club de cœur en étant titulaire à part entière, Fischkreutz ne pouvait rêver mieux.

Car Kevin Grosskreutz est un authentique Dortmund Jungs. Il vient d’Eving, un quartier du nord de la ville, derrière le parc de Fredenbaum. Il débute dans divers clubs des quartiers nord, VfL Kemminghausen, Rot-Weiss Eving et Merkur 07 Dortmund. Il finit par intégrer les juniors de son club de cœur, le Borussia Dortmund mais sans pouvoir s’y imposer. Il émigre alors à Ahlen en Westphalie, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Dortmund, où il finit par s’imposer dans le meilleur club local, le Rot-Weiss Ahlen. Il y est rejoint par un autre Dortmunder Jungs qui n’avait pas réussi à percer au BVB : Marco Reus. Tous deux amèneront le Rot-Weiss jusqu’en Zweite Liga. Durant toutes ces années à Ahlen, Fischkreutz se dépêchait de prendre sa douche après les matchs et filait ensuite à Dortmund voir les matchs du BVB en Südtribüne. C’est dire sa joie quand, en 2009, ses performances ont fini par convaincre le Borussia de lui proposer une place en première équipe (honneur qui sera alors refusé à Marco Reus).

Fischkreutz est exactement le genre de joueur dont Jürgen Klopp avait besoin pour installer son Gegenpressing. Il s’impose donc rapidement comme un titulaire indiscutable. Sa combativité en fera même l’un des chouchous du public, de même que ses frasques souvent alcoolisées. Chaque fan pouvait se reconnaître en lui car Kevin c’est avant tout un fan du BVB qui a pu réaliser le rêve de porter le maillot de son équipe favorite et gagner des titres avec elle. Il est de tous les succès de l’ère Jürgen Klopp. Et souvent décisifs dans les matchs clés : il y a eu ce doublé à Leverkusen mais c’est aussi lui qui, avec sa volée écrasée, a offert le but décisif à Lewandowski en 2012 contre le Bayern. En décembre 2013, son but en glissant à Marseille permet au Borussia de passer la troisième à la première place de son groupe de Ligue des Champions, devant Arsenal et Naples. Et on en passe… Et, au passage, il devient champion du monde en 2014, même s’il n’a pas joué une seule minute ; Jögi Löw s’apprêtait à le faire entrer en finale mais son pote Mario Götze, en inscrivant le but du titre, a contraint le sélectionneur à changer son plan.

L’idylle entre Fischkreutz et le BVB est rompue à l’arrivée de Thomas Tuchel qui ne comptait plus sur lui. Un transfert avorté à Galatasaray, une renaissance à Stuttgart brisée par une soirée trop alcoolisée et un licenciement, une retraite annoncée sous le coup de l’émotion puis un retour peu concluant à Darmstadt : depuis son départ du BVB, la carrière de Kevin a pris un peu des chemins de traverse. Mais depuis, il semble apaisé ; père de famille, il joue pour le plaisir à Uerdingen, ambitieux néo-promu en Dritte Liga, et ne rate pas une occasion de revenir au Westfalenstadion. Accessoirement, il donne un coup de main comme entraîneur adjoint avec le club de ses débuts, Kemminghausen. Einmal Borusse, immer Borusse.

Si tu as raté le début:

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3 décembre


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