Que fait un Fan du BVB une fois la saison terminée ? Il profite de ces quelques semaines de pause pour se reposer après tant de déplacements, d’émotions, de passions, de joies et de peines ? Que nenni ! C’est l’heure des Saisonabschlussfeier, les fêtes de fin de saison organisées par les différents Fanclubs. Reportage au cœur de deux d’entre elles, l’une à Dortmund et l’autre à Rügen, aux confins de la Suède et de la Pologne.

Quand y a plus, y a encore ! Cette saison, j’ai vu, toutes compétitions et équipes confondues, Bundesliga, Pokal, Königsklasse, Supercup, amicaux, Regionalliga, 45 matchs du Borussia Dortmund. Cela implique chaque week-end et parfois même deux fois par semaine des centaines de kilomètres de déplacements, des voyages, des nuits sans sommeil… Mais pas question de profiter de la fin de la saison pour prendre un peu de repos : selon la chanson, « mein Leben dir vermacht, jeden Tag und jede Nacht, Forza BVB ! » (« ma vie t’appartient chaque jour et chaque nuit, Forza BVB ». Alors, tant qu’il y a encore des possibilités de célébrer notre passion pour le BVB, pas question de passer à côté.

Der Borussenstern

Ainsi donc, six jours à peine après l’accueil triomphal des joueurs et de la Pokal à la Borsigplatz, je suis déjà de retour à Dortmund ! Au programme du week-end : la Generalversammlung et la Saisonabschlussfeier (assemblée générale et fête de fin de saison) de mon Fanclub allemand, der Borussenstern. La fête a lieu dans un jardin cossu en banlieue sud de Dortmund, au milieu de la verdure, à deux kilomètres à peine à vol d’oiseau du Westfalenstadion. Comme d’habitude, mes potes ont bien fait les choses : tentes, drapeaux et, bien entendu, tireuse à bières ont été installés. L’assemblée débute avec un peu de retard alors on patiente en refaisant l’histoire de notre saison tumultueuse et en dégustant un succulent gâteau aux couleurs du Borussia.

A la base, rien ne me prédisposait à rencontrer et à devenir membre des Borussensterne mais, depuis une rencontre impromptue dans un bar à Donetsk, ce sont devenus des amis pour la vie. La magie du BVB…

Sauvés par l’orage

Puis, nous passons aux choses sérieuses : l’assemblée générale. D’expérience, je sais que ça peut durer longtemps alors nous nous trouvons une place avec un accès facilité à la tireuse à pression. Après les formalités d’usage, procès-verbaux, comptes, rapport du président etc., nous passons au sujet qui enflamme chaque année nos débats : la distribution des billets. Car, évidemment, le nombre de tickets reçus à chaque match par notre Fanclub est inférieur à la demande et notre président est souvent amené à des arbitrages délicats. En plus, cette saison, notre quota a été un peu réduit car un membre dévoyé a proposé un billet sur un célèbre site de revente sur internet et s’est fait attraper par le club, ça a fait toute une histoire… Bref, les débats s’enflamment et sont finalement assez heureusement interrompus par l’orage qui fait s’envoler l’une de nos tentes, provoquant l’interruption de l’assemblée. Finalement, on parvient à réparer les dégâts, deux membres se dévouent pour tenir les poteaux (même si par moment nous avions plutôt l’impression que ce sont les poteaux qui soutenaient nos potes), et l’assemblée reprend avec des esprits apaisés. On adopte plein de résolutions et on prévoit des tas de projets pour la saison prochaine (dont on sait que la plupart ne seront pas tenus) et le président peut clore les débats. Après trois heures d’assemblée, auf deutsch sicher ! C’est ça, la passion. Et encore, compte tenu du quart d’heure d’interruption du à l’orage, c’était relativement bref cette année.

Saisonabschlussfeier

Toutes ces théories ayant creusé l’appétit, la fête se poursuit avec le repas, essentiellement composé de saucisses et de bières, on est en Allemagne, mais il y avait aussi des salades vegan (!) et pas mal de sucreries assez succulentes. Comme chaque année, la tradition est de fixer notre fête de fin de saison le soir de la finale de la Ligue des Champions (sauf en 2013 bien sûr…). Comme chaque année, un écran géant a été installé pour suivre le match. Et comme chaque année, tout le monde s’en contrefiche et personne ne regarde. Cela surprend toujours pas mal de monde quand j’explique que j’ai parcouru 1500 kilomètres pour assister à une assemblée de football mais que je n’ai même pas vu ce que d’aucuns considèrent comme le match le plus important de l’année. Oui mais voilà, on est fan du BVB, pas du grand machin commercial de l’UEFA. Nous n’attendons même pas la mi-temps pour aller poursuivre la soirée au Anton’s Bierkönig, nous apprendrons la victoire du Real le lendemain dans le journal… La journée a été magnifique comme toujours, merci les Jungs et on se réjouit déjà de se retrouver la saison prochaine pour de nouvelles aventures jaunes et noires.

Rügen

Mais nous n’en avions pas tout à fait terminé avec le BVB car nous nous sommes dévoués, à l’insu de notre plein gré, pour aller représenter, le week-end suivant, les Borussensterne à la Sommerfest (fête d’été) du 1. BVB-Fanclub Rügen Inselborussen. Rügen, c’est la plus grande île d’Allemagne, en Mecklembourg-Poméranie, ex-RDA, sur le mer Baltique, pas très loin de la Pologne et en face de la Suède. Le BVB y possède un Fanclub qui a tissé des liens d’amitié avec le nôtre. Deux trains, un avion, un train, une halte à Dortmund pour boire une bière et dormir quelques heures, quatre trains, une voiture et nous avons parcouru, via Lausanne, Genève, Düsseldorf, Dortmund, Hambourg, Stralsund, Bergen auf Rügen et Sassnitz les 1500 kilomètres (aller simple) séparant notre domicile de la charmante bourgade balnéaire de Breege, sur l’île de Rügen donc. Au programme de ce vendredi, une fête sur la magnifique plage de sable blanc de Bakenberg auf Rügen, sur la mer Baltique. La saison touristique n’ayant pas encore commencé, nous avons la plage presque pour nous tous seuls (à part quelques nudistes) et les organisateurs ont bien fait les choses : bar, tentes, grillades, animations, bières…

Un champion d’Europe sur la plage !

Le Borussia a l’habitude de dépêcher des émissaires pour ces fêtes de Fanclub, histoire de maintenir le lien avec ses supporters et de nous apporter quelques cadeaux pour nous remercier de notre soutien. En l’occurrence, ils étaient trois pour passer le week-end avec nous et quelle ne fut pas notre surprise de voir parmi eux un champion d’Europe, Jörg Heinrich, joueur de couloir infatigable lors de notre épopée victorieuse en Ligue des Champions 1997. Jörg nous explique qu’il habite désormais à Berlin et qu’il a toujours beaucoup de plaisir à venir représenter le club pour ce genre de festivités. Un type super. Il nous avoue qu’il n’a plus beaucoup de connaissances dans les joueurs actuels mais, après avoir appris nos origines helvétiques, nous révèle qu’il est toujours en contact régulier avec notre compatriote et son ancien coéquipier Stéphane Chapuisat. Bref, les bières, les cocktails et les théories s’enchaînent face à la mer et sur le sable chaud de Bakenberg. A mon arrivée, à l’exception des deux Borussensterne qui nous avaient invités et des deux autres Suisses que j’ai réussi à entraîner dans cette folie, je ne connaissais personne. Deux heures plus tard, j’ai l’impression de connaître tout le monde depuis au moins dix ans. Le langage du BVB est universel ! Bien plus qu’une victoire ou une défaite, une finale gagnée ou perdue, un but marqué ou manqué, c’est cette communion autour de valeurs, de traditions et d’amitiés qui nous rassemble autour d’une passion commune et qui nous permet de nous sentir comme à la maison au diable vauvert à 1500 kilomètres de chez nous.

Königsklasse in Rügen

(Mode roman photo on) Mais comme c’est aussi le football qui nous rassemble, un tournoi de foot de plage est organisé. Quatre contre quatre et des… tables pour tenir lieu de buts. Les règles sont assez fluctuantes, l’aire de jeu mal définie (surtout quand une charrette de glaces tombe en panne en bordure du « terrain » et doit être remorquée par un tracteur), la bière coule à flot entre les matchs et même à la mi-temps, la bonne humeur est de mise, néanmoins tout le monde se prend au jeu.

Il y a une vraie envie de vaincre, une joie authentique lors des buts : même pour un tournoi amical en toute rigolade et amitié, un fan reste un compétiteur dans l’âme.

Jörg Heinrich participe évidemment au tournoi et cela restera à jamais un moment surréaliste : je pensais avoir tout vu et tout connu avec notre club favori mais jouer pieds nus dans le sable tiède sur une plage du bout du monde contre un champion d’Europe du BVB (avec le t-shirt Evonik sur les photos), c’est inédit !

L’équipe de Jörg, avec l’infranchissable Nadine des Borussensterne dans les buts, remporte le tournoi. Voilà un trophée prestigieux de plus qui vient rejoindre à son palmarès ses deux titres de champions d’Allemagne, sa ligue des Champions et sa Coupe Intercontinentale….

L’équipe d’Alex, rédacteur en chef de Generation WS et promu organisateur en chef du tournoi, finit bonne dernière.

Mon équipe finit troisième ; nous avions bien commencé en remportant le match d’ouverture contre Alex et ses Jungs dans un derby haut en couleurs des rédacteurs de ton site préféré mais la répétition des efforts et des bières nous ont été fatales pour la suite du tournoi, les appuis mal assurés dans le sable rendant l’exercice assez éprouvant (mode roman photo off).

Tous unis

Nous nous rattrapons, grâce à nos bras noueux de Suisses, en faisant partie de l’équipe victorieuse du tir à la corde, un effort bref mais intense ponctué de pas mal de rires mais aussi de hurlements « zieh, zieh, zieh !!! ». Tirer tous à la même corde, cela reste le plus sûr moyen d’arriver à la victoire et on espère que nos joueurs, dirigeants et entraîneurs sauront s’en souvenir car cela n’a pas toujours été le cas lors de la saison écoulée…

Après l’effort, le réconfort et les grillades, nous avons pleinement conscience de vivre des moments privilégiés dont on souhaiterait qu’ils ne finissent jamais. Malheureusement, l’orage s’approche, le ciel s’assombrit et les éclairs zèbrent la Baltique dans la nuit tombante. Nous décidons alors de plier bagage avant le déluge et d’aller nous réfugier dans un bar pour finir la soirée et  découvrir qu’à Rügen l’heure c’est l’heure et que passé 20h01 (!), il est impossible de commander autre chose qu’une glace (et des bières bien sûr !). Mais nous ne sommes finalement pas morts d’inanition et, de toute façon, c’est le samedi qu’a lieu le clou du week-end.

La croisière enchantée

Après une courte nuit, nous nous réveillons dans notre bungalow face à la mer dans un cadre édénique. Nous partons derechef chercher du ravitaillement. Une fois enfin rassasiés et notre soif étanchée, nous gagnons, après une longue marche sous le soleil, la plage de Juliusruh. Le sable est un peu moins fin que la veille à Bakenberg, les touristes un peu plus présents, la mer un peu moins limpide et même habitée par quelques méduses. Cependant, l’eau de la Baltique s’avère bien moins froide qu’attendu et nous nous offrons la première baignade de l’été. Mais trêve de farniente, notre bateau, le « Wappen von Breege » nous attendait. Nos potes ont bien fait les choses, la bateau est entièrement décoré aux couleurs du BVB, les bannières flottent au vent, avec notamment les trois drapeaux géants des Dutch Vikings 09, des Inselborussen et des inévitables Borussenstern, le même que tu as sans doute déjà vu sur la pelouse du Westfalenstadion avant chaque match. Nous embarquons pour une croisière sur le Großer Jasmunder Bodden, une lagune qui s’enfonce à l’intérieur de l’île de Rügen, huit heures de magie jaune et noire au milieu de paysages enchanteurs, forêts, plages, falaises, ports et châteaux.

Le feu d’artifice

A l’intérieur du bateau, tombola, discours et humoristes animent le voyage. Mais comme nous n’avons qu’une compréhension limitée pour l’humour est-allemand avec pas mal de références qui nous échappent, nous préférons siroter quelques bières, tirer quelques théories et profiter du paysage sur le pont arrière du bateau. Après trois heures de croisière enchantée, une halte est organisée dans le port de Ralswiek. La plupart des troupes part alors pour une visite d’un château (et surtout d’un restaurant), sauf quelques-uns d’entre nous qui optent pour une sieste réparatrice à proximité du bar (il fallait bien se dévouer pour garder le bateau). Puis vint l’heure du retour. Alors que la nuit tombe sur le Großer Jasmunder Bodden, un feu d’artifice est tiré depuis le sommet du bateau avant un somptueux coucher de soleil. Magique.

Une fois la nuit tombée, c’est l’heure de la disco sur le bateau, les danses s’enchaînent, tout le monde commence à être un peu saoul, même notre champion d’Europe Jörg Heinrich. C’est donc avec un pincement au cœur que nous finissons par retrouver le port de Breege, point final de la croisière, alors que l’obscurité a désormais complètement envahi l’île de Rügen. Avant le long voyage retour du lendemain, nous quittons les larmes aux yeux tous nos nouveaux amis, en jurant la main sur le cœur que l’année prochaine nous ne raterons pour rien au monde la Sommerfest des Inselborussen et que nous nous réjouissons tous de nous retrouver dès le mois d’août au Westfalenstadion. Plus convaincus que jamais que notre BVB c’est bien davantage qu’un club de football…

Julien Mouquin, avec la collaboration de Viviane Herren.

Photos: Viviane Herren, Inselborussen et Julien Mouquin.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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