Il y a deux ans, du 14 au 15 mai 2011, s’achevaient deux jours de fête presque ininterrompus, une ville toute de jaune vêtu, un stade en ébullition le samedi, plus de 400’000 fans dans les rues le dimanche, une communion totale entre joueurs et supporters ainsi que quelques bières éclusées : c’est par la plus grande Meisterfeier jamais organisée dans l’histoire du football allemand que le Borussia Dortmund a conclu une saison en tous points exceptionnelle.

Si le titre du Borussia Dortmund était acquis depuis deux semaines, c’est toute une ville qui tenait à rendre hommage à son équipe de football pour cette saison merveilleuse. Alors Dortmund s’est totalement parée de jaune pour ce dernier week-end de la Bundesliga 2010-2011 : drapeaux aux fenêtres, vitrines des commerces félicitant le club et des dizaines de milliers de maillots dans les rues ; nul doute que tous n’allaient pas au stade, faute de place, mais le BVB, c’est la fierté de toute une ville qui, en dehors de cela, n’a pas forcément beaucoup d’attraits. «Bei uns in Dortmund gibt’s ein Phänomen, dass alle Menschen hinter der Borussia steh’n», comme le dit la chanson «Borussia».

A part la fête, il y avait un match à jouer. C’est l’affiche qui a suscité le plus d’engouement en Europe cette saison avec 460’000 demandes de billets, soit deux fois et demie de plus que la finale de la Ligue des Champions et cinq fois plus que la finale de la Coupe du Roi. Et pourtant, presque tout le monde se contrefichait éperdument du résultat, c’était surtout l’occasion de célébrer une dernière fois cette saison dans le plus beau stade du monde. Il y avait quand même un enjeu, puisque l’adversaire du jour, l’Eintracht Francfort, jouait sa survie, cela aurait été dommage de fausser l’issue du championnat (et accessoirement de condamner le Borussia Mönchengladbach de Lucien Favre et Marco Reus).

Zweite Liga, Frankfurt ist dabei !

Mais le BVB a fait le travail avec sérieux : tout aurait pu déjà être plié en début de partie sans trois miracles du gardien francfortois Ralf Fährmann devant Lewandowski deux fois et sur un penalty tiré par Barrios. SGE n’avait toutefois pas complétement abdiqué et, après un essai de Gekas sur la latte en fin de 1ère période, allait ouvrir le score sur une remise improbable de Gekas pour le jeune Sebastian Rode, seul au deuxième poteau. Entrevoyant ainsi un possible maintien. Mais l’espoir allait être de courte durée et, devant la Südtribüne, Lucas Barrios, après une talonnade géniale de Lukasz Piszczek, et Robert Lewandowski, avec la complicité du défenseur Russ, allaient permettre au Borussia de renverser la situation. Condamnant ainsi Francfort à la Zweite Liga. L’entraîneur francfortois, Christoph Daum pourra lui concurrencer Roberto Morinini pour le titre du choc psychologique le plus raté de la merveilleuse histoire du choc psychologique puisque l’ex-futur entraîneur de la Nationalmannschaft n’a récolté que trois points en sept matchs depuis son arrivée en sauveur à la tête de SGE.

Les rois du penalty

La victoire assurée, les célébrations pouvaient reprendre de plus belle, avec notamment les entrées en jeu des deux idoles de la Südtribüne, Dede et Kagawa. Le Westfalenstadion est même tout près de s’offrir le grand frisson lorsque le Brésilien, pour son dernier match en jaune et noir après treize ans de bons et loyaux services, bénéficiera d’un penalty mais Fährmann détourne son envoi. Permettant ainsi au BVB d’entrer dans l’histoire en devenant le premier champion d’Allemagne qui n’aura inscrit aucun penalty dans la saison (cinq tirés, tous ratés, comme quoi l’équipe de Suisse a peut-être une chance de devenir championne du monde un jour). Il y aura tout de même un troisième but pour clore le championnat, de la tête de Lucas Barrios, l’occasion d’un nouveau lancé de bières. A l’heure où la sécheresse menace en Europe, il y a eu tellement de bières renversées cette saison dans nos places au 7ème rang du bloc 85 en SüdOst Tribüne que l’humidité est telle que l’on pourrait sans doute y cultiver du riz pendant les trente prochaines années.

Meisterfeier bis

L’humidité était également dans les yeux des supporters avec les départs de Sahin et Dede et la remise du Meisterschale par le Dr. Reinhard Rauball, président de la ligue mais surtout du Borussia Dortmund qu’il avait sauvé d’une faillite quasi certaine en 2005.

Malgré l’interdiction officielle, le terrain n’a pas résisté à l’envahissement et finira dans un piteux état.

Je m’abstiens d’emporter un bout de gazon, histoire d’éviter de ramener un souvenir qui aurait pourri dans mon salon avant de devoir être jeté, mais je dois bien être le seul (enfin, avec mon fidèle compagnon de ces virées dortmundoises qui s’est lui contenté d’en manger un bout, il paraît que ce n’est pas très bon).

La fête s’est poursuivie dans les Biergarten puis dans un centre-ville complétement survolté, comme il y a quinze jours après la victoire contre Nuremberg, sur les places mais aussi dans les bars et discothèques qui organisaient plus ou moins tous leur soirée d’hommage au BVB. On finira dans une boîte où un écran géant passe en boucle les grands moments de l’histoire du club, il y a même eu une anthologie des plus beaux buts de Philipp Degen sous le maillot jaune et noir (en fait un seul but de raccroc après six contres favorables).

Meisterfeier ter

A peine le temps de récupérer et de dormir quelques heures que c’était reparti avec l’apothéose du week-end, la Meisterfeier officielle du dimanche : cinq kilomètres de défilé à travers la ville pour rallier la Borsigplatz, là où le club a été fondé en 1909, à l’immense esplanade installée devant la Westfallenhallen, pas très loin du stade, où une scène, des écrans géants et, bien sûr, de multiples stands de bières avaient été installés.

Le trajet devait prendre quatre heures, il en a mis plutôt cinq au milieu de plus de 400’000 fans. Concerts et chants du club font patienter la foule, l’émotion et la dévotion sont toujours au rendez-vous, et même lorsque la grêle s’est abattue sur la Ruhr, pas un supporter n’est parti.

Mais, un peu à l’image du club, après le gros orage des dernières saisons, le soleil est revenu («am Ende der dunklen Gasse erstrahlt die gelbe Wand», selon la chanson «Am Borsigplatz geboren») pour l’arrivée des joueurs et du Schale dans la liesse populaire que tu imagines. En fait non, que tu ne peux pas imaginer, on a quelques expériences en matière de fêtes populaires mais jamais je n’avais vu une effervescence comparable à celle de ce week-end. «Wahnsinn» est le mot qui revenait dans toutes les bouches…

Meisterfeier quater

Comme on ne se lasse pas de ces moments magiques, la fête se poursuit à nouveau au centre-ville en soirée.

Ton chroniqueur préféré est debout dans une fontaine à l’eau jaune (je t’avais dit que tout était jaune dans cette ville) en train de lancer des chants en allemand ; enfin, je me contente surtout des «hinsetzen» pour faire asseoir la foule sur la place, d’autres, plus mélomanes et plus germanophones que moi, se chargent des parties plus techniques du Humba Täterä.

Histoire de boucler la boucle, ce week-end de rêve se termine au Bierhaus Stade, là même où, il y a quelques années, j’avais passé ma première soirée dortmundoise, à l’époque où dettes et ventre mou du classement constituaient le quotidien du club. On s’était dit «on essaie d’aller une fois à Dortmund, paraît que c’est pas mal». Depuis, j’ai vaguement accroché sur ce club atypique, au point d’avoir parcouru 28’150 kilomètres cette saison pour voir 21 des 34 matchs. Et je me retrouve dans ce même Bierhaus Stade en train de fêter un Meisterschale ; juste de l’autre côté du bar, déchainés, sautillent Roman Weidenfeller et Sebastian Kehl, les deux capitaines du BVB, bien loin de l’image du footballeur diva intouchable, simplement deux gars qui ont envie de se démonter, comme tout le monde dans cette ville. Die Schale ist wieder nach Hause !

Bundesliga 2010-2011, 34ème journée:

Borussia Dortmund – Eintracht Francfort 3-1 (0-0)

Signal Iduna Park, 80’720 spectateurs (guichets fermés).
Arbitre : M. Gagelmann.

Buts : 46e Rode (0-1), 68e Barrios (1-1), 72e Russ (autogoal, 2-1), 90e Barrios (3-1).

Dortmund : Weidenfeller; Piszczek, Santana, Hummels, Schmelzer; Götze (88e Feulner), da Silva ; Blaszczykowski (88e Kagawa), Lewandowski, Grosskreutz (73e Dede); Barrios.

Francfort : Fährmann; Jung, Vasoski, Russ, Köhler (20e Altintop); Rode (79e Titsch-Rivero), Schwegler (86e Heller); Ochs, Caio, Fenin; Gekas.

Cartons jaunes : 11e Köhler, 54e Fenin, 68e Barrios.

Carton rouge : 80e Titsch-Rivero (faute de dernier recours).

Notes : Dortmund sans Kehl, Owomoyela, Kringe, Bender, Sahin (blessés) ni Subotic (malade), Francfort privé de Chris, Franz, Tzavellas, Bajramovic, Kittel, ni Clark (blessés).

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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