C’était attendu et redouté, nous en faisons l’amère expérience. Comme prévu, notre recrutement  un peu trop bling-bling de l’été ne nous permet pas d’être armés pour affronter les dures batailles de la Bundesliga. Les matchs de gala contre Bayern et Varsovie avaient un peu fait illusion, un Francfort limité, mais combatif et euphorique aura suffi à nous rappeler nos limites actuelles.

Une fois de plus, je quitte un stade en déplacement avec le BVB déçu. Déçu, mais cette fois pas forcément fâché, car, contrairement à ce qui s’était passé à Leipzig, Leverkusen ou Ingolstadt pendant 60 minutes, je n’étais pas courroucé par la passivité et l’indolence de nos Jungs : à Francfort ils se sont battus, mais ont simplement été rattrapés par les limites criardes d’une stratégie erronée. Et quelque part, c’est encore plus inquiétant que de s’incliner par manque d’envie…

Des nouveaux amis

Pourtant, la journée avait bien commencé. Je débarque trois heures avant le match dans le froid de la Hesse pour la tournée des Biergarten. Je retrouve mon pote Markus à qui je devais remettre des billets que j’avais en rab. En fait, c’est des billets que m’étais fait voler dans l’euphorie d’après-match contre le Bayern, mais un petit mail à l’Eintracht m’a permis de faire annuler les billets perdus et m’en faire remettre de nouveaux. Sachant que des billets volés ont des fortes chances de se retrouver peu après sur l’un ou l’autre site de revente sur internet, j’ai au passage une pensée émue pour les pauvres gars qui ont dû payer mes billets annulés 100€/pièces pour se faire refouler à l’entrée… Mais c’est bon signe que les clubs parviennent désormais à tracer électroniquement leurs billets, le combat contre les reventes illégales et les touristes avance. Mon ami Markus vient d’une petite ville située entre Dortmund et Francfort, il est venu avec des concitoyens fans de l’Eintracht. Les tournées s’enchaînent, les théories fusent, c’est aussi pour ces moments d’échange et de convivialité qu’on adore la Bundesliga. L’un de mes nouveaux potes, fan de l’Eintracht, m’explique que son père entraînait jadis une équipe de juniors qui avait un jour perdu 15-0 contre la meilleure équipe de sa région. L’adversaire était supérieur, m’explique mon pote, mais l’équipe de son père aurait dû marquer  2 ou 3 buts s’il n’y avait eu un gardien hors-norme dans le but adverse, un gamin de onze ans nommé Roman Weidenfeller. Notre gardien est ovationné par nos fans à chaque fois qu’il entre sur le terrain, immensément respecté par les supporters adverses, mais constamment décriés par certains « experts » derrière leur PC, va comprendre…

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La bataille annoncée

Après cet avant-match festif, les choses vont se gâter dès le coup d’envoi. Francfort, c’est un club qui a évité de justesse la relégation en mai dernier en barrage contre Nürnberg. Mais, depuis le début de la saison, SGE nage en pleine euphorie. Pourtant, l’effectif n’a guère changé, mais deux ou trois renforts, un entraîneur, Nico Kovac, qui a amorcé une nouvelle dynamique depuis le printemps dernier, l’euphorie du maintien, une réussite retrouvée ont transfiguré l’équipe. Le phénomène est connu : en Bundesliga, on est vite en haut (et vite en bas aussi) : on a vu par le passé Mönchengladbach, Hanovre ou Freiburg se qualifier pour une Coupe d’Europe une année après avoir échappé de justesse à la relégation. Francfort vit actuellement sur ce trend-là, une équipe limitée, mais qui surfe sur le succès retrouvé avec beaucoup d’enthousiasme, d’engagement et de solidarité. Soit typiquement le genre d’adversaire qui pose des problèmes insolubles à notre BVB cette saison. Notre première mi-temps n’est pas mauvaise. Mais pas bonne non plus. Dans l’ambiance toujours bouillante du Waldtstadion, nous assistons à la bataille attendue, c’est âpre, disputé, intense, les occasions ne sont pas légion et notre équipe n’arrive pas à faire valoir sa supériorité technique.

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Tellement prévisible

Il est vain de chercher des boucs émissaires ou des coupables à ces difficultés : elles étaient prévisibles et annoncées. Alors que tout le monde s’extasiait sur notre recrutement à 110M€ en août et parlait de titre, je mettais en garde dans mes présentations d’avant-saison : « En outre, le club s’est séparé de plusieurs figures historiques et les nouveaux venus évoluent presque tous dans le même registre, vifs, techniques, rapides, mais pas forcément des monstres physiques prêts pour les combats de la Bundesliga. L’an passé, ce manque d’équilibre nous a parfois coûté cher (Darmstadt, Köln, Liverpool…), lorsqu’il s’est agi d’aller au combat dans des fins de match furieuses et il n’est pas certain que notre mercato ait comblé ces manques. Or, tout le monde sait que le Bundesliga ne se gagne pas dans des matchs de gala au sommet de début de saison, mais bien dans la capacité à ne pas perdre de points dans des batailles de novembre ou février contre des mal-classés qui luttent sur chaque ballon dans des ambiances survoltées par la perspective d’accrocher le grand BVB et ses 110M€ de transferts. » Aujourd’hui, nous y sommes dans les batailles de novembre et, comme redouté, notre club n’a pas les moyens de les gagner, ces batailles. Ce n’est pas pour me vanter d’avoir eu raison, toute personne connaissant un peu la Bundesliga faisait le même constat, mais pour souligner que ces difficultés étaient attendues et qu’on ne les résoudra pas par un artifice tactique ou quelques changements dans le onze de base, mais qu’elles résultent d’erreurs de casting et d’une stratégie erronée.

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Tuchel en question

Depuis son arrivée, Thomas Tuchel a voulu rompre avec l’héritage de Jürgen Klopp. Pourtant, l’an passé, il a encore largement bénéficié des automatismes développés sous Kloppo, mais cette saison notre entraîneur a voulu poursuivre sa révolution et cela ne marche pas. Ce qui réussit en Espagne, dans un championnat beaucoup moins intense et moins homogène, n’est tout simplement pas transposable en Bundesliga, où le combat est beaucoup plus féroce, le rythme plus élevé, l’écart entre les clubs moins importants et les ambiances bien plus survoltées. Jupp Heynckes en avait fait le constat après le triple échec du Bayern de 2012 pour revenir à un jeu plus direct, copié « comme des Chinois » disait Klopp sur celui du BVB, pour obtenir le triplé de 2013. Même le dogmatique Guardiola a dû adapter ses préceptes de jeu et la non-reconduction de son contrat a signifié l’échec de ses méthodes. C’était donc pure folie de la part de Thomas Tuchel de vouloir fonder son jeu sur la possession de balle, la virtuosité technique et la vitesse. Cela marche contre un adversaire qui laisse des espaces ou lorsque nous pouvons rapidement ouvrir le score. Mais dès que nous tombons sur un adversaire bien en place et que la réussite ne nous permet de rapidement trouver la faille, nous sommes en difficulté et nous l’avons encore vu à Francfort.

Notre entraîneur semble s’être rendu compte de son erreur devant l’incompréhension des ses joueurs, le grogne et les banderoles hostiles des tribunes, le mécontentement des supporters : depuis le match retour contre Sporting, notre jeu est plus direct, mais notre effectif n’a pas été construit pour faire du Vollgas-Fußball basé sur le pressing et la récupération, notre jeu devient rapidement stérile quand nous tombons sur un adversaire bien en place et engagé comme l’Eintracht. Clairement, aujourd’hui, la question de l’entraîneur se pose et est posée dans de nombreux médias. Pour l’instant, Tuchel bénéficie encore du soutien d’Hans-Joachim Watzke, mais le fait que les discussions sur une éventuelle prolongation de contrat qui devait prochainement débuter soient repoussées est révélateur du malaise : il y a un doute sur notre entraîneur et si celui-ci n’est pas capable de trouver des solutions à nos problèmes actuels, notre avenir s’écrira sans lui.

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Seferovic le bourreau

Nos difficultés sont d’autant plus élevées que nous ne bénéficions pas de la sécurité défensive qui pourrait nous permettre de gagner de temps en temps un match 0-1 même en jouant mal. A Francfort, nos chances ont été plombées par deux erreurs de concentration. En encaissant un but dès le retour des vestiaires, puis juste après être enfin parvenus à égaliser laborieusement par Pierre-Emerick Aubameyang. Il ne s’agit pas de pointer l’erreur individuelle d’untel ou untel, mais bien de souligner notre manque de solidité collective et d’homogénéité qui ne nous permet plus de gommer les défaillances personnelles : chaque erreur se paie cash. On gagne ensemble, on perd ensemble et on reste unis dans la défaite, malheureusement cette maxime cardinale du BVB n’est pas comprise par beaucoup de nos nouveaux suiveurs…

En juin dernier, durant l’Euro, comme supporters de l’équipe de Suisse, nous avions raillé et nous étions lamentés du manque de réalisme de notre centre-avant Haris Seferovic. Et pourtant, c’est bien l’ancien champion du monde M-17, devenu le héros malheureux de tout le peuple helvétique en juin, qui a joué les bourreaux samedi au Waldtstadion en inscrivant le 2-1 à moins d’un quart d’heure de la fin. Le match était plié. Certes, contrairement à ce qui s’était passé à Leipzig ou Leverkusen, nous avons senti notre équipe animée par un esprit de révolte. Mais, une fois mené au score, notre Borussia n’a pas de plan B, pas de solution de jeu, pas d’impact physique pour imposer une pression susceptible de renverser la vapeur.

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Limiter les dégâts

Nous te faisons parfois le récit d’épopées glorieuses, de fêtes grandioses, de victoires magnifiques, mais malheureusement la vie de supporter du BVB ce n’est pas que ça. Je me réjouissais de ce déplacement à Francfort, il a fini par virer au cauchemar. La défaite, un mec qui se jette sur les voies entre Offenburg et Freiburg, 90 minutes de retard avec l’ICE, une correspondance ratée à Bâle et du coup une longue nuit d’attente dans les bars et la gare déserte de la cité rhénane. Avec des doutes et des questions pleins la tête. Glauque. Je ne regretterai jamais un déplacement, c’est ce genre de mésaventures qui permettent d’apprécier à leur juste valeur les succès futurs, mais parfois être supporter ça tient quand même un peu du sacerdoce, toujours plus difficile à assumer quand on peine à trouver la foi derrière notre équipe. Si l’on excepte le déplacement, dans le contexte actuel, sans aucune espèce d’importance à Madrid, il nous reste quatre matchs avant Noël, Mönchengladbach, Köln, Hoffenheim et Augsburg. Quatre combats où l’on va encore laisser des plumes si nous continuons sur cette voie. Maintenant, il serait vain de continuer à vouloir imposer un système de jeu trop ambitieux et cérébral par rapport aux possibilités de notre équipe actuelle. Il faut cesser les expérimentations malheureuses, en revenir aux fondamentaux, soit ce bon vieux 4-2-3-1 qui a fait notre succès, avec un Doppelsechs et un vrai 6 (Bender ou Rode) pour gagner la bataille du milieu de terrain et sécuriser notre défense. C’est à ce prix-là que nous pourrons limiter les dégâts avant la trêve et éviter de démarrer le deuxième tour largué en milieu de classement.

Julien Mouquin

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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