C’est pour vivre ce genre de match que nous parcourons tous les week-ends des centaines de kilomètres avec unser BVB. A Francfort, nous avons eu droit à tout ce qui fonde notre passion et notre amour pour la Bundesliga. Tout sauf une chose : la victoire et c’est bien dommage car c’est juste cela qu’il manqué pour une après-midi de football parfaite.

Une intensité folle, une ambiance surchauffée, des émotions à revendre, des belles histoires, un combat de tous les instants, du suspense, des rebondissements, de la bière à gogo : tous les ingrédients étaient réunis samedi après-midi pour l’un de ces matchs de Bundesliga comme on les aime, un après-midi privilégié de passion et de ferveur. Et pourtant, c’est déçus et frustrés que nous avons quitté la capitale économique de l’Europe avec la désagréable sensation d’avoir laissé échapper deux point largement à notre portée, un petit sentiment de gâchis que nous avons tutoyé le nirvana du fan de football mais que nous l’avons un peu bêtement laissé échapper.

La renaissance de SGE

J’aime beaucoup l’entraîneur de Francfort Niko Kovac. Déjà, je partage entièrement sa conception du football et j’ai adoré sa théorie d’avant-match dans laquelle il réduisait les guignols qui avaient critiqué le BVB et de son entraîneur après les matchs de Leipzig et Nicosie à des fans de Playstation. Et puis lui et son frangin, notre ancien joueur Robert, font un boulot formidable depuis qu’ils ont repris un Eintracht moribond et promis à la relégation au printemps 2016. Ils ont réussi à lui éviter la relégation puis à l’emmener en finale de Coupe d’Allemagne une année plus tard, avec le résultat que l’on sait… Et SGE aurait sans doute fini européen la saison passée déjà s’il n’avait pas un peu balancé sa fin de championnat pour se focaliser sur la Pokal. Mais ce n’est sans doute que partie remise et cet Eintracht-là me paraît un vrai client pour une place dans le premier tiers du classement de la Bundesliga. Niko Kovac me paraît en passe de réussir ce qu’avait accompli Lucien Favre à Mönchengladbach : refaire d’une grande Traditionsverein à l’agonie une place forte du football allemand. En revanche, niveau jeu, ce que propose le Croate se rapproche davantage du punk rock de Jürgen Klopp : beaucoup de rythme et d’intensité, des joueurs qui se jettent dans chaque duel comme des morts de faim et une projection instantanée vers l’avant dès la récupération du ballon, c’est simple mais efficace. Et surtout dans l’ambiance surchauffée du Waldstadion, l’une des meilleures d’Allemagne, avec un public prompt à s’embraser à la moindre étincelle et elles n’ont pas manqué samedi !

Bosz le kamikaze

Face au combat furieux qui s’annonçait, la composition choisie par Peter Bosz tenait un peu de la tactique kamikaze. Lorsque j’ai découvert la liste de nos onze titulaires sur les écrans géants du Waldstadion, j’ai pensé que notre entraîneur avait opté pour un 3-5-2. Que nenni : notre entraîneur est resté fidèle à son 4-3-3 pour composer, en raison des nombreuses absences, une défense complètement inédite en décalant Bartra sur la droite et un intronisant une charnière centrale Subotic – Weigl. Un revenant qui n’a pas encore joué cette saison et un gamin de 21 ans dont ce n’est pas du tout la place ! Le pari est complètement fou, surtout face à ce Francfort-là, mais j’adore l’audace et la prise de risque de notre entraîneur. Bien sûr, cette défense nous fait quelques frayeurs en début de match face à la pression furieuse des Adler, un but est annulé pour hors-jeu, on ne passe pas loin du pénalty sur une intervention litigieuse mais que ça fait plaisir de revoir Neven Subotic sur un terrain, souverain dans la plupart de ses interventions. J’ai eu des frissons lorsque notre défenseur serbe est revenu de nulle part avec un tacle parfait pour enlever la balle des pieds d’Haller qui partait seul au goal. Un geste à haut risque mais tellement plus jouissif qu’un gri-gri réussi à trente mètres du but adverse ! On sait que Peter Bosz, comme Thomas Tuchel avant lui, considère sans doute que Neven n’a pas la qualité de relance requise pour son jeu offensif mais franchement, est-ce si important, dès que lors qu’on joue avec un Nuri Sahin très bas et qu’on peut repartir avec lui en circuit court ? On espère vivement revoir désormais régulièrement notre Publikumsliebling sur la pelouse ces prochains mois.

Super Bürki, Super Bürki, hey, hey !

L’autre belle histoire du jour, c’est Nuri Sahin qui traverse le terrain pour aller congratuler son gardien Roman Bürki après ouvert le score en déviant opportunément un tir de Marc Bartra. Ainsi, donc, notre portier Suisse, si décrié, aura réuni le soutien unanime de ses coéquipiers, des dirigeants qui ont prolongé son contrat et des fans, une superbe démonstration d’unité et d’Echte Liebe pour faire taire les rageux qui veulent nuire à notre club. Et, même s’il nous a fait peur sur deux sorties un peu hésitantes, Roman s’est montré à la hauteur de cette confiance avec plusieurs arrêts décisifs devant notamment Wolf et Rebic. En menant 0-1 à la pause, le BVB est plutôt bien payé, mais quel combat ! Et également dans les tribunes avec 8000 Borussen déchaînés face à 42’000 Francfortois en fusion, il ne m’a pas fallu longtemps pour perdre le peu de voix que j’avais réussi à récupérer après notre odyssée à Nicosie.

Pure Wahnsinn

Le match va devenir encore plus fou après la pause. Après un arrêt de l’excellent Hradecky devant Philipp va commencer le festival Aubameyang. D’occasions ratées malheureusement. A trois reprises, notre buteur gabonais échoue en position favorable devant le but francfortois. Nous étions en train de nous dire qu’une équipe qui rate autant de balles de break finit par se faire rejoindre lorsque nous avons cru que Maximilian Philipp allait nous démentir en inscrivant le 0-2 d’un tir croisé imparable. On pensait l’affaire entendue lorsqu’Aubameyang a inscrit le numéro trois quelques instants mais il était hors-jeu et là c’est une grosse bêtise de notre attaquant : nous nous présentions à deux seuls devant le gardien et il lui aurait suffi de faire le pas de retrait pour définitivement plier le match. Clairement le tournant car avec deux buts d’avance face à ce SGE là rien n’était joué et nous en avons malheureusement fait l’expérience.

Une erreur de coaching ?

Dès le but de Philipp, Peter Bosz décide de revenir à une défense plus standard avec la sortie de Weigl, le retour de Bartra dans l’axe et l’entrée de Zagadou à droite. On peut s’interroger sur la pertinence de ce choix. Certes, notre défense était sur le fil du rasoir depuis le début du match mais elle tenait bon et faire entrer deux nouveaux joueurs simultanément (avec l’arrivée de Kagawa) dans un match aussi intense n’était pas forcément une bonne idée, j’aurai préféré que notre coach assume son choix courageux jusqu’au bout. Car, abandonné par sa défense, Bürki se laisse emporter dans sa sortie et concède un pénalty qui permet à Haller de réduire le score. L’atmosphère devient irrespirable, la pression de l’Eintracht et du Waldstadion est terrible, Hradecky empêche Pulisic de nous libérer et ce qui devait arriver arriva : Marius Wolf égalise d’un tir croisé avec l’aide du poteau. Une vraie trouvaille d’ailleurs ce Marius Wolf, un peu sorti de nulle part mais force est de constater qu’avec Wolf, Rebic et Haller, l’Eintracht possède vraiment une force offensive de premier plan qui fait presque passer inaperçue l’absence de l’idole locale Alex Meier.

Un combat homérique

On a senti les Francfortois un peu émoussé par leur folle débauche d’énergie, le pressing est un peu moins intense, les courses se font plus lentes, les joueurs mettent plus de temps à se relever. Mais nos Jungs sont aussi entamés et la confiance et le momentum sont plutôt du côté des Adler après avoir remonté leur handicap de deux buts. La fin de match est débridée, un vrai combat d’homme, au mental, à l’énergie, à la volonté, on adore. Le match aurait pu basculer des deux côtés, on passe tout près de la catastrophe mais Bürki nous sauve devant Gacinovic et Haller. Et puis Peter Bosz tente un nouveau pari complètement fou en offrant à Jadon Sancho sa première titularisation en Bundesliga pour les dix dernières minutes. A 17 ans, à peine rentré de la Coupe du Monde U-17 en Inde et dans un combat aussi furieux ? Notre entraîneur est plus placide sur son banc de touche mais il me paraît aussi fou et joueur que Jürgen Klopp. Et ce pari aurait pu payer : notre jeune prodige anglais est à l’origine de la dernière occasion du match où il n’a manqué que quelques centimètres à Pulisic pour pousser la balle au bon endroit. Mais la vraie balle de match était survenue trois minutes plus tôt lorsque Jadon Sancho a servi Nuri Sahin seul devant le but déserté par Hradecky mais Hasebe s’est retrouvé miraculeusement sur la reprise de notre Dortmunder Jungs. On se demande encore comment cette balle n’est pas rentrée et on n’ose même pas imaginer l’hystérie qui aurait été la nôtre en Gästeblock si elle avait fini au bon endroit… Clairement, une victoire qui serait rentrée dans la grande Histoire du BVB.

Kopf hoch, Jungs !

Mais le football tient parfois à peu de choses, la balle n’est pas rentrée et de victoire il n’y eût point. A chaud, c’est clairement la déception qui prédominait : c’est toujours rageant de perdre deux points après avoir mené 0-2, après avoir manqué un troisième but qu’on ne devait jamais rater ou après avoir bénéficié d’une telle occasion à la 90e. Mais, à tête reposée, on se dit que c’est aussi un combat que nous aurions pu perdre, notamment si Francfort avait marqué en début de match ou si Bürki ne nous avait pas sauvé après le 2-2. Et puis un point, c’est toujours un de plus que lors de nos trois derniers déplacements au Waldstadion et à l’époque nous avions affronté un Francfort bien moins fort que celui de samedi. Ce n’est donc qu’à l’heure du décompte final que nous saurons si nous avons gagné un point ou perdu deux à Francfort. En attendant, ce qu’on sait, c’est que nous sommes toujours en tête du classement et c’est déjà pas mal, surtout compte tenu des nombreux blessés que nous avons eu à déplorer depuis le début de la saison. Il faut maintenant renouer avec la victoire en Pokal à Magdeburg, dans une autre ambiance annoncée bouillante, puis aller gagner à Hanovre, la révélation de ce début de saison, histoire d’aborder le choc du 4 novembre contre le Bayern Munich en tête du classement. Plus que jamais, faisons bloc derrière nos Jungs pour aborder la tête haute ces échéances toutes aussi exaltantes les unes que les autres !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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