Après quatre finales majeures perdues, le BVB a enfin renoué avec la victoire en battant l’Eintracht Francfort 2-1 samedi dernier à Berlin. Mais cette victoire n’a pas vraiment donné lieu aux scènes de joie, de liesse et d’émotion attendues, elle aura surtout révélé les fractures qui hantent notre club. Mission accomplie donc mais finalement, le moment le plus heureux de notre week-end, cela restera la virée sur le bateau du BVB le samedi matin.

Wembley 2013, Berlin 2014, Berlin 2015, Berlin 2016 : j’y étais à chaque fois et c’était toujours le même cauchemar, l’immense désillusion à la hauteur de l’espoir suscité quelques heures plus tôt, la tristesse, la lente procession silencieuse des fans quittant le stade la tête basse, une atmosphère de fin du monde. Alors, nous pensions naïvement que, le jour où nous gagnerions à nouveau une grande finale, tout ne serait que joie, bonheur et allégresse. Malheureusement et malgré la victoire, il n’en fut rien samedi à Berlin. Des fans assis pendant le tour d’honneur, une moitié d’équipe qui reste prostrée dans le rond central et ne vient pas célébrer avec les autres et la Pokal devant la Marathontor, cette finale aura surtout révélé les immenses fractures qui minent actuellement notre club. Nos Jungs auront maintenu un semblant d’unité pour assurer l’essentiel, la qualification en Ligue des Champions et la victoire en Pokal, mais, dès le coup de sifflet final, les masques sont tombés et nous avons pu constater à quel point l’ambiance était devenue délétère. On ne va pas juger ici les responsabilités de ce climat empoisonné, on espère simplement que nos dirigeants ont pris la bonne, la seule, décision qui s’imposait pour ramener le calme, la sérénité, l’unité et la joie dans la maison schwarzgelbe. Pour ne plus jamais avoir à célébrer une grande victoire aussi tristement.

Vendredi farniente

Pourtant, en arrivant vendredi matin dans la capitale, nous étions encore d’humeur joyeuse. Les maillots jaunes et noirs sont encore en minorité, largement surpassés par les foulards oranges des journées du Christ qui se tenaient à Berlin le même week-end. Après quelques incartades culturelles (brèves, je te rassure), nous commençons à nous plonger dans la folie jaune et noire dans un bar des bords de la Spree. Au programme : farniente, soleil, caïpirinha et mojito. Nous passons ensuite aux choses sérieuses pour une soirée avec mon Fanclub dans un Biergarten. C’est l’occasion de quelques moments sympathiques de communion en entonnant des chants à la gloire du Borussia entre des adolescentes venues de toute l’Europe pour les Journées du Christ et les vieux fans endurcis que nous sommes. La ferveur de ces demoiselles n’avait rien à envier à la nôtre. Mais nous ne prolongeons pas plus que de raison la nuit car la journée du samedi s’annonçait longue.

50’000 Borussen an der Spree

En effet, le réveil était programmé aux aurores. Objectif : être à 8h30 devant la BVB-Fanbootschaft pour obtenir les billets – gratuits – pour les tours en bateau et en bus offerts par notre club chéri. La foule borusse est déjà présente en nombre mais, après quelques bousculades, nous obtenons les précieux sésames. Nous avons donc l’honneur d’embarquer pour la première croisière de la journée sur la Spree. Le bateau est entièrement décoré aux couleurs du BVB, il y a un DJ, des bières (il est 10h…), 200 fans sur le pont, des chants du club qui tournent en boucle, des écharpes et des drapeaux (offerts par le BVB bien sûr) qui s’agitent… Nous remontons la Spree et passons à proximité des principaux monuments de Berlin, Alexanderturm, Reichstag, Dom etc. Sur les quais, des milliers de touristes prennent en photo ou filment cette joyeuse équipée. Toute la journée, ce sont trois bateaux qui se relaieront et se croiseront sur le fleuve berlinois pour faire vivre à des fans dortmundois ces quarante-cinq minutes de pur bonheur et de pur délire. Magique. Quel autre club au monde est capable d’offrir cela à ses fans ? Et ce n’était pas terminé puisque, à peine le temps de descendre du bateau (et de descendre une bière), que le bus panoramique du BVB nous attendait pour à nouveau quarante-cinq minutes de tour de ville aux couleurs et aux chants schwarzgelbe.

C’est un peu moins festif que sur le bateau, nous sommes tenus de rester assis car il n’y a pas beaucoup de place au-dessus du bus lorsque nous passons sous les tunnels, arbres ou ponts. Mais nous avons aussi droit à notre moment de bonheur lorsque nous passons à proximité de la Breitscheidplatz, déjà bien remplie de Borussen, pour une magnifique ovation. Deux fois quarante-cinq minutes de folie jaune et noire au petit-déjeuner, comment mieux débuter une journée de finale ? Et ce n’était qu’un début car ensuite est venu le temps de nous rendre à la Breitscheidplatz, le cœur de la fête borusse. La place est jaune de monde et, durant tout l’après-midi, chants et bières s’enchaînent sous le chaud soleil berlinois. On ne le répétera jamais assez mais une finale à Berlin, c’est à vivre absolument, avec ou sans billet pour le match.

Du rêve…

Mais des billets, nous en avions et nous finissons par gagner l’Olympiastadion. Il était temps, après toutes ces bières… Au coup d’envoi, pas de Choreo côté schwarzgelb, juste un délire Pyrotechnik et, sans doute, une nouvelle sanction et un nouveau conflit avec la direction pour nos ultras. Les fractures dans le club sont aussi en tribune. Mais c’est tous ensemble que nous célébrons le début de match de rêve de nos Jungs avec l’ouverture du score d’Ousmane Dembelé qui met son défenseur dans le vent et trouve la lucarne opposée. Un but copie conforme du but inscrit à Munich qui nous a valu notre présence à Berlin en ce beau samedi ensoleillé. Mais, comme trop souvent cette saison, notre équipe va s’endormir sur ses lauriers. Et Francfort, nullement refroidi par son début de match, va revenir dans le coup. Il y a eu une première alerte avec une situation très chaude devant Bürki mais nos Jungs ne comprennent pas le danger et Rebic égalise.

…au cauchemar

Le spectre de la finale 2015 contre Wolfsburg où, après avoir ouvert le score, le BVB était complètement sorti du match, ressurgit. Surtout que la fin de la première mi-temps ressemble à un calvaire infernal. Touché, Marco Reus boîte bas, il tente de rester sur le terrain mais finira pas sortir, il méritait tellement mieux pour sa première grande victoire avec le Borussia. Notre équipe ne voit plus le ballon, perd tous les duels et les offensives s’enchaînent en direction de notre but. En tribune aussi, nous sommes complètement submergés par les fans francfortois qui finissent la mi-temps avec un chant monstrueux de 15 minutes et une chorégraphie de drapeaux parfaitement orchestrée entre le haut et le bas de l’Ostkurve. Sur le coup, nous n’avons vraiment pas été à la hauteur de notre réputation de « beste Fans der Welt » car c’est dans ces moments difficiles que notre équipe avait besoin de nous et nous avons été éteints par les supporters de SGE, alors même que nous étions largement majoritaires en tribunes. On a un peu honte : en journée, à Berlin, nous n’avons quasiment pas croisé un fan francfortois. Mais, eux, ils sont venus en mode guerriers pour pousser leur équipe à la victoire, nous sommes arrivés un peu en course de contemporains pour faire la fête. Et après les joyeuses réjouissances de la journée, les bières en plein soleil durant des heures, la Bitburger 0,0‰ de l’Olympiastadion, nous avons tous connu un gros coup de barre en même temps.

Danke Helene !

Heureusement, il y a eu la star de la Schlager Helene Fischer pour nous réveiller. Ce genre de show n’a rien à faire dans une finale de Pokal et c’est l’occasion pour les fans des deux équipes, dans un bel élan de communion, de crier leur haine contre la DFB en accueillant la pauvre Helene par une véritable bronca, elle a eu bien du mérite de terminer son concert sous les huées. Et dire que ma camarade de route du week-end se réjouissait d’entendre « atemlos »… On ne sait pas s’il faut y voir une relation de cause à effet car nous sommes bien plus réveillés lorsque les deux équipes reviennent sur le terrain et à nouveau aptes à pousser nos Jungs. Cela tombe bien car ceux-ci ont également retrouvé le fil du match. Les occasions s’enchaînent devant le but francfortois, juste devant la Marathontor où nous nous trouvons. Il y a un sauvetage miraculeux sur la ligne d’un défenseur de l’Eintracht et on sentait arriver le but. C’est finalement, comme contre Brême, d’un pénalty que va survenir la délivrance après une faute inutile mais indiscutable du gardien Hradecky. Il y a eu quelques atermoiements au moment de désigner le tireur, un geste un peu curieux de Dembelé mais c’est finalement Pierre-Emerick Aubameyang qui s’y colle et ne tremble pas en transformant plein axe pour conclure sa saison exceptionnelle.

Au bout du suspense

Nous avions à nouveau le contrôle de match mais il était écrit quelque part que rien ne doit être facile dans cette saison chaotique. Nos Jungs ne parviennent pas à marquer le but de la sécurité et nous allons trembler jusqu’au bout. On pense à cette affreuse perte de balle qui occasionne un coup-franc dangereux pour l’Eintracht au bout des arrêts de jeu. Le temps semble suspendre son cours, va-t-on enfin vaincre cette malédiction des finales ? La réponse est oui, le coup-franc ne donne rien et nous pouvons enfin renouer avec la victoire en finale. Fatalement, il y a quelques larmes, une forme de revanche sur toutes ces finales perdues mais la joie et l’émotion ne durent pas car, rapidement, l’attitude, les divisions, les fractures de notre équipe viennent un peu ternir notre bonheur. J’essuie à nouveau quelques larmes, de tristesse cette fois, en voyant notre club à ce point divisé. Les célébrations ont un air un peu forcé, en mode mission accomplie, et l’ambiance ne décolle pas vraiment en Marathontor. Que la folie, la communion, l’exaltation et l’émotion de la finale 2012 paraissent loin…


Bonjour tristesse…

Lors de la finale de Wembley en 2013, nous nous étions moqués du peu d’enthousiasme des fans bavarois après la victoire en Königsklasse. Mais notre sortie de l’Olympiastadion n’a pas été plus glorieuse. Il n’y avait pas un chant, ni en quittant le stade, ni dans les Biergarten, ni dans le U-Bahn, juste une procession silencieuse de fans qui devisaient tranquillement, comme si nous n’avions qu’accompli un devoir un peu fastidieux. Il faudra attendre deux heures du matin, dans un pub, pour enfin entonner les premiers chants de victoire d’après-match. Pourtant, ne va pas croire que nous sommes blasés, ce n’est que notre quatrième victoire en Pokal en 108 ans d’existence, nous ne sommes pas prêts de nous en lasser. De même, la qualité relativement modeste du match n’a rien à voir avec notre manque d’enthousiasme, une finale c’est fait pour être gagné, pas pour assurer le spectacle. De même que la relative modestie de l’adversaire, Francfort nous était inférieur mais, par sa combativité et son envie, il nous a quand même salement bousculés, surtout en fin de première période, et le match aurait pu mal tourner. De toute façon, quel que soit l’adversaire, une victoire en finale reste une victoire en finale (enfin, sauf si c’est contre Schalke…). Non, le problème ce sont bien les souffrances qui affligent notre club, ces divisions, ces querelles, cette absence de communion et d’unité qui ont un peu gâché la fête. On espère vraiment que le départ d’un entraîneur controversé nous permettra de tourner cette page.

Am Borsigplatz geboren

Après une courte nuit de sommeil, ces tourments étaient oubliés et il était déjà temps de quitter Berlin, à nouveau aux aurores, pour mettre un point final à notre week-end là où tout a commencé : la Borsigplatz ! Je fais un saut à mon appartement pour étrenner, avec nos squatters du week-end, notre dernière acquisition, une vasque Brinkhoff’s pouvant recueillir trois litres de bière. Franchement, quand on l’a achetée en mars, nous ne pensions pas pouvoir l’étrenner cette saison déjà.

Dans les rues de Dortmund, sous un ciel gris, nous croisons peu de monde en jaune, pareil en arrivant à la Borsigplatz où la foule est encore clairsemée. Rien à voir avec l’émeute et l’effervescence de 2011 et 2012. Mais les fans finissent par arriver, le soleil par revenir et c’est finalement une place quasiment comble qui accueille nos Jungs qui donnent l’impression d’avoir retrouvé un semblant d’unité. L’honneur est sauf, nous pouvons célébrer avec la Pokal, les ola, les chants, la magie de la Borsigplatz, cela restera toujours des moments privilégiés entre tous. Tu l’as compris, nous avons vécu un week-end un peu étrange, avec des moments de fête, de joie et d’émotion mais aussi quelques instants de vague à l’âme. Mais, au final, cette Pokal 2017, elle est à nous et personne ne pourra nous l’enlever. C’est comme à l’armée : quelques années plus tard, tu ne retiens que les bons moments. Quelque part, finir cette saison avec un trophée sur la Borsigplatz après les problèmes, les conflits, les mésaventures et les drames que nous avons connu n’en est que plus méritoire. C’est tout l’Histoire de notre BVB : toujours se relever dans la difficulté. Am Ende der dunklen Gasse erstrahlt die Gelbe Wand ! Pokalsieger !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

Laissez un commentaire

Lire les articles précédents :
BVB vs. SV Werder Bremen – Tout est bien qui finit bien, en attendant mieux…

Le BVB a vécu une saison 2016-2017 compliquée. Mais, malgré les difficultés, tout s’est finit dans la joie et l’allégresse...

Fermer