A Varsovie, le Borussia Dortmund va faire son retour en Ligue des Champions après une année d’absence. Notre dernière période d’abstinence du grand cirque commercial de l’UEFA avait duré bien longtemps, huit ans, entre une victoire inutile à Milan en phase de groupe puis une élimination en tour préliminaire contre Brugge en 2003. C’est contre Arsenal que nous avions fêté ce grand retour dans un match qui avait surtout valu pour son tifo et la volée d’Ivan Perisic.

Quelle logique ?

A Dortmund, en championnat, l’affluence tourne toujours autour de 80’000 fans, quels que soient l’horaire, le classement, l’enjeu, la météo ou l’adversaire. Mais lorsque le Borussia fait son retour en Ligue des Champions pour un match attendu par tout le peuple jaune et noir, la capacité du stade est limitée à 65’590 spectateurs. Ce qui implique que des fans qui sont là tous les week-ends contre Kaiserslautern, Nuremberg ou Mainz doivent renoncer au match de C1, faute de places en suffisance. C’est l’occasion du coup de gueule du jour contre les règles de la FIFA et l’UEFA interdisant les places debout et l’alcool dans les matchs qu’elles organisent. Ces règles, instituées dans la précipitation après les drames du Heysel et de Sheffield sont aujourd’hui complètement obsolètes et leur révision devrait être envisagée.

En Allemagne, la quasi-totalité des stades de la génération Heysel/Hillsborough ont disparu et sont remplacés par des enceintes neuves ou rénovées, conçues pour garantir des places debout en toute sécurité. Et qui accueillent d’ailleurs sans le moindre problème tous les week-ends des matchs avec alcool et places debout. Il faudrait donc peut-être songer à permettre au moins aux pays qui ont développés leurs infrastructures être soumis à des règles d’un autre âge. Parce qu’il faudra quand même m’expliquer où est la logique d’installer des sièges pour un seul match dans une tribune où l’on sait pertinemment que tous les supporters vont rester debout et de vendre des shots de Jägermeister quinze mètres avant l’entrée du stade mais plus une seule bière une fois franchie l’entrée…

Ceci dit, malgré la capacité réduite et l’absence de bière dans des buvettes complètement désertées, l’ambiance est fantastique dans le Westfalenstadion (enfin, sauf dans les supporters anglais, de véritables fantômes que l’on n’a jamais entendu). Nicosie, Naples, Zagreb, Dortmund, c’est sans doute dans ces clubs qui découvrent ou redécouvrent la Ligue des Champions que tu pourras observer une véritable ferveur pour cette compétition, bien plus que dans des pseudos chocs au sommet vus et revus dont le seul intérêt est de permettre de faire ingurgiter le maximum de publicités au Footix avachi dans son canapé.

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Arsène, ce fin tacticien

Arsenal débarque dans la Ruhr avec un grand avantage : suspendu pour avoir osé critiquer les avantages indus du FC UEFA la saison précédente, Arsène Wenger n’est pas sur le banc pour transmettre sa fébrilité à ses joueurs. Heureusement, l’Alsacien a eu l’occasion de préparer la tactique du match, les Gunners débarquent au Westfalenstadion la fleur au fusil dans une sorte de 4-2-3-1 mixé à un 4-3-3 avec beaucoup de flou dans l’occupation des couloirs et en jouant très haut dans le terrain. Soit ce que n’importe quel entraîneur doté de la moindre compétence tactique te dira de ne surtout pas faire contre Dortmund, surtout avec une charnière centrale Mertesacker – Koscielny.

Certes, la première occasion est londonienne, galvaudée par Gervinho, digne successeur Chamakh. Mais ensuite, le BVB se régale des pertes de balles d’Arsenal et des espaces béants laissés dans le dos de la défense. Las, le Borussia galvaude trois immenses occasions, Grosskreutz seul au deuxième poteau enlève trop sa frappe, Kagawa préfère tirer au dessus plutôt que partir seul au goal et Lewandowski élimine le gardien Szczesny mais voit son essai sauvé sur la ligne par Sagna. Si le BVB avait eu la même confiance et réussite qu’il y a douze mois, le match eût sans doute été plié après un quart d’heure. Vivement le retour de Lucas Barrios…

Pat Rice, l’adjoint de Wenger, qui officiait sur le banc, va alors décider de serrer les boulons. Arsenal va jouer beaucoup plus bas et poser le pied sur le ballon pour éviter de le perdre trop vite ; du coup, le match s’équilibre et les occasions se font plus rares. Arsenal va être conforté dans sa tactique défensive par l’ouverture du score sur un immense cadeau dortmundois : Sebastian Kehl n’assure pas une passe anodine, Robin van Persie récupère et s’en va seul battre Weidenfeller après un relais avec Walcott. Le coup de poker de Jürgen Klopp consistant à titulariser son capitaine Kehl, qui n’avait presque pas joué depuis trois saisons, pour mettre un peu d’expérience dans cette jeune équipe du BVB, n’a donc pas fonctionné. Mais avoue que c’est quand même peu banal de se retrouver mené au score contre Arsenal par manque d’expérience.

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Le bunker

On se disait qu’en jouant l’une des équipes au plus gros budget d’Europe, on aurait droit à quelque chose de différent qu’en Bundesliga. Que nenni, comme souvent en championnat, on retrouve un BVB qui joue un peu la tête dans le sac contre un adversaire recroquevillé en défense et incapable d’aligner trois passes de suite. On se croit revenu trois jours plus tôt contre le Hertha. Enfin, sauf que les Berlinois, eux, étaient au moins dangereux sur contre, ce qui n’est pas même le cas d’Arsenal (sauf sur une rupture vendangée par l’imposture Gervinho). Et défendaient régulièrement, ce qui n’est là non plus pas le cas des Gunners, qui multiplient les actes d’antijeu et les simulations, avec l’aimable complicité d’un arbitre italien complètement dépassé. On comprend mieux pourquoi Arsenal a proposé, en vain, 40 millions d’euros pour acquérir Mario Götze car on ne voit pas de joueur au talent équivalent dans l’effectif londonien. Malheureusement, le BVB ne parvient pas à trouver son joyau dans de bonnes conditions, avec un jeu qui penche vers la gauche où sévit un Kevin Grosskreutz complètement hors du sujet.

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Le chef d’œuvre de Perisic

Malgré sa domination, le BVB n’est guère dangereux, multipliant les pertes de balle et les mauvais choix, à l’image de Schmelzer qui préfère allumer la Südtribüne plutôt que servir Kagawa seul à six mètres du but. La seule vraie occasion intervient sur corner mais Szczesny bloque miraculeusement la reprise à bout portant de Subotic. On commençait à penser que le BVB n’y arriverait pas lorsqu’est survenu le chef d’œuvre de la soirée. Sur un renvoi de la défense londonienne, Ivan Perisic arme une volée somptueuse, en reculant et avec un équilibre parfait, qui part en pleine lucarne. Le transfert le plus onéreux du BVB des saisons précédentes (5,5 millions d’euros) ne pouvait rêver meilleur moment pour inscrire son premier but en jaune et noir. Et nul doute que le Croate fêtera bientôt sa première titularisation en Bundesliga. Quant à nous, c’est bien la première fois que l’on est arrosé au Fanta après un but du BVB au Westfalenstadion.

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Que de regrets

Le stade est en ébullition, les Gunners sont plus Baby que jamais et complètement paniqués (un comble contre un adversaire plus jeune qu’eux). On regrette que ce but ne soit pas intervenu quelques minutes plus tôt, je suis persuadé que le BVB aurait passé l’épaule. Robert Lewandowski aura tout de même le temps de se procurer deux balles de match dans les arrêts de jeu, un tir bloqué par Szczesny et un contrôle trop long qui a permis au gardien polonais de s’interposer.

Au final, si l’on peut se réjouir d’une parité arrachée sur le fil grâce à un but improbable, les regrets sont prédominants. En égard aux occasions galvaudées en début et en fin de match, ainsi qu’au but offert à Arsenal. Ceci dit, le Westfalenstadion a vibré et, huit ans après une victoire à San Siro contre l’AC Milan en mars 2003 qui constituait sa dernière apparition dans la compétition, le BVB n’a pas raté son retour en Ligue des Champions.

Borussia Dortmund – Arsenal 1-1 (0-1).

Westfalenstadion, 65’590 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Rocchi.

Buts : 42e van Persie (0-1), 88e Perisic (1-1).

Dortmund : Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer; Bender, Kehl (69e Blaszczykowski); Götze, Kagawa (85e Zidan), Grosskreutz (69e Perisic); Lewandowski.

Arsenal: Szczesny; Sagna, Mertesacker, Koscielny, Gibbs; Song, Arteta; Walcott (76e Frimpong), Benayoun, Gervinho (86e Santos); van Persie (86e Chamakh).

Cartons jaunes: 75e Sagna, 76e Schmelzer, 94e Bender.

Notes: Dortmund sans Koch, Bakalorz ni Barrios (blessés), Arsenal sans Rosicky, Wilshere, Diaby ni Ramsey (blessés).

Nous avons attendu beaucoup moins longtemps pour retrouver la Königsklasse qu’avant ce match contre Arsenal mais c’est néanmoins avec beaucoup d’enthousiasme que nous allons entreprendre le déplacement de Varsovie où l’ambiance s’annonce bouillante. Comme d’habitude, jette un coup d’œil sur notre page FB, on essaiera de te faire partager quelques instantanés de l’ambiance sur place.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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