Quand on aime, on ne compte pas. Quand on n’aime pas, non plus ! J’ai donc bravé la pluie et le froid du Ruhrpott par un dimanche grisâtre dans la riante banlieue de Wattenscheid pour assister enfin à des buts encaissés et à une défaite de Schalke 03+1 Que du plaisir, même si ce n’était que la deuxième équipe…

© Julien Mouquin / Generation WS

Au premier tour, j’avais été frustré : les deux Derbys auxquels j’avais assisté entre le BVB et Schalke, tant chez les Profis que chez les Amateure, s’étaient soldés par un score de 0-0. Je commençais à trouver le temps long et je n’avais pas très envie d’attendre le prochain Derby à Herne-West pour voir en live mes premiers buts encaissés par les Blauen cette saison.

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Wattenscheid la bucolique

Cela tombe bien : dans le Ruhrpott, il y a toujours un match de football à voir. Après avoir fêté la victoire du BVB contre Wolfsburg jusqu’au bout de la nuit, j’avais un dimanche à occuper en attendant mon avion en soirée. J’aurai pu glander dans mon appartement en zappant entre championnats du monde de ski et Konferenz de 2. Liga, aller voir un musée ou, pire, aller jouer au ping-pong (Petite touche pour un rédacteur du site, qui lui a préféré aller faire du tennis de table, au lieu de venir à Wattenscheid, ndlr). Mais on ne se refait pas, le football passe toujours en premier. Même si c’est pour aller regarder un match de Regionalliga West. C’est à Wattenscheid que ça se passe. Wattenscheid, c’est une banlieue glauque de Bochum. Nous sommes au cœur de la Ruhr profonde et industrielle, Gelsenkirchen n’est qu’à quelques kilomètres, entre entrepôts et habitations sans charme. Il y a même un vieux puit de mine à côté du stade, le Zeche Holland, vestige réhabilité d’un passé glorieux mais révolu. Cela fait rêver…

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En souvenir des heures de gloire…

Le VfL Bochum peine à exister, coincé entre les deux géants Borussia Dortmund et Schalke. Alors imagine à quel point c’est compliqué pour le SG Wattenscheid 09, lui-même simple club de banlieue de Bochum, de se faire une place au soleil dans un environnement aussi concurrentiel. Pourtant, le SGW a connu ses heures de gloire, les frères Altintop et Yildiray Baştürk y ont été formés et le club a tout de même évolué durant quatre saisons en Bundesliga, entre 1990 et 1994, avec le légendaire Souleymane Sané à la pointe de l’attaque (les vieux fans du Lausanne-Sports s’en souviendront…). En observant les vieux gradins décrépits du Lohrreidestadion, il est difficile d’imaginer qu’il y a 25 ans jouaient ici le Borussia Dortmund ou le Bayern Munich, qui y a même été battu ! Mais Wattenscheid a quitté le football professionnel en 1999 après sa relégation en Regionalliga et il n’évolue plus désormais qu’en quatrième division, sans guère d’illusions d’aller plus haut. Certes, le club se situe dans le premier tiers du classement mais le retard concédé sur les trois équipes de tête, Viktoria Köln, Mönchengladbach U23 et Dortmund U23 est trop important pour espérer une promotion cette saison.

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Plus vieux que le BVB !

Le SG Wattenscheid ne fait plus vraiment recette. Ce match n’a ainsi attiré que 818 spectateurs, néanmoins il y a un kop organisé qui ne ménage pas ses encouragements (respect !) et un Fanshop très bien garni, que je m’empresse d’aller dévaliser. Malgré notre année de fondation commune, 1909 (mais le SG a été fondé quatre mois avant nous), nous ne sommes pas vraiment potes au BVB avec Wattenscheid. Mais comme l’adversaire du jour s’appelle Schalke 04, je prends évidemment fait et cause pour les Schwarz-Weiß. Malgré la proximité de Gelsenkirchen, nous n’apercevons qu’une trentaine de Blauen disséminés dans les gradins, il faut dire que leur première équipe jouait en même temps. Et selon une habitude détestable, la fédération fixe toujours les matchs des deuxièmes garnitures le même jour que ceux de la première pour éviter… d’avoir trop de supporters au stade. On en sait quelque chose au BVB. Franchement, des dirigeants qui fixent des horaires pour vider les stades mériteraient d’être virés séance tenante.

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Torhymne

Le match débute avec 20 minutes de retard, l’arbitre s’étant blessé à l’échauffement. Je suis un peu inquiet pour mon avion en fin de journée car Wattenscheid c’est un peu le bout du monde question transports un dimanche mais finalement tout s’est bien terminé : j’ai pu voir le match jusqu’à son terme et attraper mon vol à Düsseldorf. Je ne vais pas mentir, la qualité du jeu a été assez quelconque, guère aidée par un terrain dégueulasse et au gazon trop haut. Mieux classé, Wattenscheid est le premier à solliciter le gardien adverse mais ensuite ce sont les Blauen qui se créent les meilleures occasions : à deux reprises un défenseur de Wattenscheid sauve sur la ligne, alors que le grand mais maladroit centre-avant Krohne expédie la balle dans les nuages devant le but vide. C’est donc un peu contre le cours de jeu que le SGW va ouvrir le score sur un corner repris par le latéral Alexandros Tanidis. J’étais déjà venu au Lohrreidestadion mais ce jour-là Wattenscheid avait perdu 0-2 contre Uerdingen, c’est donc l’occasion pour moi de découvrir le Torhymne local : Tor, tor, tor für Wattenscheid, c’est très naïf et vintage, j’adore. Malheureusement, la joie des fans locaux sera de courte durée puisque dans l’enchaînement Schalke obtiendra un pénalty que je jugerai sévère. Mais, même pour un match de Regionalliga, je ne suis pas forcément très objectif dès lors qu’il s’agit d’Herne-West. En tous les cas, René Klingenburg transforme et cela fait 1-1 à la mi-temps.

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L’émeute

Si le match avait été relativement animé en première mi-temps, la seconde période tournera plutôt au combat de rue. Ou de Ruhr si tu préfères. Les accrochages et les cartons se multiplient, les actions de jeu en revanche se font très rares sur un terrain de plus en plus dégradé. A priori, je n’ai pas vu le futur Özil ou le nouveau Draxler dans les rangs de la réserve de Schalke. Bref, on s’acheminait vers un score nul logique lorsque Wattenscheid obtient un coup franc le long de la ligne de touche. La défense des Blauen s’oublie au marquage et le buteur Daniel Keita-Ruel se retrouve seul devant la cage pour inscrire le but de la victoire : 2-1. Il restait trois minutes à jouer et c’est du délire au Lohrreide ! Malgré la maigre assistance, il y a quelques « Wattenscheid, Wattenscheid » qui claquent vraiment bien dans l’antique tribune. La ferveur à l’état pur. Wattenscheid consolide sa place dans le premier tiers du classement, alors que Schalke U23 ne compte qu’un point d’avance sur le premier relégable. Je peux donc quitter le stade le sourire aux lèvres, victoire du BVB le samedi, défaite de Schalke (même en mode deuxième équipe) le dimanche, encore un week-end de football réussi dans le Ruhrpott !

Julien Mouquin

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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