Le 17 juin 1995, le BVB remporte son premier titre de champion d’Allemagne de l’ère moderne du football germanique, celle de la Bundesliga. La conquête de ce Meisterschale, on la doit aussi au Bayern Munich, qui avait fait perdre le titre à son grand rival de l’époque, le Werder Brême, et dont les fans avaient ovationné le sacre du Borussia Dortmund !

Le contexte. Le BVB a l’occasion d’enfin remporter le première titre de l’ère de la Bundesliga, puisque son dernier Meisterschale, celui de 1963, avait été conquis juste avant la création de la Bundesliga. Mais le Borussia n’est pas maître de son destin. C’est en effet le Werder Brême qui aborde la dernière journée en tête, un point devant le BVB. Néanmoins, en s’imposant 3-2 à Duisburg lors de la 33ème journée après avoir été mené 2-0, Dortmund s’est donné le droit d’y croire. Car le Werder termine la saison par un déplacement difficile à l’Olympiastadion de Munich contre le Bayern. Les Bavarois ont raté leur saison et ne devront leur qualification pour la Coupe UEFA (qu’ils remporteront contre le Bordeaux de Zidane et Dugarry) qu’à la victoire de Mönchengladbach en Pokal. Mais ils veulent absolument faire perdre le titre à leur grand rival de l’époque, le Werder. Car la rivalité est forte entre le Bayern et le Brême d’Otto Rehhagel, qui s’affirme à l’époque comme la deuxième puissance du football allemand : finaliste de la Pokal en 1899 et 1990, vainqueur de la Pokal en 1991, vainqueur de la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe 1992, champion d’Allemagne en 1993, vainqueur de la Pokal en 1994… Du côté de Munich, on ne veut surtout pas voir les Werderaner terminer une cinquième saison consécutive avec un trophée majeur au bout. Des chants et des banderoles en faveur du BVB, qui n’était alors absolument pas vu comme une menace à Munich, s’élèvent parmi les fans bavarois. Dès lors, quand on entend parler de Klassiker pour un BVB – Bayern, cela ne correspond à aucune réalité historique et cela dénote surtout une profonde ignorance de l’histoire de la Bundesliga.

Le but. Pour le BVB, l’équation est simple : il faut gagner contre Hambourg à domicile et ensuite attendre une victoire du Bayern contre Brême. Et cela commence très bien : après neuf minutes, Andreas Möller ouvre le score sur coup franc. Un but de filou : Andy choisit de contourner le mur par l’extérieur d’une frappe ras terre. Le coup est parfaitement réussi : l’effet tournant donné au ballon permet de passer à côté du mur et de terminer dans le petit filet, le gardien Golz, masqué par son mur, arrive trop tard et ne peut qu’accompagner la balle au fond des filets. 1-0

Le match. La suite de l’après-midi, les regards des 42’800 fans du Westfalenstadion (la capacité maximale de l’époque) et des 50’000 massés sur la Friedensplatz vont surtout se tourner vers Munich. Et rapidement, une bonne nouvelle arrive de Bavière : après 13 minutes, Christian Ziege ouvre le score pour le Rekordmeister, le BVB est virtuellement champion. Et pour assurer le coup, les Borussen marquent un deuxième but sur un centre de Stefan Reuter repris par Lars Ricken. Le BVB mène 2-0 contre Hambourg, plus rien ne sera marqué au Westfalenstadion et il faut maintenant attendre le résultat du Werder à Munich. Frayeur à la 37ème : l’Autrichien Herzog obtient un pénalty à Munich, transformé par Mario Basler, le Werder égalise. A l’époque, la victoire ne valait que deux points, Brême et Dortmund sont à égalité parfaite au classement : même nombre de points, même différence de buts, le BVB n’est devant que grâce à un petit but marqué de plus que le Werder. Le spectre du titre perdu à la différence de but en 1992 devant Stuttgart ressurgit à Dortmund. Pas pour très longtemps : à la 41e, Alexander Zickler redonne l’avantage au Bayern, le BVB reprend seul la tête du classement. Pour ne plus la lâcher. A douze minutes de la fin, Zickler assure la victoire bavaroise.

La suite. Le BVB s’impose 2-0 contre le HSV, Brême est battu 3-1 à Munich, et Dortmund finit la saison avec un point d’avance sur le Werder. C’est le quatrième Meisterschale de l’Histoire du club, le premier depuis 1963, après 32 ans d’attente, le premier depuis la création de la Bundesliga. Les « Deutscher Meister wird nur der BVB » peuvent s’élever au Westfalenstadion et sur la Friedensplatz (et à Munich…). A 17:22, la capitaine Michael Zorc soulève le Meisteschale.

Le héros. Andreas Möller a toujours constitué un cas à part dans le football allemand. Déjà, c’était un artiste à une époque où le football allemand ne formait guère que des joueurs physiques et robustes. Joueur technique, pas très grand, Möller, comme Andreas Häßler ou Pierre Littbarski, était une exception dans un Fußball qui privilégiait les marathoniens et où l’on marquait bien davantage de buts sur des frappes à 25 mètres que sur des triangulations ou après des dribbles raffinés. Andreas Möller va débuter à l’Eintracht Francfort avant de rejoindre une première fois le BVB en 1988. Il y restera deux ans, le temps de gagner la Pokal en 1989 contre Brême. Il devient champion du monde avec l’Allemagne en 1990, sans beaucoup jouer et, après la Coupe du Monde, il retourne dans son club de Francfort, l’une des places fortes de la Bundesliga. En 1992, il est tout proche de remporter le titre avec l’Eintracht mais, leader avant la dernière journée, SGE rate la dernière marche en perdant à Rostock et se fait dépasser par Stuttgart (finalement sacré à la différence de buts) et Dortmund. C’était un temps où le championnat majeur, l’eldorado financier, c’était la Serie A. Et depuis le titre mondial de 1990, les joueurs allemands y avaient la cote. Andy part donc en 1992 pour la Juventus où il s’impose rapidement comme titulaire. Il participe à la victoire en Coupe UEFA 1993 contre le… BVB, inscrivant même le 3-0 au match retour à Turin. Mais l’argent commence à affluer à Dortmund où l’on rapatrie les gloires du football allemand exilées en Italie : Kohler, Reuter, Sammer, Riedle, Heinrich… et donc Möller en 1994. Il est de tous les succès de l’ère Hitzfeld : les Meisterschale de 1995 et 1996, la Ligue des Champions 1997, où il est impliqué sur les trois buts Borussen.

Il remporte également l’Euro 1996 avec l’Allemagne. Andreas Möller est l’un des footballeurs les plus doués de sa génération. Mais, paradoxalement, aussi l’un des plus détestés. On ne sait pas si c’est quelque chose qu’il a appris à la Juventus mais on lui reproche une trop grande tendance à la simulation. En avril 1995, il écope même de deux matchs de suspension après un pénalty obtenu sur une simulation éhontée ! Cela ne plaît évidemment pas en Allemagne : s’il est adulé à Dortmund, il est détesté partout ailleurs en Allemagne et, plus que nulle part ailleurs, à Schalke. Toutefois, en 2000, le BVB entre dans une zone de turbulences, avec trois changements d’entraîneur en peu de temps, et Andy Möller n’est plus tout à fait en odeur de sainteté dans une équipe où on lui préfère des joueurs plus assidus sur le travail défensif. En fin de contrat, Andy décide de ne pas prolonger et de commettre l’ultime trahison : signer à Schalke. Cette fois-ci, il est détesté dans tous les stades d’Allemagne et à Dortmund encore plus : comment accepter que l’un des héros de la victoire en Ligue des Champions parte renforcer gratuitement le rival de toujours ? A Gelsenkirchen, les années de rivalité n’ont pas été oubliées et il est accueilli par des chants et banderoles hostiles.

Pourtant, il finira par s’imposer chez les Knappen, il y gagne deux fois la Coupe d’Allemagne et il fait partie des héros malheureux qui sont bien cru remporter le Meisterschale avant de tout perdre sur l’égalisation du Bayern à Hambourg à la dernière seconde de la saison 2000-2001. Il a pris sa retraite en 2004 après une dernière pige à Francfort. Il reste clairement comme l’un des footballeurs les plus doués de sa génération, un joueur hors-classe capable de faire basculer des matchs par son talent, mais aussi l’une des personnalités les plus clivantes du foot allemand. Sa facilité, ses choix de carrière, ses attitudes parfois de divas lui ont valu bien des inimitiés. Mais au final on préfère garder le souvenir du joueur génial qui nous a conduits à la victoire en Pokal 1989, aux Meisterschale 19995 et 1996 et à la victoire en Ligue des Champions 1997.

Pourtant, il finira par s’imposer chez les Knappen, il y gagne deux fois la Coupe d’Allemagne et il fait partie des héros malheureux qui sont bien cru remporter le Meisterschale avant de tout perdre sur l’égalisation du Bayern à Hambourg à la dernière seconde de la saison 2000-2001. Il a pris sa retraite en 2004 après une dernière pige à Francfort. Il reste clairement comme l’un des footballeurs les plus doués de sa génération, un joueur hors-classe capable de faire basculer des matchs par son talent, mais aussi l’une des personnalités les plus clivantes du foot allemand. Sa facilité, ses choix de carrière, ses attitudes parfois de divas lui ont valu bien des inimitiés. Mais au final on préfère garder le souvenir du joueur génial qui nous a conduits à la victoire en Pokal 1989, aux Meisterschale 1995 et 1996 et à la victoire en Ligue des Champions 1997.


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