Pour un nouvel entraîneur du BVB, le premier Derby contre Schalke prend toujours une importance particulière et va fortement influencer, en bien ou en mal, la perception qu’auront de lui les supporters. Jürgen Klopp n’a pas gagné son premier duel contre les Blauen mais la remontée fantastique réussie ce jour-là a forcément marqué les esprits et les cœurs. Et a permis à un petit gars de la placide et prospère Forêt Noire de s’imposer comme un vrai fils de mineur du Ruhrpott ouvrier et industriel.

Si l’on excepte l’élimination en Coupe UEFA contre Udinese, l’ère Klopp au BVB a plutôt bien débuté. Le Borussia remporte la Supercup contre le Bayern (2-1), même si celle-ci avait à l’époque un caractère inofficiel et n’a jamais été prise en compte dans le palmarès, se qualifie en Pokal dans le klein Revierderby à Essen et remporte sept points en trois matchs de Bundesliga. Mais, dès la quatrième journée, se profile au Westfalenstadion « die Mutter aller Derbys », le match le plus important de la saison, le Derby au Westfalenstadion contre Schalke. L’après-midi tourne au cauchemar, le BVB est mené 0-3 à la mi-temps, et Kevin Kuranyi, l’attaquant vedette des Blauen, rate même le 0-4 devant le but vide en début de deuxième période. « Mon épouse Ulla était dans les tribunes et elle se demandait si elle devait déjà préparer les bagages pour le soir même », rigole Jürgen Klopp.

A la mi-temps, Kloppo avait fait entrer notre Derbyheld, idole de la Südtribüne depuis le Derby joué 15 mois plus tôt qui avait empêché le Meisterschale de prendre le chemin d’Here-West : Alexander Frei. Alex n’avait plus rejoué depuis le match d’ouverture de l’Euro en juin, où, capitaine de l’équipe de Suisse, il avait quitté ses coéquipiers blessé et en larmes en voyant brisé après quelques minutes le rêve de sa vie de jouer un Euro à domicile. Alex Frei préférait jouer seul en pointe mais, à l’époque, Jürgen Klopp ne jurait que par le 4-4-2 et voulait absolument jouer à deux attaquants. Pour cela, il n’a pas hésité à sacrifier son meneur de jeu, le Croato-suisse Mladan Petric, échangé à Hambourg contre Mohamed Zidan, son ancien protégé à Mayence, et une grosse somme d’argent. « Jürgen voulait vraiment avoir Zidan. Et l’offre d’Hambourg était bonne. Petric et Frei ne se trouvaient pas vraiment ensemble », explique Hans-Joachim Watzke. En effet, Klopp estimait que les deux joueurs formés en Suisse n’étaient pas assez costauds pour imposer son pressing intensif, quitte à diminuer la qualité technique de l’équipe. Ce choix avait été vu à l’époque comme un manque d’ambition et la stratégie du club très critiquée. Lors d’un déplacement à Leverkusen, certains fans avaient même réclamé le départ du directeur sportif Michael Zorc, légende du club, avec une banderole « Zorc Raus ».

Et pourtant, c’est bien Alex Frei qui va être, une nouvelle fois, la héros du Derby. C’est lui qui tire le corner, devant la Südtribüne, permettant à Subotic d’inscrire le 1-3 à la 69e. La suite on la connaît tous, avec cette volée entachée d’un hors-jeu puis ce pénalty à la dernière minutes d’Alex Frei contre 9 Blauen pour arracher un 3-3 miraculeux. Jürgen Klopp avait déclaré en conférence de presse : « Le match était si passionnant. J’ai connu beaucoup de victoires après lesquels je ne me suis pas senti aussi bien. »

Ce qui avait frappé les esprits, c’est la passion avec laquelle Kloppo avait vécu ce match, comme s’il était un natif de la Ruhr élevé dans la détestation de l’ennemi depuis le berceau, alors qu’il n’était arrivé dans le Pott que trois moins plus tôt. Le chef de presse Josef Schneck raconte : « Le meilleur début de saison depuis cinq ans avait mis toute la ville en ébullition. Peu importe où j’allais, les gens me montraient des pousses levés. Je n’avais jamais vécu cela en dix ans au club. Si tu me demandais comment Klopp avait réussi à réveiller le géant endormi BVB, je répondais : avec son attitude. Il n’avait suivi aucun cours ni demandé comment sont les gens ici. Il l’a senti instinctivement et il se comportait de telle manière qu’il faisait jaillir l’étincelle. Il faisait courir la ville. Les gens me demandaient : « Tu es sûr qu’il n’a aucune attache dans la région ? Un grand-père qui a travaillé dans une mine ou une aciérie ? » Ils étaient sûrs qu’il était l’un des nôtres. Personne n’aurait imaginé qu’il était Souabe, qu’il venait de la Forêt Noire. Il n’a jamais eu ce côté snob que l’on prête aux Souabes. Au contraire, dès le début, il a rempli tous les souhaits des fans. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’il le faisait par calcul. Mais parce que c’était un mec qui était ainsi, qu’il aimait les gens. Je me souviens que j’ai entendu cette phrase de lui : « Un entraîneur qui n’aime pas ses joueurs ne peut pas être un bon entraîneur. » »

Si tu as raté le début :

1er décembre : Revolution 09

2 décembre : Une défaite salutaire

3 décembre: Un rendez-vous presque manqué

4 décembre: A la conquête des cœurs

5 décembre: Goldene Zukunft braucht Vergangenheit

6 décembre: Un employé comme les autres

7 décembre: L’apprentissage

Adaptation libre de « Ich mag, wenn’s kracht » Jürgen Klopp. Die Biographie. De Raphael Honigstein, éd. Ullstein extra, 2017.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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