Le BVB a remporté un succès très convaincant sur la pelouse, souvent maudite pour lui, du Volksparkstadion. Car en face il y avait du répondant : Hambourg a joué crânement sa chance mais la force tranquille du leader a fini par briser la résistance des Rothosen. C’est donc avec plein d’enseignements positifs que sommes revenus des bords de l’Elbe.

Le SV Hambourg est plus ou moins en crise depuis 2010. Il y a eu quelques périodes de rémission au gré des fréquents changements d’entraîneur qui jalonnent la vie du champion d’Europe 1983 mais sinon Hambourg n’arrive plus vraiment à sortir du marasme. Et ses ambitions paraissent limitées à éviter la première relégation de l’histoire du seul club qui évolue sans discontinuer en Bundesliga depuis sa création. Triste destin de l’un des monuments du football allemand. Pourtant, en débutant leur saison avec deux victoires en Bundesliga, les Rothosen ont pu donner l’illusion à leurs fans que 2017-2018 pourrait marquer le début d’un retour, sinon au sommet, au moins dans la première moitié du classement. Mais les deux défaites qui ont suivi ont constitué un dur retour sur terre et c’est un Dino déjà sous pression qui attendait le BVB.

Scénario inédit

Pourtant, nous étions méfiants en débarquant dans les Biergarten qui jouxtent le Volksparkstadion : c’est un stade où, malgré les difficultés du HSV, nous avons souvent connu des déboires ces dernières saisons. En fait, nos derniers déplacements dans la cité hanséatique, c’était un peu tout ou rien : soit le BVB profitait des errements du HSV pour s’envoler vers une victoire fleuve sans véritable opposition, soit il prenait le match à la légère et se retrouvait piégé après une performance indigne par des Rothosen tout heureux de s’offrir une éclaircie dans un ciel chargé de nuage. Le match de mercredi n’a ressemblé à aucun de ces deux scénarios traditionnels. Car en face, nous avons rencontré une vraie opposition ; au final, avec ce 3-0, l’écart de but est le même que lors de la victoire de la saison dernière (5-2) mais les deux matchs n’ont rien à voir. Car l’automne passé, nos Jungs avaient livré une performance défensive assez folklorique mais avaient profité de l’insigne faiblesse des Rothosen, en particulier de leur défense, pour remporter un succès sans vraiment combattre. En revanche, mercredi, il a fallu livrer bataille. Hambourg a livré un bon match, nous avons vibré, chanté, tremblé avec nos Jungs, parfois même senti passer le vent de boulet, mais au final notre Borussia a brisé la résistance des Rothosen parce qu’il était tout simplement trop fort, trop solide, trop leader pour ce Hambourg-là.

Kagawa Shinji la-la-la

Les premières occasions sont jaunes et noires mais ni Pulisic ni Aubameyang ne trouvent le cadre. Cependant, Hambourg est bien dans le match : on se dit que cela ne va pas être simple. Mais, comme contre Köln trois jours plus tôt sur le deuxième but de Sokratis, une balle arrêtée va venir à notre rescousse. Le coup franc est signé Yarmolenko, la remise Toprak et c’est Kagawa qui ouvre le score à bout portant. C’est un truc qui nous avait toujours surpris avec Thomas Tuchel : c’est un entraîneur réputé perfectionniste, allongeant parfois à l’excès les séances d’entraînement mais on avait l’impression que les balles arrêtées étaient très peu (ou mal) travaillées, vu notre stérilité navrante dans ce secteur clé du jeu. Il est clair que si Peter Bosz parvient à améliorer sensiblement notre efficacité dans ce domaine, cela va constituer une arme précieuse pour débloquer ce type de match contre des adversaires coriaces comme l’était ce SV Hambourg. Et au passage, cela nous fait très plaisir pour Shinji : je craignais un peu qu’il ne trouve pas sa place dans le 4-3-3 sans vrai numéro 10 de Bosz, plus assez virevoltant pour jouer à l’aile, trop offensif pour jouer dans la ligne de trois milieux. Mais, sous des allures rigides, le système de notre nouvel entraîneur est suffisamment évolutif pour permettre à un Götze ou un Kagawa de trouver une place pour s’épanouir, dans une position entre les lignes difficilement lisible pour l’adversaire. Avec les retours de Rode, Weigl, Guerreiro, Toljan, Durm, Schürrle ou Reus, Peter Bosz va vraiment pouvoir moduler son équipe en fonction de l’adversaire et du scénario de match attendu. Réjouissant…

Le mur orange

Cette ouverture du score n’a pas calmé les ardeurs hambourgeoises. Mais nous avons pu compter sur un très solide Roman Bürki dans nos buts. Notre portier suisse a prouvé que sa soirée compliquée de Wembley était oubliée et qu’il avait bien l’étoffe d’un dernier rempart titulaire au BVB. Il s’est montré très sûr dans toutes ses prises de balle, a vraiment rassuré sa défense et a fait l’arrêt décisif qu’il fallait pour éviter l’égalisation sur une reprise d’Holtby. Classe. On sait que, pour l’instant, Roman n’est que numéro deux en équipe de Suisse, l’entraîneur Vladimir Petkovic lui préférant le poulain Yann Sommer, toujours très solide avec la Nati. Mais, dans les dix prochains jours, notre gardien aura l’occasion de montrer à son sélectionneur national qu’il mérite mieux qu’une place sur le banc avec deux duels à distance contre ses deux rivaux helvétique, Sommer avec Gladbach samedi et Marvin Hitz, auteur d’un début de saison éblouissant, la semaine suivante à Augsburg. Le seul reproche que je peux faire à Roman mercredi à Hambourg, c’est son équipement : l’orange fluo c’est très joli mais de grâce : pas avec un short noir ! …cela nous a fait mal aux yeux juste au-dessous de nous toute la première mi-temps.

L’homme fort

Le gardien du HSV, Christian Mathenia, a aussi eu l’occasion de se mettre en évidence pour permettre à son équipe de rester dans le match à la pause avec des parades devant Pulisic et son défenseur Mavraj contraint au presque autogoal après une merveille de louche de Sahin. Mais le pressing incessant et les vagues d’assaut dortmundoises vont finir par avoir raison de la valeureuse résistance hanséatique. De ma place en Gästeblock, je suis aux premières loges pour admirer l’art du passement de jambe d’Andrij Yarmolenko qui élimine son défenseur et sert un caviar à Pierre-Emerick Aubameyang, lequel n’a plus qu’à pousser la balle dans le but vide pour le 2-0. Cela demande confirmation mais notre nouveau renfort ukrainien me plaît beaucoup. Déjà sa présence physique est impressionnante : vu des tribunes, on a vraiment le sentiment qu’il impose le respect à ses adversaires. Et cela c’est déjà un gros plus par rapport à la saison dernière où nous avons parfois été trop légers dans l’impact physique et souvent en difficultés dès que l’adversaire déplaçait les débats sur le plan physique. Ensuite, on connaissait le talent du joueur mais il pouvait y avoir un doute sur la capacité d’un joueur d’Europe de l’Est à s’intégrer une fois sorti de son cocon doré local. Mais là Andriy paraît déjà bien intégré : il débarque dans un nouveau club, dans un championnat qu’il ne connaît pas, avec une langue qui n’est pas la sienne mais il s’affirme déjà comme l’un des patrons de l’équipe. Et cela aussi cela nous faisait défaut depuis la retraite de Kehl et les mises à l’écart de Weidenfeller, Großkreutz et Blaszczykowski. Tandis que là, avec un Nuri Sahin retrouvé en dépositaire du jeu, un Christian Pulisic qui s’affirme de plus en plus et un Andriy Yarmolenko taille patron, notre équipe 2017-2018 a beaucoup plus de caractère que celle de la saison passée.

L’osmose parfaite

On jouait depuis un peu plus d’une heure de jeu et la résistance du HSV était brisée. Christian Pulisic soignera encore un peu plus le goal average en inscrivant le 3-0 après une belle percée de Mahmoud Dahoud, qui paraît lui aussi trouver de plus en plus ses marques. Encore un point encourageant. J’adore ce genre de match : il y a un vrai combat, sur le terrain et dans les tribunes, un match indécis puis nous faisons la différence et imposons notre supériorité. La force tranquille. Et en tribunes aussi : les fans du HSV ont beaucoup poussé en début de match, il avait une vraie opposition dans les gradins mais les supporters locaux ont fini par s’éteindre au fil de la rencontre. Alors qu’en Gästeblock, nous avons à nouveau livré une très grosse prestation. Nous retrouvons une vraie osmose entre l’équipe et ses fans. Lors de ces cinq premiers matchs de Bundesliga, au Westfalenstadion comme à l’extérieur, nous n’avons pas retrouvé les pénibles chants monocordes d’une poignée d’ultras qui s’éternisaient dans la désert de la saison passée. Nous nous retrouvons à nouveau complètement dans le jeu proposé par notre équipe : l’intensité, l’émotion et la passion qu’elle met dans son jeu, la joie communicative qu’elle nous transmet… On a une équipe qui sait où elle veut aller, comment elle veut y aller et qu’elle veut y aller tous ensemble. Et cela fait une énorme différence sur l’ambiance en tribunes par rapport au flou pas toujours artistique de la saison passée, à la navigation parfois à vue et sans capitaine et à un engagement pas toujours irréprochable… Depuis le début de la saison, dès qu’un chant est lancé, ça claque immédiatement, un peu comme le pressing que nos joueurs imposent à leurs adversaires : quand on y va, on y va tous ensemble.

La forteresse

Avec un cinquième blanchissage en autant de rencontres de Bundesliga, nous battons un nouveau record dans l’histoire du club avec 450 minutes d’invincibilité. Série en cours… Je t’ai souvent ennuyé la saison passée en insistant sur le fait que nous ne résoudrions pas nos problèmes défensifs en achetant de nouveaux défenseurs mais en jouant de manière plus intense, avec un pressing plus agressif et en arrêtant de changer à chaque match de système. Même s’il est à créditer d’un très bon match à Hambourg, je ne pense donc pas que la seule arrivée d’Ömer Toprak suffise à expliquer cette solidité défensive retrouvée, d’ailleurs les premiers blanchissages ont été obtenu avec la charnière centrale Bartra-Sokratis si décriée il y a 12 mois. C’est bien notre système de jeu qui permet à notre défense de jouer sur du velours et d’éviter d’avoir trop de duels à un contre un à jouer contre des attaquants lancés à pleine vitesse. Cela demandera bien sûr confirmation contre des adversaires mieux armés offensivement mais ce n’est pas un hasard si notre seul naufrage défensif jusque-là est survenu contre Tottenham, un match où nous avons perdu le combat physique au milieu du terrain et manqué d’automatismes en raison de l’introduction de plusieurs nouveaux joueurs.

La vie est belle !

Bref, nous avons vraiment vécu une soirée magnifique. Et pour ne rien gâter, après le régime sec à Wolfsburg et Freiburg, nous avions de nouveau droit à de l’alcool en Gästeblock. Même si je ne m’habituerai jamais complètement à boire de la König Pilsener de Duisburg à Hamburg. On veut bien comprendre que le HSV ne vende pas dans son stade l’Astra du rival St. Pauli mais, même si elle est un peu fade, on regrette la Holsten locale. Stuttgart, Köln, Mönchengladbach, Francfort, Berlin, Hambourg… Quand une Traditionsverein renonce à vendre sa bière locale pour la remplacer par un grand brasseur national plus rémunérateur, c’est le foot allemand qui perd un peu son âme…

Mais, en fait, le seul vrai point négatif de ce mercredi à Hambourg, c’est justement que c’était un mercredi et que nous n’avons pas pu profiter vraiment de la trépidante vie nocturne locale, malgré la belle victoire qu’on avait à fêter. Mais on aura d’autres occasions car les dix prochains jours s’annoncent assez exaltants : le Borussenderby samedi contre Mönchengladbach au Westfalenstadion, toujours l’un des hauts faits de la saison, en plus en Topspiel et avec un BVB en tête du classement, le Real Madrid le mardi suivant, c’est toujours sympa de battre le champion d’Europe en titre, et un déplacement dangereux à Augsburg qui cartonne à domicile depuis le début de saison. Et cela nous fait d’autant plus plaisir de vivre tout cela avec une équipe qui nous réjouit autant qu’elle le fait depuis le début de ce championnat.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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