D’un strict point de vue comptable, ces deux nouveaux points perdus en déplacement constituent une mauvaise opération pour le BVB. Et pourtant, dans l’adversité, nous avons retrouvé une osmose que l’on croyait perdue entre l’équipe sur le terrain et le peuple jaune et noir en tribune. Cela peut être le signal d’un nouveau départ.

Je vais commencer par te raconter une histoire. C’est celle d’un entraîneur alors pas très connu qui avait réussi des miracles à Mainz et qui avait été engagé comme un pari au Borussia Dortmund, Jürgen Klopp. Si l’homme, son charisme, sa passion, sa folie, ont immédiatement conquis le peuple jaune et noir, l’entraîneur lui a mis plus de temps à convaincre qu’il était bien l’homme de la situation. Il faut dire que, pendant ses quinze premiers mois à la Strobelallee, il a insisté avec un 4-4-2 qui ne fonctionnait pas et qui n’était pas vraiment adopté par ses joueurs. On ne comprenait pas vraiment non plus ses choix et son incapacité à valoriser nos joueurs les plus talentueux. Ainsi, notre buteur vedette, notre Derbyheld, Alex Frei n’a jamais trouvé sa place dans ce 4-4-2 et il a préféré rentrer en Suisse après une année de cohabitation difficile avec Kloppo. Notre élément le plus talentueux de l’époque, Mladen Petric, a lui été échangé après seulement quelques semaines de collaboration avec notre entraîneur, qui avait préféré rapatrier son chouchou Zidan d’Hambourg. Le petite magicien hongrois Tamas Hajnal n’a lui non plus jamais trouvé sa place dans le système de Klopp. Bref, après une première saison honorable mais bouclée sur une grosse désillusion et une qualification en Europa League manquée à la dernière seconde du championnat, Jürgen Klopp ne fait toujours pas l’unanimité à Dortmund et sa deuxième saison débute dans la difficulté. C’est alors que le BVB, à l’automne 2009, se retrouve décimé par une série de blessure. La quasi-totalité de nos milieux de terrain sont à l’infirmerie et il n’est plus possible d’évoluer en 4-4-2 faute de demis en suffisance. Kloppo décide donc d’essayer le 4-2-3-1, avec en fait quatre attaquants de métier, qui fait alors fureur en Allemagne. Et c’est la révélation ! Après un premier galop d’essai contre Bochum, le BVB trouve son match de référence avec un match nul héroïque à Leverkusen, alors fringant leader de la Bundesliga. Klopp a trouvé, un peu par hasard, son système et il n’en changera plus, il nous emmènera jusqu’au sommet du foot allemand et – presque – européen.

Un match fondateur ?

Est-ce que ce match d’Hoffenheim peut jouer le même rôle pour Tuchel que ce fameux déplacement de Leverkusen pour Klopp ? Car comme son prédécesseur, notre entraîneur suscite de nombreux doutes sur ces choix, son système de jeu, sa capacité à emmener notre équipe vers les sommets… Il est trop tôt pour le dire mais il s’est passé quelque chose vendredi soir en Kraichgau. Les blessures, un scénario de match très défavorable, les erreurs individuelles, l’expulsion de Marco Reus, un arbitrage ubuesque, un stade glauque, un adversaire qui nous convient rarement, tout était réuni pour une défaite. Et pourtant, nos Jungs ont trouvé les ressources pour aller égaliser en infériorité numérique et arracher un point après un combat épique. Pour ce faire, il a fallu oublier un peu les préceptes de jeu qui ne fonctionnent que par intermittence depuis l’arrivée de Tuchel, cette volonté de posséder le ballon et de proposer un football châtié en toutes circonstances, pour revenir à un jeu beaucoup plus basique, combattif et engagé. Et tout de suite, nous avons retrouvé ce lien perdu entre joueurs et supporters. Il y a eu une osmose totale entre 11 guerriers sur le terrain et 4’000 en tribune, tous unis pour faire honneur à nos couleurs. Depuis le début de la saison, nous alternons victoires faciles sans grand suspense et matchs nuls ou défaites sans relief, à part peut-être lors de la dernière demi-heure à Lisbonne, nous n’avions jamais ressenti en tribunes cette unité avec notre équipe et rien que pour cela ce match à Hoffenheim est à marquer d’une pierre blanche. Si notre entraîneur sait en tirer les leçons et revenir à un jeu plus viril et engagé, alors, nonobstant les deux points perdus, ce déplacement à la base pourri en Kraichgau peut être fondateur de lendemains qui chantent.

Tous unis

Et pourtant, nous n’attendions rien de ce déplacement. J’ai toujours estimé qu’un supporter devait se déplacer dès que son budget et son emploi du temps le lui permettaient, quelques soient l’intérêt, le prestige ou l’ambiance du stade visité et de l’affiche proposée. Mais c’est sûr que cette arène artificielle de Sinsheim, son unique Biergarten, son ambiance aseptisée, sa bière sans alcool en Gästeblock, c’est le déplacement a priori le moins affriolant de la saison. Alors quand, en plus, notre équipe se retrouve rapidement menée au score sur un mauvais alignement de notre défense et une sortie ratée de notre gardien, on sentait venir la grosse galère et c’est jamais agréable d’être mené à Sinsheim et de se faire allumer par le très opportuniste public local. On pensait que l’égalisation de Mario Götze nous avait remis sur les rails mais une nouvelle bêtise de Weidenfeller, un arbitrage déplorable et l’expulsion de Marco Reus semblaient nous conduire tout droit vers une défaite inéluctable. Et pourtant, même à 10 contre 11, nos Jungs sont allés chercher l’égalisation par Pierre-Emerick Aubemeyang pour nous offrir une deuxième mi-temps toute d’abnégation, âpre, tendue, un vrai combat que nous avons menés tous ensemble. On aurait pu gagner, on aurait pu perdre, au final on se sépare sur un nul mais c’est ça qu’on veut voir et on a vraiment eu du plaisir à combattre avec notre équipe. L’ambiance était absolument énorme en Gästeblock, très clairement la meilleure en déplacement cette saison. Comme quoi, la flamme, un peu faiblarde ces derniers mois, ne s’est jamais complètement éteinte et il suffit de peu pour la raviver, une équipe qui fait preuve de fierté et d’honneur dans un contexte difficile pour que nous fassions à nouveau bloc avec nos Jungs.

Toujours aussi fragiles

Bien sûr, cette unité et cette flamme retrouvées ne doivent pas faire oublier que tout a été loin d’être parfait à Sinsheim. Certes, l’arbitrage ne nous a pas aidés, avec une distribution assez ubuesque de cartons et une faute oubliée sur le deuxième but d’Hoppenheim mais M. Brand aurait aussi pu siffler un pénalty pour le Plastikclub. Je crois que Thomas Tuchel ne devrait pas systématiquement se réfugier derrière l’arbitrage pour expliquer chaque point perdu, nous n’avons pas vocation à devenir un Arsenal bis, une équipe agréable à voir jouer par beau temps mais qui sombre dès que les conditions et le jeu se durcissent et préfère se retrancher derrière des sempiternels larmoiements sur l’arbitrage. Nous devons être capables de dépasser cela et d’être capable d’autocritique pour avancer. Autocritique ne veut pas dire chasse aux sorcières consistant à désigner des boucs émissaires à chaque but encaissé. Dix jours après sauvé brillamment notre première place en Ligue des Champions, Roman Weidenfeller a connu une soirée difficile, il en est sans doute le premier conscient mais il ne mérite certainement pas les critiques à son encontre. On préfère retenir les nombreuses réactions de soutien à son encontre en Gästeblock, c’est sans doute aussi pour lui que l’ambiance a été aussi folle à Hoffenheim, plutôt que les flots d’insultes vomis par certains haters avachis derrière leur TV, ceux qui ne peuvent pas comprendre qu’au BVB « on gagne ensemble, on perd ensemble »  n’ont pas leur place au stade.

Finir en beauté

Même si, compte tenu du contexte, c’est un bon point ramené d’Hoffenheim, il est clair qu’au classement on n’avance pas avec notre incapacité à enchaîner les victoires en déplacement. Néanmoins, ce déplacement nous a prouvé que notre équipe était aussi capable de répondre présente dans l’adversité et d’aller chercher un résultat avec les tripes, le cœur, le courage… Si notre entraîneur arrive à retenir la leçon et à développer ces qualités-là en oubliant un peu son jeu plus académique, notre deuxième partie de saison pourrait être bien plus riche en satisfactions que la première. En attendant, il s’agira de finir en beauté par une victoire contre Augsburg. On attendait une grand fête, comme toujours dans le dernier match avant Noël, il est clair que les tragiques événements de Berlin qui ont frappé au cœur l’un des lieux les plus sacrés du Borussia, la Gedächtniskirche et la Breitscheidplatz qui abritent nos libations précédents les finales de Pokal, vont un peu refroidir l’ambiance. Le plus bel hommage que notre équipe pourrait rendre aux victimes, même si cela paraît dérisoire en pareilles circonstances, ce serait de conclure cette année 2016 par une grande victoire.

 

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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