Rien n’a fonctionné comme prévu lors du déplacement du BVB à Hanovre : les trains, la météo, les Biergarten, le match, l’arbitrage, le résultat : tout est allé de travers. Même la bière dans les bars du stade avait changé avec le remplacement de l’Haßseröder par la Gilde. Bref, un week-end à oublier au plus vite, sauf pour notre entraîneur qui doit impérativement trouver au plus vite des solutions pour redonner à notre équipe une solidité collective.

Au cours de mes élucubrations sur ce site, j’ai eu le privilège de te relater des déplacements magiques avec le BVB, des week-ends où tout s’enchaînait comme dans un rêve, le trajet, l’amitié, la fête, les buts, le jeu, la victoire… Mais malheureusement, il y a le revers de la médaille : des week-ends où tout va de travers de A à Z, où tout foire du début jusqu’à la fin, des déplacements pourris jusqu’à la moelle où rien, absolument rien, n’a fonctionné comme nous l’espérions. Notre déplacement à Hanovre rentre incontestablement dans cette deuxième catégorie.

La galère dès le début

Je ne crois pas spécialement à la loi des séries mais nous aurions dû nous douter qu’il y avait anguille sous roche dès notre arrivée en Nordrhein-Westfalen vendredi soir. Nous étions tout guillerets parce que notre avion avait atterri en avance à Düsseldorf mais les problèmes ont commencé à la gare de l’aéroport lorsque le train que nous convoitions démarre sous nos yeux et qu’ensuite le quai accueillant les trains en direction de l’est et du Ruhrpott a fermé pendant une heure, nous contraignant à une interminable attente. Ce n’était que le début d’une longue série de mésaventures ferroviaires dans le week-end sur lesquelles je m’appesantirai pas davantage parce qu’elles nécessiteraient une thèse. Mais le ton de ce déplacement était donné. Et malheureusement les choses ne feront qu’aller de mal en pis… Samedi matin, nous finissons tout de même par atteindre Hanovre après une courte nuit à Dortmund. Pour constater que la ville d’Ernst-August est toujours aussi belle mais que le charme opère nettement moins sous la grisaille, le vent, le crachin et le froid.

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Un sinistre présage

Je me réjouissais de revenir à Hanovre, après une année d’abstinence pour cause de séjour des Roten en Zweite Liga, afin d’y retrouver ses Biergarten. Sauf que ceux-ci, balayés par les premières bourrasques de la tempête Herwart, qui a balayé le nord de l’Allemagne ce week-end – et largement contribué à nos difficultés ferroviaires – affichent plutôt déserts. Même mes chers Borussenstern ont délaissé les Biergarten pour trouver refuge dans la chaleur du bar situé en face du stade, à la Robert-Enke-Strasse, l’ancien gardien suicidé de Sechsundneunzig, un sinistre présage qui annonçait le suicide collectif de notre équipe.

Bonjour l’ambiance

Traditionnellement, Hanovre c’est l’un des gros déplacements jaunes et noirs de la saison, ça garantit toujours une superbe ambiance. Sauf que là, d’ambiance il n’y eût point. En effet, les ultras locaux sont engagés dans une action de boycott des chants pour réclamer le départ de leur président Martin Kind. La raison ? Les motifs de contentieux sont nombreux mais la principale pierre d’achoppement c’est que M. Kind est à la tête du mouvement abolitionniste, soit ceux qui demandent la suppression de la clause 50+1, estimant que se faire racheter par un investisseur russe ou qatari serait le seul moyen pour Hannover 96 de redevenir un grand d’Allemagne. Et c’est évidemment une hypothèse qui rebute absolument tout fan d’une Traditionsverein qui se respecte : mieux vaut faire la navette entre première et deuxième division que vendre son âme pour quelques trophées au rabais. Des vrais fans quoi, rien à voir avec les catins opportunistes du Parc des Princes qui mangent dans la main de types fortement soupçonnés d’esclavagisme, de corruption et de terrorisme pour baver sur les entrechats de quelques starlettes surpayées ou s’acheter un palmarès en toc sans une once d’émotion ni de mérite.

Kind muß weg !

Nous apportons donc même notre soutien aux fans d’Hanovre en reprenant quelques « Kind muß weg » (sorti du contexte, ça pourrait être mal interprété…). Et respect aux fans de Sechsundneuzig pour avoir tenu leur boycott jusqu’au bout : leur équipe est néo-promue, elle réussit un début de saison qui dépasse toutes les espérances et remporte une victoire de prestige contre le leader, cela devait les démanger de célébrer leur équipe mais ils ont tenu bon : les seuls encouragements pour 96 sont venus des tribunes latérales. De notre côté, c’était guère mieux. De nos places en surplomb du Gästeblock, nous n’apercevions pas le secteur debout dortmundois ; j’ai donc d’abord cru que nos ultras s’étaient joints au boycott des fans locaux mais il s’est finalement avéré que la vérité était moins noble : la plupart de nos ultras ont été refoulés à leur arrivée à Hanovre et renvoyé manu militari à Dortmund pour s’être battu en route lors d’une escale à la gare de Minden avec des fans de Wolfsburg en route pour Gelsenkirchen. Triste. Et le soutien à notre équipe s’en est fortement ressenti. Bref, des Biergarten déserts, une météo apocalyptique, une ambiance d’enterrement, le décor est planté et il n’est pas des plus réjouissants. Mais le match sera encore pire…

De mal en pis

Après un début de match équilibré, une première tuile va nous tomber dessus sous la forme d’un courant d’air (et ils étaient nombreux au Niedersachsenstadion samedi…) qui fait trébucher Klaus. L’arbitre invente une faute de Bürki et un pénalty, cela fait 1-0 pour 96. Quand rien ne va, rien ne va… Notre équipe va pourtant montrer une belle réaction en égalisant sur un corner de Nuri Sahin repris par Dan-Axel Zagadou, son premier but en Bundesliga. A ce moment-là, nous pensions encore que notre équipe allait passer l’épaule, d’ailleurs une belle combinaison offre la balle d’avantage à Yarmolenko mais la reprise de notre Ukrainien s’envole dans le ciel chargé de nuages de Basse-Saxe. Et au lieu de 1-2, cela allait faire 2-1 sur une rupture éclair conclue par Bebou. Nos Jungs vont encore trouver les ressources pour égaliser en début de deuxième mi-temps par Andrej Yarmolenko.

La double peine

Mais encore une fois, nos espoirs de pouvoir renverser la situation vont rapidement s’évanouir avec l’expulsion de Zagadou pour une faute de dernier recours. On peut disserter sur la sévérité de la sanction mais aussi sur le choix de notre entraîneur : malgré les deux buts encaissés, j’avais trouvé Neven Subotic bien plus convaincant à Francfort que notre Français à Magdeburg où il avait déjà flirté avec l’expulsion sur une action à peu près similaire, je pense que l’expérience de notre Publikumslieblings aurait été précieuse au sein d’une équipe fragilisée. Car là, cela fait double peine avec l’expulsion et le 3-2 sur le coup-franc de Klaus qui s’en est ensuivi. 3-2, 10 contre 11, cela devenait mission impossible. Nous aurions certes pu égaliser juste après mais Tschauner a sauvé devant Pulisic. Ensuite, Peter Bosz a bien sûr pris tous les risques mais c’était très brouillon. Nous avions l’impression que notre équipe avait toutes les peines du monde à s’approcher du but adverse alors qu’en face chaque offensive des Sechsundneunziger semait la panique dans notre défense. Roman Bürki a retardé l’échéance mais c’est de manière assez logique qu’est tombé le 4-2 en fin de match pour enterrer nos frêles illusions. Rideau.

En panne de pressing

Forcément, cette défaite interpelle. Certes, Hanovre est néo-promu et nage en pleine euphorie. Mais cela reste l’un des effectifs, sur le papier, les plus faibles de Bundesliga, un adversaire que nous aurions dû battre sans trop de problèmes. Mais clairement, notre 4-3-3 est en train de trouver ses limites. La clé de voûte du système défensif de Peter Bosz, c’est le pressing qui doit empêcher les attaquants adverses d’être servis dans des bonnes conditions et d’affronter notre défense en pleine vitesse. La base de notre jeu offensif, c’est ce même pressing qui doit nous permettre de récupérer les ballons pour lancer nos attaques en vitesse et verticalité. Ce système a fait merveille en début de saison contre des adversaires relativement passif comme Köln, Wolfsburg ou Hertha, il devient inopérant dès que nous tombons contre un adversaire plus agressif. Nos milieux de terrain ne sont ni des marathoniens ni des monstres physiques et, dès lors que nous sommes battus dans l’impact physique, notre plan de jeu s’écroule. C’était flagrant samedi : face à un Hanovre limité mais très combattif et enthousiaste, nos Jungs avaient toujours un temps de retard dans leur pressing, permettant aux Bas-Saxons de contrôler tranquillement le ballon et lancer leurs attaques, souvent en un contre un face à nos défenseurs. Un suicide collectif et il faudra vraiment que Peter Bosz parvienne à corriger cela sinon nous n’avons pas fini de vivre des désillusions.

Même combat

Ceci dit, cela fait quatre ans que notre BVB se cherche, en vain, une nouvelle identité de jeu. Lors de sa dernière saison, Jürgen Klopp ne parvenait plus à faire évoluer son 4-2-3-1 face à des adversaires massés en défense et avec un pressing émoussé par la répétition des matchs, c’est ce constat qui l’a amené à partir avant l’expiration de ce contrat. Thomas Tuchel a essayé beaucoup de choses pour corriger cet état de fait mais, malgré l’immense science tactique qu’on lui prête, n’a jamais trouvé la lumière. Même si son départ est dû uniquement à des problèmes relationnels et non tactiques. Et Peter Bosz, après des débuts tonitruants, comme Tuchel en 2015, se heurte au même problème, dès que les matchs deviennent plus durs. Comme Tuchel en 2015.

Schizophrénique

Notre problème, c’est aussi que le BVB est devenu un club schizophrénique. D’un côté, nos exploits des années 2010-2013 ont attiré des nouveaux suiveurs, médias ou « fans », souvent complètement ignorants de l’histoire et des valeurs du club, qui attendent que le BVB gagne chaque match, démonte tous ses adversaires, joue le titre et vise la victoire en Ligue des Champions. De l’autre côté, il y a la stratégie de la direction, soutenue par l’immense majorité des supporters, qui suit une stratégie beaucoup plus humble et préfère construire sur du moyen terme. Or, les attentes et les exigences excessives de certains ne permettent plus un travail sur la durée : on n’a plus le temps de construire quelque chose, faire progresser un collectif, il faut des résultats immédiats. Nous en avons fait l’expérience en ce début de saison avec l’avalanche de critiques qui s’est abattue sur notre équipe alors même qu’elle était encore en tête du classement ! Et malheureusement, ces critiques et ces exigences absurdes ont fini par affecter nos joueurs : il suffit de lire leurs déclarations pour condamner, à juste titre, la bêtise de certains commentaires ou articles. Et c’est là que nous reparlons de l’absence d’un vrai leader, un mec capable de taper du poing sur la table dans les vestiaires : « Jungs, foutez-vous de ces critiques, elles viennent d’ennemis du club qui n’ont rien compris au foot, ignorez-les ou utilisez-les pour jouer avec la rage et montrer à ces mécréants que nous valons bien mieux que cela. »

Inversez la spirale !

Malheureusement, c’est l’inverse qui se produit. Le contexte délétère et exagérément alarmiste créé par certains pèse manifestement sur nos Jungs. D’un bout à l’autre du terrain : d’un gardien solide comme un roc la saison passée et désormais fébrile et hésitant sur chaque sortie et balle au pied, à un buteur implacable il y a quelques mois, désormais en plein spleen et panne de réussite. L’équipe n’est pas libérée, elle joue la peur au ventre, elle a perdu sa spontanéité, on n’ose plus jouer à une touche de balle, il n’y a plus de prises de risque dans les dribbles, la crainte de mal faire a remplacé la joie de jouer. Résultat : alors que nous aurions dû surfer sur la dynamique positive d’un début de saison réussi, nous nous sommes laissé embarquer dans une spirale négative qui ne fait qu’accentuer les soucis tactiques susmentionnés. Or, en Bundesliga, le niveau est si homogène que tout est question de dynamiques, de celles qui peuvent permettre à une équipe limitée de jouer les premiers rôles ou au contraire tirer vers le bas une équipe outillée pour viser les sommets. Il est urgent d’inverser cette tendance, sinon cette saison va tourner au cauchemar. Surtout qu’il ne faut peut-être pas trop compter sur la Pokal pour sauver la saison. Car, alors que nous tentions en vain de trouver un train pour nous ramener à la maison dimanche soir, nous avons eu le bonheur d’apprendre que Stefan Effenberg nous avait réservé le pire des tirages possible avec un huitième de finale contre le Bayern dans le tombeau de l’Arroganz Arena. Je te l’ai dit : il y a des week-ends où rien ne va ! Seule consolation : seuls ceux qui ont traversé ce type de galère peuvent vraiment apprécier les grandes victoires. C’est dire si nous sommes impatients de savourer un succès contre le Bayern samedi pour définitivement tourner la page de ce week-end maudit en Basse-Saxe.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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