A Bierstadt Dortmund, le vin n’est pas très populaire, même pour accompagner un repas. D’ailleurs, je n’ai jamais vu beaucoup de vignes sur les coteaux de la Ruhr. Et pourtant, lors de nos deux premiers matchs de ce mois d’avril démentiel, contre Schalke et Hambourg, nos joueurs ont beaucoup vendangé d’occasions de buts. Beaucoup trop : il faudra absolument corriger tout ça lors des prochains matchs.

Au Borussia Dortmund, la réussite ou non d’une saison se détermine beaucoup en fonction du résultat des deux Derbys. En 2012-2013, notre accession à la finale de la Königsklasse n’avait pas suffi à faire oublier le douloureux souvenir des deux défaites contre les Blauen en championnat. Inversement, en 2014-2015, notre saison, si compliquée jusque-là, avait commencé à s’éclaircir avec la victoire 3-0 au Derby retour au Westfalenstadion. Mais le meilleure exemple reste 2006-2007, avec une saison cauchemardesque, deux changements d’entraîneur, un maillot hideux, des défaites humiliantes contre Bochum, Bielefeld ou Cottbus, une place de relégable à sept journées de la fin… Et pourtant, il avait suffi d’une victoire dans le Derby lors de la 33ème journée pour que cette saison maudite se termine dans la joie et l’allégresse. Nous ne vivons pas une saison aussi compliquée mais nous n’aurons pas la joie du Derbysieg pour embellir un bilan qui sera bien terne s’il n’y a pas un trophée au bout. Car nous sommes sortis frustrés du stade, pas pour les mêmes raisons, de nos deux Derbys. A l’aller, nous avions été déçus du manque de passion, de relief, d’émotion et d’envie. Au retour, le match a été bien meilleur et plus animé mais nous sommes repartis la tête basse après avoir galvaudé trop d’occasions de tuer le match.

Elucubrations tactiques

Nous débutons donc ce mois d’avril de folie par le très court déplacement de Gelsenkirchen, d’abord en train puis celui, plus bref en kilomètres, plus long en temps, mesures de sécurité et escorte policière obligent, de la gare au stade. Comme d’habitude, les chants d’insultes et de moqueries contre les Blauen et les bières s’enchaînent à un rythme infernal. Néanmoins, même si nous ne l’avouons pas, nous craignions ce match dans la Turnhalle d’Herne-West. L’entraîneur des Knappen, Markus Weinzierl, est un malin et un pragmatique. Il savait que, en talent pur, son équipe ne peut rivaliser avec la nôtre. Nous nous doutions bien qu’il allait mettre en place une équipe pour nous bousculer sur le plan physique et ça n’a pas raté. En laissant des joueurs comme Meyer, Konoplyanka ou Huntelaar sur le banc au profit de joueurs plus physiques, le mentor de Null Vier avait clairement composé une équipe de guerriers et c’était plutôt inquiétant vu les difficultés rencontrées cette saison par nos Jungs dès lors que notre adversaire nous impose un vrai défi physique. Heureusement, pour une fois, Thomas Tuchel avait su anticiper. Je ne suis pas partisan de nos incessants changements de onze de base et de système de jeu, cela ne nous permet aucune progression collective ou individuelle depuis le début de la saison. Mais il faut reconnaître que le 3-5-2 mis en place samedi, en densifiant le milieu du terrain, nous a permis de faire face à l’épreuve de force voulue par 3+1 et de répondre présents dans les duels.

Kagawa Derbyheld

Nous avons donc attendu un orage königsblau en début de match qui n’est finalement jamais venu. Nos Pöhler contiennent les assauts des Blauen sans trop de peine et parviennent même à imposer leur jeu. Fährmann sauve devant Dembelé et Aubameyang alors qu’un tir de notre Français flirte avec l’extérieur du poteau. Nous n’étions donc pas trop bien payés avec le score de 0-0 à la mi-temps. C’est finalement au moment où Schalke se créée enfin une timide occasion avec un tir trop mou de Burgstaller facilement arrêté par Bürki que notre équipe va trouver l’ouverture sur une magnifique triangulation entre Dembelé, Kagawa et Aubameyang, lequel n’a plus qu’à marquer dans le but vide après que la défense des Blauen, gardien compris, ait été mise complètement hors du position par nos virtuoses. On en profite pour souligner la très grande performance de Shinji Kagawa dans ce même stade où, en septembre 2010, il a écrit la première page de sa légende au BVB et est devenu Derbyheld pour l’éternité. Nous nous réjouissons moins de la célébration de Pierre-Emerick Aubameyang avec un masque portant le logo Nike, pourtant interdit par son contrat et notre partenariat avec Puma. Ces enfantillages commencent à nous fatiguer, on ne sait pas ce que cherche notre Gabonais : s’agit-il du comportement immature d’un joueur incapable de comprendre les contraintes du football professionnel ou au contraire d’une stratégie délibérée d’un homme qui veut pousser ses dirigeants à bout pour les forcer à accepter un départ cet été ? Dans un cas comme d’un l’autre, il n’en sortira rien de bon et ce ne sont pas vraiment les attitudes qu’on attend d’un joueur portant le maillot du BVB. Après, il ne faut pas s’étonner si l’ambiance ne décolle pas au Westfalenstadion depuis le début de la saison, les fans ne se reconnaissent plus vraiment dans leur équipe. Samedi, en plus, les ultras étaient absents en raison de leur coup de folie la saison précédente au Glückauf-Kampfbahn, l’ancien stade des Blauen, et l’ambiance en Gästeblock n’a vraiment pas été à la hauteur d’un Derby.

Le temps des regrets

Malgré le manque de soutien de ses supporters, le Borussia aurait pu et dû plier le match. Aubameyang pèche par altruisme en voulant servir Dembelé alors qu’il était en position idéale devant le but, alors qu’Ousmane, à nouveau magnifiquement servi par Kagawa, ne trouve que le poteau sur sa frappe enroulée. Rageant. Ce d’autant plus que cette saison, même face à un adversaire plus besogneux que talentueux, notre équipe reste toujours sous la menace d’une balle arrêtée, notre éternel point faible. Enfin, l’un de nos éternels points faibles. Il y a un premier avertissement sans frais avec un arrêt de Bürki sur une tête d’Höwedes après un corner. Et c’est toujours après un corner, mal dégagé, que le jeune Thilo Kehrer égalise d’une frappe au ras du poteau. La Turnhalle se réveille enfin et nous passons tout près de la défaite dans les arrêts de jeu avec une main suspecte de Bartra dans la surface heureusement ignorée par l’arbitre. Néanmoins, nous quittons le stade en silence, avec la désagréable d’avoir laissé échapper une victoire qui nous tendait les bras. Quoiqu’il puisse advenir de la fin de saison, il restera un sentiment d’échec, faute de Derbysieg.

Le marathon

Mais nous n’avons pas vraiment eu le temps de ruminer notre déception. Retour à Dortmund, grosse fête pour oublier, une visite le dimanche dans le restaurant de Kevin Großkreutz et retour en Suisse. J’ai à peine le temps d’aller travailler un jour et demi qu’il est déjà l’heure de repartir pour le Ruhrpott pour un voyage express et minuté à la seconde près pour le match contre le HSV. 720 kilomètre aller, une arrivée au stade 90 minutes avant le coup d’envoi , soit même pas le temps de faire la tournée complète des Biergarten, le match, des bières, 720 kilomètres retour, une nuit blanche et quelques shots de Nullneuner au Lütge Eck, un départ au milieu de la nuit, 720 kilomètres retour et à nouveau au travail, frais et dispos. La passion pour le Borussia n’est pas toujours très raisonnable…

Le stade est bien sûr à guichets fermées et nous observons un premier effet bénéfique du Zweimarkt récemment mis en place : il y a très peu de places vides alors que, souvent, pour les matchs en semaine, même à guichets fermés, des sièges restaient inocuppés en raison d’abonnés n’ayant pu faire le déplacement. Malheureusement, l’ambiance est restée très faible. Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu un YNWA repris avec aussi peu d’entrain par le Westfalenstadion. Et pendant le match, les chants se sont le plus souvent cantonnés dans la partie ouest des Block 12 et 13, il a fallu attendre les dix dernières minutes pour que cela décolle un peu. On a déjà souvent évoqué les raisons de ce désenchantement mais, clairement, cette saison notre Heimat ne fait plus rêver, quand bien même nous venons d’y dépasser les deux ans d’invincibilité en championnat. Et le pire est à venir avec les deux déplacements dans le tombeau silencieux de l’Arroganz-Arena et les deux matchs touristiques contre l’AS Monaco et ses supporters fantômes.

Elucubrations tactiques (bis)

S’il nous a peut-être rendu service à Herne-West, je reste persuadé que le 3-5-2 n’est pas le meilleur système pour notre équipe, je ne comprends pas pourquoi Thomas Tuchel insiste avec. Il ne faut pas dix minutes pour que la preuve en soit faite, lorsqu’une ouverture plein axe permet à Wood de partir seul affronter Bürki, lequel peut heureusement sauver les meubles. Il n’y a pas de miracle : sans aucun filtre à mi-terrain et avec trois défenseurs aux attributions mal définies, notre équipe reste trop vulnérable sur ce genre d’action pourtant simpliste. Le pire, c’est que nous avions déjà encaissé un but similaire au match aller à Hambourg. C’est cela qui est désolant avec ce BVB 2016-2017 : nous n’avons pas l’impression qu’il tire les leçons de ses erreurs et qu’il progresse. Nous sommes en avril, nous allons aborder des échéances décisives de fin de saison et nous avons toujours l’impression de voir une équipe en rodage, sans aucune certitude, toujours en train de chercher la bonne formule. On n’arrive plus vraiment à comprendre ce que notre entraîneur cherche à mettre en place mais il n’a manifestement pas trouvé la solution pour tirer le meilleur de l’effectif à disposition. Si je ne comprends pas vraiment ses choix, je commence à deviner ses intentions et j’avais l’intuition qu’il allait donner sa chance à Emre Mor. J’arbore donc un maillot floqué au nom de notre petit joueur truc. Malheureusement, il n’a pas su saisir sa chance. Personne ne doute de son talent mais il n’arrive pas à le mettre au service de l’équipe. A sa décharge et le constat est valable pour beaucoup d’autres joueurs, il est compliqué d’être performant quand on doit de contenter de miettes de matchs pendant des semaines et que l’on se retrouve propulsé titulaire dans un championnat aussi intense que la Bundesliga et dans une équipe au schéma tactique plus que flou.

Bürki le sauveur

Le Hambourg de ce printemps n’a plus grand-chose à voir avec l’équipe à l’agonie que nous avions démonté 5-2 à l’aller au Volksparkstadion. La défense a été bien renforcée durant l’hiver et l’entraîneur Markus Gisdol est parvenu à ramener un minimum de sérénité et de crédibilité au sein du Dino der Liga. Néanmoins, nos Jungs parviennent régulièrement à inquiéter la défense des Rothosen et vont logiquement ouvrir le score sur un coup franc plein de malice de Gonzalo Castro. Après la pause, le BVB reprend sa joyeuse séance de vendanges et galvaude un nombre incalculable d’occasions de se mettre à l’abri. Et c’est bien connu : une équipe qui manque autant de possibilités de faire le break se met forcément en danger. A plusieurs reprises, le HSV passe tout proche de l’égalisation. L’angoisse de revivre le même scénario que trois jours plus tôt à Herne-West commence à envahir les gradins du Westfalenstadion. Fort heureusement, nous avons à nouveau pu compter sur un excellent Roman Bürki, auteur de plusieurs parades décisives. Autant j’ai eu des doutes sur mon compatriote lors de ses six premiers mois au BVB, autant il est en train de s’imposer comme l’un des meilleurs gardiens de Bundesliga. On sait que des rumeurs sur une arrivée possible d’Horn, ter-Stegen ou Trapp ont circulé mais je ne saisis plus vraiment quel en serait l’intérêt. Notre portier suisse n’a rien à envier à ces gardiens et je ne verrai pas l’intérêt de dépenser de l’argent pour un poste déjà bien pourvu. Surtout que les exemples récents du PSG ou de Barcelone ont montré que ce n’était pas la panacée d’avoir deux numéros un bis qui se partagent le poste.

Shinji, le retour

Le Westfalenstadion se réveille un peu pour saluer les entrées de Nuri Sahin et Felix Passlack. L’entrée de nos deux Dortmunder Jungs a fait du bien à notre équipe qui tanguait sérieusement. Peu inspiré à la conclusion, Pierre-Emerick Aubameyang s’est montré plus efficace à la passe et, bien lancé par Passlack, il offre le but de la sécurité à Shinji Kagawa, à nouveau auteur d’un très bon match. On n’avait plus vu Shinji aussi performant et spontané depuis les saisons 2010-2012 où il marchait sur l’eau ; cela nous fait vraiment plaisir de le voir retrouver son niveau. On espère que nos dirigeants vont très prochainement entamer les discussions pour prolonger son contrat. Le Japonais est à l’origine du 3-0 d’Aubameyang qui scelle le score dans les arrêts de jeu après un passement de jambe rappelant le Ronaldo époque Inter Milan. La célébration d’après-match avec les Jungs aura finalement constitué le seul vrai bon moment d’ambiance de ce match contre le HSV avec des fans qui, ce n’est pas toujours le cas en semaine, sont restés nombreux pour les chants de victoire.

Und jetzt die Bayern…

Au final, ce score de 3-0 n’est pas complètement révélateur des difficultés rencontrées par notre équipe, surtout en deuxième mi-temps. Notre défense reste trop perméable et nos attaquants ont toujours besoin de trop d’occasions pour marquer un but. Mais nous savourons quand même ce succès, surtout qu’il s’accompagne d’une déroute de Schalke à Brême, saluée par les clameurs du Westfalenstadion. En revanche, j’ai de la peine à comprendre ceux qui ont acclamé la victoire d’Hoffenheim contre le Bayern. Le Rekordmeister n’est pas un ennemi historique et actuellement la situation au classement fait que nos adversaires directs ce sont bien les Plastikklub de Leipzig et Hoppenheim. Cela ne nous empêchera pas d’entreprendre samedi le déplacement en Bavière pour poursuivre cette folle semaine avec la ferme intention d’y ramener quelque chose. Mais pour cela, il faudra éviter de vendanger autant d’occasions que contre S 3+1 et le HSV…

 

 

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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