Il y a six ans, le 26 avril 2014, le BVB assurait le « titre » de Vizemeister dans la ville des vices. Leverkusen, triste banlieue industrielle de Cologne, ne ressemble à brûle-pourpoint guère à Miami. Et pourtant, elle est bien la cité allemande du vice. Comme vice-champion d’Allemagne : et quand ce n’est pas l’équipe locale qui finit deuxième du championnat, c’est le visiteur du jour, le Borussia Dortmund, qui s’y assure la place de premier dauphin.

Un petit miracle, c’est sans doute à cela que tient ma présence à la BayArena pour le Topspiel de la 32ème journée de Bundesliga entre Vizekusen et Dortmund. En effet, j’ai malencontreusement oublié de mettre le réveil au lendemain d’un dîner de soutien qui s’est prolongé assez tard, avec quelques théories animées au bar avec un dirigeant que j’ai souvent allumé dans mes articles. Fort heureusement, je dois avoir une sorte de sixième sens du drogué de la Bundesliga qui m’a fait ouvrir les yeux sur le coup des 6h15, juste à temps pour aller prendre mon train après un départ un peu (beaucoup) en catastrophe. Je ne te cacherai pas que, après une sieste réparatrice, j’ai effectué le trajet dans un état végétatif en tentant vaguement d’accrocher un roman danois intitulé Délivrance.

Mais la vraie délivrance, elle interviendra avec la première Gilden Kölsch dans le Regio entre Köln et Leverkusen, de sorte que j’étais complètement requinqué en rejoignant ma chère marée jaune sous le soleil de la BayArena, stade à l’esthétique élégante quoique peu chaleureuse. Pour tenter d’invoquer une tradition que les supporters de toute l’Allemagne sont unanimes à lui dénier, le Bayer a inscrit sur les murs de son antre le nom de tous les adversaires qu’il a affronté au cours de ses 110 d’existence. Mes amis supporters du FC Sion seront heureux de savoir que le nom de leur club côtoie ceux du Real Madrid et de Liverpool et qu’il est écrit en plus gros caractère que celui de l’Atletico Madrid. Ce qui les flattera peut-être un peu moins, c’est que de l’autre côté on trouve les noms du SSV Ulm et des Kickers Stuttgart et que l’inscription du Kalmar FF est plus grande que celle du club valaisan.

De l’art de tourner en rond

Leverkusen connaît une saison assez étrange. On se souvient que, l’an passé, Leverkusen avait deux entraîneurs, Sami Hyypiä et Sascha Lewandowski. D’abord présentée comme la panacée, la solution du tandem s’est vite avérée problématique et les dirigeants de la Werkself ont décidé d’entamer le nouveau championnat avec un seul entraîneur. Logiquement, le rescapé a été l’ancien joueur au palmarès prestigieux (enfin, sauf un titre de champion national, on parle d’un mec qui a fait l’essentiel de sa carrière à Liverpool et Neverkusen), Hyypiä, plutôt que l’inconnu Lewandowski, retourné d’où il venait : à la formation. L’automne dernier, ce choix semblait judicieux. S’il n’a jamais donné l’impression de pouvoir titiller le Bayern Munich pour aller quérir le premier sacre national de son histoire, le Bayer semblait parti pour un énième titre de vice-champion d’Allemagne, l’autre spécialité locale, avec l’aspirine. En Ligue des Champions, tout s’était bien passé puisque la Werkself s’était extirpée d’un groupe pas évident avec Manchester United, les millionnaires de Donetsk et le quatrième représentant de la surcotée Liga, la Real Sociedad.

Mais tout s’est délité au sortir de l’hiver. Guère attentifs à l’actualité footballistique en dehors de leurs frontières, les Français ont déduit du huitième de finale à sens unique entre le PSG et Vizekusen que les Parisiens étaient vraiment trop forts. Sauf que, s’ils avaient été moins parigotcentrés, nos voisins tricolores auraient constaté que le Bayer connaissait pareilles infortunes en Bundesliga, contre des adversaires qui ne claquent pas deux cent millions d’euros à chaque mercato. Cette longue descente aux enfers a fini par être fatale à Sami Hyypiä. Et comme le manager Rudi Völler n’a jamais été étouffé par l’imagination, il a choisi d’aller rechercher Sascha Lewandowski du côté du secteur juniors pour le remplacer. De là à dire qu’on tourne un peu en rond à Leverkusen, il n’y a qu’un pas que l’on franchira aisément dans un endroit qui n’est rien de plus qu’un échangeur d’autoroute qui entoure une usine. A priori, Lewandowski, le natif de Dortmund et annoncé à Francfort la saison prochaine (il est malheureusement décédé en 2016, RIP), n’est qu’un intérimaire, avec une mission bien précise : sauver ce qui peut encore l’être, soit une place en Ligue des Champions.

Sur les chapeaux de roue

Dortmund est plus serein et vit surtout dans le compte à rebours fébrile avant le match de football le plus attendu de cette année 2014, la finale de la DFB-Pokal à Berlin, mais il doit encore sécuriser sa deuxième place. La partie démarre sur les chapeaux de roue et, après cinq minutes, les gardiens Leno et Weidenfeller avaient chacun déjà effectué une parade décisive devant Reus et Kiessling. C’est donc assez logiquement que l’ouverture du score n’a pas trainé, avec un corner d’Heung-Min Son expédié sur la latte par Stefan Kiessling et repris par Lars Bender. Lors de mon départ précipité du matin, j’avais quand même pris deux secondes et demie pour hésiter entre emporter un Heimtrikot floqué Mkhitaryan ou un Auswärtstrikot au nom de Bender, j’ai finalement opté pour l’Arménien et je m’en félicite : le Bender du Borussia, Sven, est toujours convalescent et cela ne m’aurait pas enchanté d’arborer un maillot avec le patronyme d’un joueur qui a marqué un goal à mon équipe favorite. Cette dernière mettra une grosse vingtaine de minute pour égaliser sur un coup franc de Marco Reus dévié par Oliver Kirch.

La cerise sur le gâteau

Oliver Kirch, c’est l’un de ces destins improbables dont raffole le peuple schwarzgelb : personne n’avait compris, en 2012, l’engagement de ce trentenaire à la carrière modeste, essentiellement à Bielefeld. Il avait surtout l’avantage d’être gratuit, après la relégation de son dernier club, Kaiserslautern et il devait servir de doublure à Lukasz Piszczek comme latéral droit après la longue blessure de Patrick Owomoyela. Sauf que, lorsque le Polonais s’est à son tour blessé, Jürgen Klopp a préféré reconvertir Kevin Groβkreutz en latéral plutôt que donner sa chance au suppléant « officiel ». On pensait donc le brave Kirch condamné à rester sur le banc de touche. Mais l’hécatombe qui frappe le BVB lui a enfin donné sa chance ce printemps, en milieu défensif, avec notamment un match énorme au retour contre le Real Madrid au cours duquel, aux côtés du néophyte Jojic, il avait éclipsé la paire Alonso et Modric et même carrément écœuré Illarramendi, le transfert à 32 millions d’euros. Ce premier but en match officiel avec le BVB récompense un joueur au comportement exemplaire qui a toujours accepté sans brocher son statut de remplaçant et continué à bosser pour saisir sa chance lorsque celle-ci s’est enfin présentée. Et qui devrait recevoir en prime une prolongation de contrat qui semblait illusoire il y a encore deux mois.

Haletant

Leverkusen va reprendre l’avantage sur une percée du diabolique Heung-Min Son, le cauchemar du BVB, qui décale Julian Brandt, le nouveau prodige de la Werkself, dont le centre trouve Gonzalo Castro pour conclure une magnifique triangulation. Cette fois, il ne faudra que quatre minutes au Borussia pour revenir grâce à un pénalty consécutif à une main inutile de Rodrigo Hlibert et transformé par Marco Reus, actuellement dans une forme éblouissante ; il ne parviendra toutefois pas à donner l’avantage à son équipe en échouant seul devant Leno juste avant la pause. Quatre buts, c’était déjà suffisant pour une première mi-temps haletante, ce sera plus calme en deuxième période. Leverkusen, qui avait davantage besoin des trois points, était le plus proche de la victoire mais plus rien ne sera marqué, Brandt échouant devant Weidenfeller, tout comme Reus sur coup franc face à Leno. On notera les six minutes de jeu d’Eren Derdiyok après la blessure de Kieβling : si Leverkusen tourne en rond, le Suisse lui fait carrément marche arrière. Il avait quitté la Werkself en 2012 lassé de partager son temps de jeu avec Kieβling pour Hoffenheim où l’attendaient ambitions et place de titulaire. Mais rien ne s’est passé come prévu en Kraichgau : plutôt que les places européennes annoncées, Hoppenheim jouait contre la relégation, les entraîneurs se sont succédés et les « renforts » qui n’ont pas été à la hauteur comme Derdiyok sont tombés en disgrâce et ont finit avec l’équipe réserve. C’est donc par la toute petite porte que l’ancien Bâlois est revenu à Leverkusen, avec un statut de doublure de Kieβling au temps de jeu famélique. Dans ces conditions, on ne voit pas trop comment Ottmar Hitzfeld pourrait justifier sa sélection pour le Brésil.

Vice !

Ce score nul fait moyennement l’affaire de Leverkusen qui perd une occasion de revenir sur Schalke dans l’optique de la troisième place, directement qualificative pour la Ligue des Champions. En revanche, la Werkself garde la maîtrise de son destin pour un quatrième rang et les qualifs de la C1 avec de surcroît un calendrier plus favorable lors de deux dernières journées avec deux adversaires démobilisés alors que ses poursuivants joueront des confrontations directes avec Gladbach – Mainz et Wolfsburg – Gladbach.

Ce nul permet à Jürgen Klopp, qui s’est beaucoup amusé à démonter les rumeurs qui ont fait de lui le futur entraîneur du FC Barcelone puis de Manchester United, de rester invaincu à Leverkusen à la tête du BVB. Et surtout, ce point sur la pelouse de Vizekusen couplé au réjouissant revers de Schalke contre Mönchengladbach, assure au Borussia le titre de vice-champion d’Allemagne. On s’en contrefiche éperdument ; la deuxième place, elle, en revanche procure quelques avantages : financiers, 2e est plus rémunérateur que 3e lors de la répartition du pactole de la C1 ; émotionnels, ça flatte la fierté du supporter de terminer devant Schalke ; et sportifs, puisque c’est l’assurance de rejouer la Supercup début août au Westfalenstadion contre le Bayern. Une aubaine : la pause estivale s’annonce interminable en raison de cette satanée et inutile Coupe du Monde, la Supercup la raccourcira de deux semaines. C’est d’ailleurs en prévision de ces abominables semaines de sevrage de Fussball que je ne raterai pour rien au monde les deux derniers matchs de Buli du BVB, même s’ils s’apparenteront à de la pure liquidation contre des adversaires qui n’ont également plus rien à craindre ni à gagner.

Bayer 04 Leverkusen – Borussia Dortmund 2-2 (2-2).

BayArena, 30’210 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre: M. Perl.

Buts : 7e Bender (1-0), 29e Kirch (1-1), 35e Castro (2-1), 39e Reus (pénalty, 2-2).

Leverkusen: Leno; Hilbert, Toprak, Spahic, Boenisch; Bender, Can; Brandt (81e Öztunali), Castro (81e Rolfes), Son; Kieβling (84e Derdiyok). Entraîneur: Sascha Lewandowski.

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Papastathopoulos, Hummels, Groβkreutz; Kirch, Sahin; Jojic (82e Hofmann), Reus, Mkhitaryan (75e Aubameyang); Lewandowski (90e Schieber). Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 48e Lewandowski, 52e Spahic.

Notes: Bayer sans Donati (suspendu), Guardado, Hegeler, Reinartz, Stafylidis, Kruse ni Wollscheid (blessés) Dortmund sans Blaszczykowski, Kehl, Subotic, Schmelzer, Bender, Durm ni Gündogan (blessés).

Classement (32 matchs): 1. Bayern 84 2. BVB 65 3. Schalke 58 4. Leverkusen 55 5. Wolfsburg 54 6. Mönchengladbach 52 7. Mainz 50 8. Augsburg 46 9. Hoffenheim 41 10. Hertha 41 11. Frankfurt 36 12. Freiburg 36 13. Hanovre 36 14. Brême 36 15. Stuttgart 32 16. Hambourg 27 17. Nürnberg 26 18.Braunschweig 25.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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