Avant d’engager Jürgen Klopp, il fallait encore statuer sur le sort de l’entraîneur en place au printemps 2008 : Thomas Doll. Sauveur du club une année auparavant, l’ancien joueur est-allemand va voir son destin scellé le 19 avril 2008. A l’Olympiastadion de Berlin, un stade où le destin du Borussia Dortmund s’est souvent joué. Et ce sera encore une fois le cas  lors de cette finale de la DFB-Pokal 2007-2008.

Revenons onze ans en arrière, en décembre 2006. Le BVB est en crise, son entraîneur hollandais Bert van Marwijk tente d’imposer un style de jeu académique guère adapté au public du Ruhrpott et le BVB s’enfonce au classement. Van Marwijk est limogé à Noël et le club décide d’engager un entraîneur au jeu plus musclé, Jürgen Röber. Le choc psychologique fonctionne. Un match, une victoire grandiose contre le Bayern Munich, sous la neige en ouverture du deuxième tour. Mais, ensuite, le changement d’entraîneur tourne au fiasco (toute ressemblance avec la situation actuelle d’un entraîneur néerlandais au BVB serait purement fortuite…). Le BVB est sérieusement menacé de relégation et Jürgen Röber est viré après seulement huit matchs pour seulement deux victoires. Thomas Doll est appelé à la rescousse et il parvient non seulement à éviter la relégation mais aussi à priver le rival honni Schalke 04 du titre lors de l’avant-dernière journée, le jour de grâce du 2 mai 2007. Mais Doll ne parvient pas à surfer sur l’euphorie de cette fin de saison. Le championnat 2007-2008 débute par une affreuse défaite à domicile contre le petit voisin Duisburg et le reste de la saison est à l’avenant, ponctué d’une médiocre treizième place, le pire classement depuis 20 ans…

Pourtant, Thomas Doll dispose d’une chance de sauver la saison et, probablement, son job. En effet, le BVB, bien aidé par un tirage au sort très favorable avec une troisième division en 1/2 de finale, Hoffenheim, et une deuxième en 1/2, Carl Zeiss Jena, parvient en finale. L’adversaire ce 19 avril 2008 à l’Olympiastadion : le grand Bayern Munich d’Ottmar Hitzfeld. Les Borussen, emmenés par un monstrueux Tinga, sont archi-dominés en début de match mais ils livrent une prestation héroïque et parviennent à égaliser dans les arrêts de jeu par Mladen Petric. Mais en prolongations, plusieurs parades décisives d’Oliver Kahn et un but de Luca Toni ont raison de la bravoure de nos Jungs. Sur le moment, on avait beaucoup pleuré. Et pourtant…

« C’est peut-être la défaite la plus précieuse de l’histoire du club », écrivent Sascha et Frank Fligge dans leur ouvrage Echte Liebe, einer Chronik des Comebacks von Borussia Dortmund. Hans-Joachim Watzke confirme : « Avec une victoire à laquelle personne ne croyait, il aurait été difficile à la direction de se séparer de Thomas Doll. Et Jürgen Klopp ne serait jamais venu à Dortmund. Mais l’Histoire a pris une autre tournure. »

Jürgen Klopp était présent à Berlin ce jour-là. Comme consultant pour la télévision. Il avouera : « A mon retour à l’hôtel à Berlin, j’ai été accueilli par des fans de Dortmund qui criaient « Jürgen Klopp, tu es le meilleur. » » Hans-Joachim Watzke ne dit pas autre chose : « Sa prestation à la télévision nous avait convaincu qu’il avait la capacité d’entreprendre un grand projet. Nous n’avons pensé à aucun autre entraîneur, nous voulions Klopp. » L’Histoire était en marche. Grâce à une défaite.

Si tu as raté le début :

1er décembre : Revolution 09

Adaptation libre de « Ich mag, wenn’s kracht » Jürgen Klopp. Die Biographie. De Raphael Honigstein, éd. Ullstein extra, 2017.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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