Vingt-trois ans ! C’est le temps qu’a dû patienter le Borussia Dortmund pour gagner à nouveau un trophée majeur après la victoire en Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe 1966. Une éternité. Mais ce jour-là, un Borusse a décidé de sacrifier son genou et la fin de sa carrière pour ramener le BVB sur le chemin du succès. Wir singen Norbert, Norbert, Norbert Dickel, jeder kennt ihn, den Held von Berlin.

Le contexte. 24 juin 1989. Berlin-Ouest et son Olympiastadion sont encore coupés du monde libre par le Rideau de Fer. Le Mur tombera un peu plus de quatre mois plus tard. L’Histoire du monde est en marche. Celle du BVB aussi, elle prendra juste un peu d’avance. Le Borussia Dortmund n’a plus rien gagné depuis 23 ans. Après la victoire contre Liverpool à Glasgow en 1966 en finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe, le Borussia a connu une longue éclipse. Crise du charbon et de l’acier, problèmes financiers, relégation en deuxième division, combats pour éviter une nouvelle descente, anonymat du milieu de classement… Pendant plus de deux décennies, Dortmund ne faisait plus partie des ténors du football allemand. Mais ce jour-là, le BVB a l’occasion de renouer avec son glorieux passé. Le club s’est qualifié pour la troisième finale de Pokal de son Histoire, après celle perdue en 1963 contre Hambourg et celle gagnée en 1965 contre Aachen. La première à Berlin puisque les deux premières avaient eu lieu à Hanovre. Pour se qualifier, le Borussia a bénéficié d’un tirage favorable, avec quatre matchs à domicile au 1er tour contre Braunschweig, au 2e contre le FC 08 Hombourg, en quart contre Karlsruhe et en demi contre Stuttgart. Le seul déplacement, ce fut le huitième de finale, un Revierderby à Herne-West, remporté 2-3 contre un Schalke qui évoluait alors en Zweite Liga (ça fait toujours plaisir de l’écrire).Mais il restait encore un obstacle à franchir, et non des moindres, ce jour-là à Berlin : le Werder Brême d’Otto Rehhagel. Les Werderaner venaient de terminer la Bundesliga au troisième rang, derrière les géants Bayern et Köln, alors que le Borussia n’avait fini que septième.

Le match. 76’500 fans ont pris place dans l’Olympiastadion dont près de 50’000 Borussen an der Spree. Les fans jaunes et noirs agitent des bananes gonflables en signe de ralliement. Pourtant, le match débute mal : après 15 minutes, Karl-Heinz Riedle, le même qui inscrira un doublé pour le BVB en finale de Ligue des Champions huit ans plus tard, trompe le gardien Wolfgang de Beer d’un tir croisé. Mais le BVB n’aura guère le temps de douter. Six minutes plus tard, Frank Mill déborde sur la gauche et sert un caviar à Norbert Dickel qui ne laisse aucune chance au gardien Oliver Reck.

Dickel, le pari fou de l’entraîneur Horst Köppel, celui qui ne devait pas jouer cette finale en raison de la grave blessure au genou dont il avait été victime sept semaines plus tôt en demi-finale contre Stuttgart. Mais qui a tenu à la jouer quand même. Autre figure emblématique du BVB, le gardien Teddy de Beer réalise ensuite deux miracles devant le Norvégien Rune Bratseth puis sur une déviation malencontreuse de son coéquipier Thomas Helmer. Et, peu avant l’heure de jeu, le petit Frank Mill reprend un centre acrobatique de Michael Zorc pour placer un coup de tête en pleine lucarne. Dortmund prend l’avantage, 2-1, pour la première fois.

Le but. Il reste une demi-heure à jouer, Brême se rue à l’attaque, la pression est étouffante sous le soleil berlinois. Le BVB se dégage comme il peut, comme sur cette improbable bicyclette d’Andreas Möller à la 73e qui permet à Michael Zorc et Frank Mill de lancer la contre-attaque. La frappe de l’attaquant dortmundois est repoussée du pied par le gardien Reck mais il récupère le ballon et centre au deuxième poteau, vers l’angle opposé des seize mètres pour Nobby Dickel. La frappe instantanée du futur speaker emblématique du BVB termine sa course dans le petit-filet opposé du but brêmois. Un but somptueux, le break est fait.

La suite. Brême est KO debout. Dans la minute suivante, le joker Michael Lusch, qui venait d’entrer, scelle le score à 4-1. Norbert Dickel, le genou en compote, peut céder sa place, il a accompli son destin : le BVB remporte la deuxième DFB-Pokal de son histoire et a mis fin à une longue période de disette de 23 ans. Wir singen Norbert, Norbert, Norbert Dickel, jeder kennt ihn, den Held von Berlin, chante le peuple jaune et noir.

Le Borussia enchaînera avec une victoire en Supercup contre le Bayern 4-3. En revanche, contrairement à 1965-1966, le BVB n’enchaînera pas sa victoire en Pokal avec la victoire en Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe. A l’époque, le tirage au sort n’était pas dirigé et n’a pas été tendre avec le BVB. Après un premier tour bien maîtrisé contre le Besiktas Istanbul, le Borussia doit affronter le favori de la compétition au deuxième : la Sampdoria Gênes, représentant de la Serie A dont les clubs dominaient alors le football européen. C’était la grande Sampdoria de Vialli et Mancini, finaliste sortante (battue par Barcelone) de cette C2. Un os trop dur à ronger pour ce Dortmund en pleine reconstruction : 1-1 à l’aller au Westfalenstadion, 0-.2 au retour à Gênes, les Italiens remporteront d’ailleurs la compétition cette année-là. Mais peu importe : Dickel, Mill, de Beer, Zorc et les autres avaient replacé le BVB parmi les clubs qui gagnent en Allemagne. Le début du deuxième âge d’or de l’Histoire du club.

Le héros. Norbert Dickel vient des Rothaargebierge, aux confins du Sauerland, cette région de collines boisées au sud de Dortmund. Il se destinait à une carrière militaire mais ses performances avec son club amateur du Sportfreunde Siegen lui offrent, à 23 ans, un contrat avec l’un des clubs dominant du football allemand des eighties, le 1. FC Köln. Il a alors quitté l’armée mais il n’est pas parvenu à s’imposer chez les Geissböcke, même s’il a eu l’honneur de jouer quelques minutes en finale de Coupe UEFA (finalement perdue 5-1, 0-2) contre le Real Madrid à Bernabeu. En 1986, il rejoint le BVB, un coup de foudre pour la vie. Il forme rapidement un duo d’attaque gagnant avec Frank Mill, inscrivant 20 buts dès sa première saison au Borussia. Il ramène le BVB en Coupe d’Europe et inscrit un doublé retentissant au 1er tour de la Coupe UEFA 1987-1988 pour éliminer le Celtic Glasgow.

Mais son élan sera freiné par une blessure. Et, en mai 1989, alors que le BVB se qualifie contre Stuttgart pour la finale de la Pokal, il se blesse à nouveau au genou. Il reste sept semaines avant la finale et Nobby part immédiatement se faire opérer en Suisse. De l’avis général, le délai est beaucoup trop court pour récupérer pour la finale. Et pourtant, Nobby va insister et finalement convaincre l’entraîneur Köppel de l’aligner. Avec le succès que l’on sait. Mais il paiera cher cette folie : après le triomphe de Berlin, il ne disputera plus que six matchs de Bundesliga, avant de devoir prendre sa retraite à 29 ans, déclaré invalide du sport. Mais il fait le job jusqu’au bout : lors de son dernier match, le 15 décembre 1989, il inscrire son dernier but en égalisant à la 90e à Düsseldorf contre le Fortuna (1-1). Le BVB ne pouvait qu’accompagner la reconversion de celui qui a sacrifié sa carrière pour le remettre sur le chemin de succès. Norbert Dickel est engagé dans le management du club, avant de succéder au mythique Bruno « Günna » Knust comme speaker du Westfalenstadion en 1992. Désormais, depuis vingt-six ans, c’est lui qui accompagne la composition des équipes et les buts du BVB. Il commente également les matchs pour la radio du club, toujours avec la même passion, et vendait, jusqu’à l’an dernier, des Currywurst au pied de la Reinoldikirche les jours de match. Einmal Borusse, immer Borusse. Wir singen Norbert, Norbert, Norbert Dickel, jeder kennt ihn, den Held von Berlin.


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