Thomas Tuchel n’a pas toujours été adepte du jeu de possession mou, ennuyeux et parfois inefficace qui a si souvent consterné le peuple jaune et noir depuis le début de la saison. Il fut un temps où notre entraîneur ne jurait que par le Gegenpressing, le combat, l’intensité, la verticalité et la projection immédiate vers l’avant. Alors quand le Borussia Dortmund de Jürgen Klopp rendait visite au FSV Mainz de Thomas Tuchel, il avait souvent l’impression de rencontrer son double. Avant, généralement, de l’assassiner. Comme Corto Maltese dans la Maison Dorée de Samarkand.

© Julien Mouquin / Génération WS

Cela devient un événement de plus en plus rare : je découvre une bière inconnue dans un stade allemand ! Pourtant, j’étais déjà venu dans la Coface Arena de Mainz mais un dimanche où je n’étais pas trop fringant pour une bière. La lacune est donc comblée en ce samedi de novembre 2012 mais la Kirner ne m’a pas laissé pas un souvenir impérissable. Quoique certaines bières allemandes méritent d’être bues en nombre pour être appréciées mais là je conduisais et je n’ai pas pu atteindre le seuil critique. En revanche, ce qui est sûr, c’est que la Feuerwurst de la Coface Arena est à recommander. Enfin, sauf si tu prévois d’embrasser une fille dans les heures qui suivent.

La Coface Arena est l’une de ces arènes d’environ 30’000 places assez impersonnelles qui ont poussé comme des champignons en Allemagne (Mainz, Augsburg, Aachen, Duisburg, Hoffenheim, Wolfsburg…), même si son imposant kop rouge lui donne une certaine allure. La principale originalité, c’est que l’entrée des blocs supporters adverses se fait à l’écart du stade que tu rejoins ensuite par un tunnel, cela permet aux autres spectateurs de pouvoir effectuer le tour de l’enceinte sans faire d’immenses détours pour contourner le camp retranché réservé aux fans adverses.

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Thomas Tuchel, l’héritier

(n.d.l.r : texte écrit en 2012…)

Cela ne durera pas mais, avant le coup d’envoi, l’ambiance est plutôt bon enfant. Le public mayencennois réserve une belle ovation au BVB, tout récent vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions (eh oui, on a fini premier du Groupe des Champions, peu importe ce qui se passera au printemps dans la ligue des pas champions). Ensuite, 34’000 écharpes se tendent pendant que les fans des deux camps entonnent de concert le You’ll Never Walk Alone, avant de réserver une bronca à l’intention du sélectionneur national Joachim Löw : le fiasco monumental d’Allemagne – Italie n’est pas encore digéré. Mais, sur le terrain, Mainz attend Dortmund de pied ferme. Le FSV reste sur quatre victoires de rang à domicile et est en train de s’établir solidement en Buli.

Fondé en 1905, le Karnevalsverein a végété dans les séries inférieures durant les 99 premières années de son existence. Avant d’atteindre l’élite pour la première fois en 2004 sous la houlette d’un ancien joueur du club peu connu, devenu entraîneur autodidacte et iconoclaste, un certain Jürgen Klopp. L’aventure durera trois saisons avant un retour en Zweite Liga en 2007 puis une nouvelle promotion en 2009. A l’époque, on ne donnait pas cher des chances de maintien du FSV après une préparation calamiteuse qui avait expédié la moitié du contingent à l’infirmerie et conduit au limogeage de l’entraineur de la promotion, le Danois Jørn Andersen. Mais cela a permis l’émergence d’un nouvel jeune entraîneur miracle sorti de nulle part, Thomas Tuchel, digne successeur de Jürgen Klopp, parti entretemps au BVB. Désormais, Mainz ne lutte plus contre la relégation, dispose d’un stade flambant neuf et est en train de gentiment monter dans la hiérarchie du foot allemand.

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La Maison dorée de Samarkand

Depuis quelques saisons, une certaine forme de terrorisme intellectuel veut nous imposer comme seule marque de « beau jeu » des matchs sans rythme et un redoublement de passes latérales alibi. En Ligue des Champions à Amsterdam, le Borussia Dortmund a démontré l’inanité de cette théorie en réussissant une démonstration flamboyante avec seulement 33% de possession du ballon et 267 passes réussies contre 665 à l’Ajax mais une victoire 4-1 au final. Rappelant au passage que, lorsqu’il a été inventé quelque part en Angleterre au 19e siècle, le football consistait en premier lieu à aller le plus vite possible en direction du goal adverse. Si le but du jeu avait été seulement d’accumuler les passes, pourquoi s’amuser à mettre des cages aux deux extrémités du terrain ? Il aurait simplement fallu donner un point toutes les dix passes réussies, comme cela se pratique parfois à l’entraînement (n.d.l.r bis : texte écrit en 2012…)

Le FSV Mainz joue comme Dortmund : la possession de balle ne l’intéresse pas. Son credo, c’est un pressing offensif infernal puis aller le plus vite possible vers l’avant une fois le ballon récupéré. Comme ils n’ont pas joué en Coupe d’Europe cette semaine, les Mayencennois sont plus frais et prennent d’emblée le BVB à la gorge, bloquant les relances dès l’origine. Cela va rapidement s’avérer payant sur un long ballon, un duel gagné, une remise d’Elkin Soto vers Marco Caligiuri qui arme une frappe somptueuse pleine lucarne. Comme je suis juste derrière le goal, j’ai pu apprécier ; enfin, je ne peux pas vraiment apprécier un but encaissé par le BVB mais disons que j’ai eu le temps de voir le ballon arriver pour décrocher la toile d’araignée pour un goal qui, dans sa conception, rappelle furieusement les deux réussites du Borussia à Bernabeu deux semaines plus tôt. Du coup, on se rappelle le délirant La Maison dorée de Samarkand d’Hugo Pratt et la sombre prédiction de Corto Maltese selon laquelle rencontrer son double (en l’occurrence le général nationaliste turc Timur Chevket) porte malheur.

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Le tournant du match

S’il a moins de fraîcheur, le BVB peut toujours compter sur ses individualités. Sur la première incursion dortmundoise dans le camp adverse, un centre insidieux de Marco Reus est effleuré par Robert Lewandowski pour rétablir la parité. Le match se dispute sur un rythme effréné, ça passe d’un but à l’autre sans transitions et les duels sont acharnés. Lewandowski d’un côté, Müller de l’autre sont tout proches de donner l’avantage à leur équipe. Le tournant du match intervient sans doute après la sortie sur blessure d’Ilkay Gündogan et un changement qui s’est éternisé. Durant les minutes de flottement jaunes et noires qui s’ensuivirent, l’Autrichien Andreas Ivanschitz a trois fois le 2-1 au bout du soulier mais ça finit une fois dans les bras de Weidenfeller, une fois au-dessus et une fois à côté. Mainz venait de laisser passer sa chance car Dortmund va prendre l’avantage juste avant la pause. Stratosphérique à Amsterdam, Mario Götze est beaucoup plus en difficulté en Rhénanie-Palatinat, parfaitement contrôlé qu’il est sur le flanc gauche par un énorme Zdenek Pospech. Alors Götzinho décide de repiquer dans l’axe afin d’offrir une merveille d’ouverture à Robert Lewandowski qui lobe superbement l’insupportable Christian Wetklo pour claquer son quatrième doublé en quatre matchs. Encore une fois le talent. Et l’occasion de nous rappeler que, dans la BD d’Hugo Pratt, Corto Maltese ne rencontre finalement jamais son double, assassiné par le joyeux Raspoutine. On sent beaucoup de frustration du côté des joueurs et supporters de Mainz qui mènent largement aux points à la pause mais se retrouvent en retard d’une unité au score.

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Tout en contrôle

Le scénario du match va un peu changer après la pause. C’est toujours aussi intense et acharné mais, comme on pouvait s’y attendre, Mainz ne parvient plus à exercer un pressing aussi infernal et Dortmund, fort de son avantage, contrôle beaucoup mieux. Et si elle est remarquable par sa générosité, son dynamisme et son organisation, cette formation mayencennoise est tout de même techniquement un peu fruste et se retrouve beaucoup plus en difficulté dès lors qu’il s’agit de poser une attaque face à une défense en place plutôt que s’engouffrer dans les brèches à 200 à l’heure après un ballon récupéré à 40 mètres du but adverse. Du coup, le BVB passe une deuxième mi-temps assez tranquille, il aurait pu s’éviter quelques frayeurs si Lewandowski et Subotic n’avaient pas manqué deux balles de break. Mais, en dehors d’un coup franc au-dessus de Risse et une long centre sur lequel le temps a semblé suspendre son cours mais où finalement la tête de Rukavytsya a fini dans les bras de Weidenfeller, Mainz n’a guère eu d’occasions d’égaliser.

Déplacement fructueux

Au décompte des occasions de but, le score est un peu flatteur pour le BVB mais c’est la qualité des individualités qui a fait la différence, surtout que le meilleur élément de Mainz, l’excellent Hongrois Adam Szalai, a été parfaitement mis sous l’éteignoir par le duo Hummels/Subotic. Le Karnevalsverein aura l’occasion de se consoler dès mardi avec son derby à Francfort contre l’Eintracht.

Un stade plein, une belle ambiance, un match plein et intense, un combat acharné, ce déplacement express (enfin, dix heures de route aller-retour tout de même) à Mayence aura été l’occasion de nous rappeler pourquoi la Bundesliga était de très loin le championnat le plus spectaculaire d’Europe. Enfin, pour couronner ce déplacement fructueux, en allumant la radio dans la voiture, j’apprends que cette victoire permet au BVB de s’emparer de la deuxième place et, surtout, de dépasser Schalke 04 au classement. Que demande le peuple ?

FSV Mainz 05 – Borussia Dortmund 1-2 (1-2).

Coface Arena, 34’000 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Kircher.

Buts : 4e Caligiuri (1-0), 11e Lewandowski (1-1), 43e Lewandowski (1-2).

Mainz : Wetklo ; Pospech, Svensson, Noveski, Zabavnik; Baumgartlinger, Soto; Müller (85e Klasnic), Ivanschitz (63e Rukavytsya), Caligiuri (46e Risse); Szalai. Entraîneur: Thomas Tuchel.

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer; Bender, Gündogan (34e Leitner); Blaszczykowski (73e Grosskreutz), Götze (83e Perisic), Reus; Lewandowski. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 45e + 1 Szalai, 62e Zabavnik, 75e Müller, 81e Svensson.

Notes: Mainz sans Bungert, Choupo-Moting ni Ede (blessés), Dortmund sans Kehl ni Owomoyela (blessés).

Classement (14 matchs) : 1. Bayern 34 2. BVB 25 3. Schalke 24 4. Francfort 24 5. Leverkusen 24 6. Freiburg 19 7. Brême 18 8. Hanovre 17 9. Mainz 17 10. Hambourg 17 11. Mönchengladbach 17 12. Stuttgart 16 13. Wolfsburg 15 14.Düsseldorf 14 15. Nürnberg 13 16. Hoffenheim 12 17. Fürth 8 18. Augsburg 7.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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