A l’époque, les attentes et l’écho médiatique autour du BVB n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui mais nous devions déjà subir les critiques des éternels râleurs après la défaite en ouverture de saison contre Leverkusen : il faut changer l’entraîneur, Dortmund représente une marche trop élevée pour cet inconnu venu de Mainz, le recrutement a été trop modeste, les joueurs n’ont pas le niveau… C’est à Stuttgart que Jürgen Klopp et ses Bubis avaient commencé à faire taire les mécréants avec une victoire qui amorçait une série de 15 matchs / 43 points ouvrant le voie au Meisterschale.

Depuis quelques années, il existe une tradition à Stuttgart consistant à foirer complètement son début de championnat, puis à entamer une remontée fantastique. Même en 2007, date du dernier titre, le VfB avait raté son entame de saison. Manifestement, les Souabes n’entendent pas déroger à la tradition cette année, avec deux défaites en ouverture de saison, assorties d’une dernière place au classement. Christian Gross affirme qu’il n’est pas inquiet mais à sa place on se ferait, non pas quelques cheveux gris, ce qui paraît techniquement impossible, il est chauve. mais un peu de souci : lors des deux saisons écoulées, ce n’est qu’après avoir viré son entraîneur que Stuttgart avait entamé sa remontée le conduisant de la zone de relégation à la Ligue des Champions (2008-2009) ou à l’Europa League (2009-2010). On n’en est pas encore là mais l’entraîneur suisse a intérêt à trouver rapidement des solutions car ce qu’a montré son équipe lors des deux premières journées de championnat contre Mainz et Dortmund mais aussi en Europa League, avec des qualifications au forceps contre les modestes Molde et Bratislava, n’était vraiment pas bon.

Stade en chantier

Le VfB Stuttgart est en train de rénover son stade, avec l’objectif de supprimer la piste d’athlétisme et de rapprocher du terrain les tribunes derrière les goals. L’an dernier, l’Untertürkheimer Kurve (là où se trouvaient les supporters suisses lors de Suisse – France en 2006), a été entièrement reconstruite. Cette saison, c’est au tour de la Cannstatter Kurve, habituel fief du kop du VfB, d’être démolie et rebâtie. Du coup, les fans souabes ont émigré vers la nouvelle Untertürkheimer Kurve, inaugurée dimanche, qu’ils doivent partager avec les supporters adverses. Alors quand, dans le Gästeblock, prennent place les meilleurs fans du monde, venus très nombreux, les supporters du VfB sont rapidement submergés et la notion de match à domicile devient toute relative. Le scénario du match ne contribuera guère à réanimer les fans souabes puisque d’emblée le Borussia Dortmund prend le contrôle du match, sous l’impulsion d’un intenable Shinji Kagawa.

Défense passoire vs. Dortmunder Jungs

Cette domination sera rapidement récompensée sur un centre de l’international espoir Marcel Schmelzer dévié dans son propre but par Khalid Boulahrouz. Du coup, j’ai l’air un peu moins idiot avec mon maillot floqué Schmelzer, acheté dans un instant d’égarement (les ravages de l’alcool…) une semaine auparavant après la défaite contre Leverkusen. Les statisticiens de la Bundesliga y ont vu un autogoal mais nous on va l’attribuer à Marcel Schmelzer, déjà qu’il ne marque pas souvent…

C’est d’un autre Dortmunder Jungs, Kevin Grosskreutz, que va venir le deuxième but : l’ailier gauche du BVB a profité d’une intervention calamiteuse de Niedermeier pour servir une merveille de centre en retrait à Lucas Barrios qui laisse rarement passer ce genre d’occasions. L’Argentin (je n’ai pas encore intégré sa nouvelle nationalité paraguayenne) inscrivait là son premier but en championnat mais déjà le cinquième en cinq matchs officiels cette saison, c’est pas mal pour un joueur que son entraîneur considère comme très en retard dans sa préparation.

Le succès dortmundois allait encore être parachevé par un Dortmunder Jungs, Mario Götze, lequel, du haut de son mètre 71 et de ses 18 ans, a marqué le 0-3 de la tête dans le but vide, sa première réussite en Bundesliga, après une mésentente entre le gardien Ulreich et son défenseur Niedermeier.

Philipp Degen a manqué !

Ces trois buts d’avance à la pause reflétaient bien la domination jaune et noire, même si la tâche du BVB a été facilitée par l’indigence de la défense souabe. Le gardien Ulreich a confirmé les doutes de ceux qui estimaient qu’il n’avait pas les épaules assez larges pour une place de titulaire en Bundesliga. Et le retour de l’international Tasci, sur le banc lors des derniers matchs mais qui remplaçait Degen, malade, Boulahrouz glissant sur le flanc droit, n’a pas ramené la sérénité dans la défense, bien au contraire. On attendait une réaction souabe après la pause, mais c’est Dortmund qui passera tout près du 0-4 sur un extérieur trop croisé de Barrios après une ouverture géniale de Sebastian Kehl. Certains médias avaient critiqué le manque d’impact physique du capitaine du BVB après la défaite contre Leverkusen et réclamé son remplacement par le jeune Sven Bender mais il a apporté la meilleure des réponses avec un match énorme à mi-terrain.

Flatteur pour Stuttgart

Stuttgart fera tout de même illusion une dizaine de minutes, aux alentours de l’heure de jeu, avec plusieurs corners, un tir de Cacau renvoyé par Weidenfeller et une réussite de ce même Cacau à la réception d’un centre de Kuzmanovic, le 39e et dernier but de cette 2e journée de Bundesliga (4,33 en moyenne par match, contre 2,2 ce week-end en France, Espagne et Angleterre et 1,5 en Italie…). On a craint quelques instants que le match ne rebondisse mais ce n’était qu’un feu de paille, Dortmund a rapidement repris le contrôle des opérations et, avec un peu plus de lucidité dans le dernier geste en fin de partie, aurait pu donner au score des allures de correction. Au moins, le gardien Ulreich aura pu se rassurer avec quelques parades qui permettent au VfB de terminer la partie sur un 1-3 plutôt flatteur.

Depuis l’arrivée de Jürgen Klopp en 2008, le BVB a plutôt tendance à jouer par à coups. Ce match à Stuttgart, maîtrisé presque de bout en bout, est sans doute l’un des plus aboutis de l’ère Kloppo. Rassurant après la défaite initiale contre Leverkusen. Et ça fait trois points très précieux, surtout qu’après la trêve dévolue aux équipes nationales, Dortmund affrontera les deux clubs les plus actifs cet été sur le marché des transferts, Wolfsburg et Schalke, qui auront le couteau entre les dents après leur début de saison raté. Eh oui, le BVB et sa jeunesse audacieuse sont déjà devant Schalke 04 et son recrutement galactique au classement, voilà sans doute l’enseignement le plus important (et le plus réjouissant bien sûr) du week-end.

VfB Stuttgart – Borussia Dortmund 1-3 (0-3).

Mercedes-Benz-Arena, 40’500 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Gagelmann.

Buts : 5e Schmelzer (0-1), 26e Barrios (0-2), 37e Götze (0-3), 69e Cacau (1-3).

Stuttgart: Ulreich; Boulahrouz (90e Funk), Tasci, Niedermeier (46e Didavi), Molinaro; Gebhart, Träsch, Kuzmanovic, Gentner; Marica (46e Harnik), Cacau. Entraîneur: Christian Gross.

Dortmund: Weidenfeller; Owomoyela, Subotic, Hummels, Schmelzer; Kehl, Sahin (88e S. Bender); Götze, Kagawa, Grosskreutz (75e Piszczek); Barrios (65e Lewandowski). Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 63e Schmelzer, 73e Kehl.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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