Il ne nous a apporté aucun trophée, il venait ponctuer une saison calamiteuse et pourtant ce but est généralement considéré comme le plus important de l’Histoire du BVB. Que serait devenu notre club si le Kobra n’avait pas surgi au bout du bout des arrêts de jeu ce jour-là ? On ne le saura jamais mais probablement qu’aucun des succès de la décennie suivante, la Pokal, les Meisterschale, la Königsklasse, n’auraient été possibles. Peut-être même qu’on ne serait plus là…

Le contexte. C’est un euphémisme de dire que la saison 1985-1986 du Borussia Dortmund a été compliquée. Situation financière dramatique, querelles internes, transferts foireux, protestations des fans… Le BVB se fait démonter 6-1 à l’extérieur dans les deux Revierderby, le petit à Bochum et le grand à Gelsenkirchen. Il faut attendre la huitième journée pour trouver trace d’une victoire. Transfert vedette de l’été, l’ancien buteur du football allemand, héros de l’Euro 1980, Horst Hrubesch est arrivé complètement cramé et n’a inscrit que deux buts avant de se retirer. La DFB menace d’un retrait de points pour non-respect des conditions d’octroi de la licence, le BVB s’en tirera finalement avec une amende. Le cauchemar. Heureusement, Saarbrücken et Hanovre sont encore plus mal lotis, ils finissent aux deux dernières places synonymes de relégation directe. Mais il reste encore la seizième place et le barrage contre le troisième de Zweite Liga que squatte dangereusement le BVB.

Les Borussen laissent échapper une occasion de sauvetage lors de l’avant-dernière journée en étant tenus en échec au Westfalenstadion par Schalke (1-1) qui assurait lui son maintien. Et la victoire obtenue 4-1 sur la pelouse du relégué Hanovre lors de la dernière journée est insuffisante : Kaiserslautern, Nürnberg et Köln, les adversaires directs dans cette lutte pour le maintien, se sont tous imposés et restent devant. Seul Francfort s’incline mais SGE reste aussi devant le BVB au bénéfice d’une meilleure différence de but (-14 contre -16).Le BVB doit donc passer par un barrage contre la relégation contre le troisième de Zweite Liga, Fortuna Köln, qui a complété le podium derrière les promus FC 08 Homburg et Blau-Weiss 90 Berlin. Fortuna, c’est un club de quartier de Cologne qui vit dans l’ombre du grand club de la ville, le 1. FC Köln. Mais, pour ce barrage, le Fortuna a déserté son petit Südstadion pour investir l’antre des Geissböcke, le Müngersdorfer où près de 50’000 fans ont pris place pour le barrage aller. Le BVB a changé d’entraîneur avant le barrage, Pal Csernai a été remplacé par son adjoint Reinhard Saftig. Mais le choc psychologique ne fonctionne pas et le Borussia rend une copie désolante à Köln avec défaite 2-0.

Le match. A l’époque, le Relegationspiel ne connaissait ni la règle du but marqué à l’extérieur ni les prolongations. En cas d’égalité au terme des deux matchs, une troisième rencontre d’appui est disputée. Le BVB doit donc s’imposer par deux buts d’écart pour au moins arracher un troisième match. Malgré les difficultés de la saison, 54’000 fans remplissent le Westfalenstadion un lundi soir pour tenter d’aider leur club à se sauver. Mais cela part très mal : le buteur du Fortuna Bernd Grabosch ouvre le score après 14 minutes. Le gardien borusse Eike Immel évite même le 0-2. A la mi-temps, le BVB doit donc marquer trois buts pour arracher le match d’appui. Alors qu’il n’en a inscrit aucun en trois mi-temps… Les fans font part de leur mécontentement mais, après la pause, ce sont toutes les tribunes du Westfalenstadion qui vont pousser comme jamais.

Personne n’a envie de retrouver la Zweite Liga et des déplacements à Aschaffenburg, Solingen ou Salmrohr. A la 54e, le BVB obtient un pénalty généreux et l’enfant du pays, Michael Zorc prend ses responsabilités et inscrit le but de l’espoir. 1-1, il reste deux buts à marquer. Le problème, c’est que dans les buts du Fortuna, il y a un gardien, Jacek Jarecki, qui multiplie les miracles. Le meneur de jeu Marcel Raducanu ravive l’espoir en inscrivant le 2-1 sur le seul et unique but de la tête de sa carrière. Mais il reste encore un but à marquer, Jarecki continue à réaliser des prouesses et il est sauvé par sa latte sur une volée de Wegmann. Lorsqu’arrive la 90ème minute, le BVB est toujours relégué. « Nous étions physiquement au bout, les jambes étaient lourdes, le pouls battait le chamade et l’espoir semblait même avoir déserté le public. » a déclaré Jürgen Wegmann. Tout le monde s’attend à voir l’arbitre siffler la fin et sanctionner le retour du BVB en Zweite Liga, dix ans après l’avoir quittée.

Le but. Mais, alors que le temps réglementaire est échu, M. Schmidthuber décide d’accorder une attaque de la toute dernière chance au Borussia. Un dernier centre dans le paquet, deux déviations de la tête et la balle échoit à Ingo Anderbrügge au deuxième poteau. Cette fois-ci, le gardien Jarecki ne peut capter le centre et Jürgen Wegmann, le Kobra, n’a plus qu’à pousser le ballon dans le but vide. 3-1, 3-3 à l’addition des deux matchs, le BVB est provisoirement sauvé et a droit à son match d’appui.

La suite. Le match d’appui a lieu dix jours plus tard au Rheinstadion de Düsseldorf. 50’000 fans sont présents. Le momentum a changé et parle clairement en faveur du BVB. Le Fortuna est touché moralement alors qu’il s’était déjà vu promu en Bundesliga et de plus diminué par une grippe. Dirk Hupe ouvre la marque à la 31e. Dès le retour des vestiaires, Michael Zorc inscrit le 2-0, le Fortuna est à terre. Ingo Anderbrügge, Bernd Storck, Daniel Simmes, Jürgen Wegmann, Michael Zorc encore et Frank Pagelsdorf portent le score à 8-0, le BVB est sauvé. Mais le but du sauvetage, c’est bien ce but miraculeux de Jürgen Wegmann dans les arrêts de de jeu du match retour au Westfalenstadion. Que serait-il advenu du Borussia Dortmund sans cette réussite miraculeuse ? On ne le saura heureusement jamais mais sans aucun doute une grosse crise, la deuxième division, des problèmes financiers, notre club était peut-être parti pour un séjour prolongé dans les ligues inférieurs, on ne peut même pas exclure qu’il ne s’en serait jamais relevé… A la place, le BVB gagne la Pokal trois ans plus tard, le Meisterschale neuf ans après et la Ligue des Champions onze ans plus tard.

Le héros. Le plus comique, c’est que notre sauveur Jürgen Wegmann, lorsqu’il a inscrit son but décisif, avait déjà signé à… Schalke pour la saison suivante ! Une double trahison car Jürgen Wegmann est un enfant de Bergeborbeck, le quartier où se trouve la mythique Hafenstrasse, le stade du Rot-Weiss Essen, l’autre grand rival des Blauen. Il débute sa carrière logiquement au RWE où il fait parler la poudre en deuxième division. Il était surnommé le Kobra car sa devise c’était « je suis plus venimeux que le serpent le plus venimeux. »

Il débarque en 1984 au BVB où il inscrit 25 buts en 70 matchs, dont ce fameux et si important contre Fortuna Köln. Il ne restera ensuite qu’une saison à Schalke avant de passer au Bayern Munich où il inscrit la bagatelle de 26 buts en deux saisons (dont le but de l’année 1988) et fêtera un titre de champion d’Allemagne. Il revient au BVB en 1989 mais, après une bonne première saison, des blessures lui feront perdre sa place de titulaire. La suite est une longue série de galère, des piges sans succès à Duisburg, Essen et Mainz avant une retraite compliquée. « Aujourd’hui, la chance m’a manqué et en plus j’ai eu la poisse », a t’il un jour déclaré. Sans le sou, il se reconvertit comme vendeur au Fanshop de BVB puis comme gardien de sécurité à celui du Bayern Munich à Oberhausen, avant d’être rattrapé par ses blessures et d’être déclaré inapte au travail. Aux dernières nouvelles, il vivait dans un studio à Essen avec une rente d’invalidité. Une triste destinée pour celui qui, un jour de mai 1986, a sauvé le Borussia Dortmund et lui a permis de devenir l’un des plus grands clubs du monde.


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