A l’automne 2010, le BVB a aligné une série de sept victoires, un nul et à nouveau sept victoires. Et pourtant, c’est peut-être bien le match nul contre Hoffenheim au milieu qui reste dans les mémoires, même s’il nous avait fait perdre la tête du classement que nous venions de retrouver après 3087 jours d’attente. Mais il y avait eu ce coup franc improbable d’Antonio da Silva qui avait permis au BVB de sauver un point au bout du suspense.

Le 4 mai 2002, le Brésilien Ewerthon inscrivait, à un quart d’heure de la fin de la saison de Bundesliga, le but qui permettait au Borussia Dortmund de battre le Werder Brême et de remporter son sixième titre national au détriment du vice-champion d’Europe de l’époque, Leverkusen. Il faudra attendre 3087 jours (2624 si l’on tient compte d’une prise de pouvoir de quelques heures en attendant un match décalé en août 2003) pour retrouver le BVB en tête de la Bundesliga.

Le record du BVB

Malgré un match d’Europa League joué trois jours plus tôt, c’est Dortmund qui rentrer le mieux dans la partie contre Hoffenheim pour étrenner sa place de leader. L’entraîneur Jürgen Klopp avait sans doute capitalisé sur la rage légitime qui animait ses joueurs après le hold-up dont ils avaient été victimes contre le PSG (égalisation parisienne validée malgré un hors-jeu quelques instants après un penalty flagrant oublié pour le BVB). Mais cette bonne entame sera anéantie par l’accident de la 9e minute, un mauvais alignement de la défense qui permet à Luiz Gustavo de s’échapper sur la gauche et de servir un caviar à Demba Ba qui n’a plus qu’à marquer dans le but vide. C’est du délire parmi les innombrables supporters d’Hoffenheim. Non, je rigole, ils étaient tellement peu nombreux que les places du secteur visiteur avaient été revendue à des supporters jaunes et noirs et les fans d’Hoffenheim parqués dans un coin sous le toit où ils sont passés complètement inaperçus. Normal, les seules fois où ils se font remarquer, c’est lorsqu’ils huent leur propre équipe dès que celle-ci est menée au score à domicile. Là, elle a toujours fait la course en tête… L’insignifiance des supporters en bleu aura au moins permis au BVB de battre un record historique : en 733 matchs de Bundesliga, jamais Dortmund n’avait pu compter sur autant de ses propres supporters dans son stade !

Le sketch

La réaction dortmundoise ne s’est pas fait attendre, sous la forme d’un penalty logique pour une main de Vorsah. Nuri Sahin transforme sans coup férir, sauf que l’arbitre M. Stark fait retirer. Sur le moment, on ne comprend pas. Après avoir revu les images, on n’a toujours pas compris, il semblerait que Lucas Barrios avait un quart d’orteil sur la ligne des seize mètres au moment du tir. Pour sa deuxième tentative, Nuri Sahin décide de changer de côté mais cette fois le gardien Tom Starke, trente bons centimètres devant sa ligne au moment du shoot s’interpose, alors que son coéquipier Salihovic avait lui un pied dans la surface. Il y avait donc mille fois plus de raisons de faire retirer le deuxième penalty que le premier mais M. Stark en a décidé autrement. Je te laisse imaginer l’excitation dans les travées du Westfalenstadion.

Emprunté

Le BVB peinera à se remettre de ce coup du sort contre un adversaire conforté dans son plan de jeu, défendre et casser, par son ouverture du score précoce. On sent le Borussia un peu emprunté, sans doute fatigué, à l’image d’un Kagawa, paru un peu émoussé après un début de saison éblouissant, ou d’un Grosskreutz, passé complètement à côté de son match. Depuis le début de la saison, à part pour l’une ou l’autre blessure, le onze de base ne varie pas, alors que les matchs s’enchaînent à un rythme infernal. Or, le jeu du BVB est basé sur un intense pressing offensif, une capacité à propulser rapidement cinq ou six joueurs en phase offensive et beaucoup de mouvements. En revanche, dans un schéma attaque-défense figé contre un adversaire recroquevillé en défense et qui multiplie les fautes d’antijeu et les simulations, marques de fabrique d’Hoppenheim, certaines limites techniques apparaissent et Dortmund est moins à l’aise.

No comment

Le BVB aurait pu égaliser juste après la pause mais Grosskreutz, en position idéale, ne trouve pas le cadre, avant de voir son coup de tête bien sorti par Starke quelques minutes plus tard. Et puis, M. Stark, qui avait déjà pourri le derby contre Schalke l’an dernier, continue son show en sanctionnant d’un hors-jeu une faute sur Subotic qui avait le poids d’un penalty et en donnant un dégagement en six mètres après un tir croisé de Barrios magnifiquement détourné en corner par Starke, le meilleur des Kraichgauer dimanche.

Appelé à commenter la performance de l’arbitre, l’entraîneur dortmundois Jürgen Klopp préférera en rigoler et s’abstenir « pour éviter une suspension à vie ». Son homologue d’Hoffenheim Ralf Rangnick geindra lui aussi sur l’arbitrage mais bon, même s’il avait été entraîneur de la Juve durant les années Moggi ou de l’Espagne pendant la Coupe du Monde 2010, l’Arsène Wenger de la Bundesliga aurait quand même trouvé moyen de se plaindre de l’arbitrage.

Le record d’Hoffenheim

Toujours est-il que la pression dortmundoise se fait plus brouillonne et intermittente, les joueurs ont un peu la tête dans le sac et les frappes sont le plus souvent contrées ou mal cadrées, les centres imprécis. Hoffenheim est même tout près du 0-2 sur un tir de Vukcevic mal négocié par Weidenfeller qui flirte avec la latte. On était en train de se dire que le BVB n’y arriverait pas mais Ralf Rangnick aurait dû savoir qu’un changement dans les arrêts de jeu prolongeait lesdits arrêts de jeu. Et alors que les deux minutes de prolongation initialement prévues arrivaient à leur terme, la trente et unième (!) et dernière faute, pas la plus évidente, d’Hoffenheim (record de la saison en Bundesliga – on a les records qu’on mérite, Dortmund n’a commis que 8 fautes), sera celle de trop. Guère en réussite, Nuri Sahin, habituel préposé aux balles arrêtées du BVB, décide de laisser tirer ce coup franc de la dernière chance à Antonio Da Silva.

L’incroyable destin d’Antonio Da Silva

Antonio Da Silva, c’est, je crois, une histoire qui mérite d’être contée. Le Brésilien s’était révélé en Europe avec Mainz, alors entraîné par Jürgen Klopp. Il était ensuite parti à Stuttgart où il fêtera un titre de champion mais sans parvenir à s’imposer comme titulaire à part entière. Il ne réussira pas à rebondir à Karlsruhe avec lequel il sera relégué. Pour alléger sa masse salariale après la chute, le KSC prêtera son Brésilien au FC Bâle où, malgré un doublé Coupe-Championnat, il ne convaincra pas les dirigeants bâlois de prolonger l’expérience. Du coup, il s’est retrouvé sans club cet été, avec, à 32 ans, des perspectives d’avenir plutôt bouchées. Charitable, Jürgen Klopp a permis à son ancien protégé de s’entraîner avec Dortmund pour garder la forme et de jouer quelques matchs amicaux pour se mettre en valeur.

Quelques prestations honorables convaincront finalement les dirigeants dortmundois de proposer un contrat au Brésilien afin d’amener à bon marché un peu d’expérience dans un effectif qui en manque cruellement et de faire quelques apparitions comme joker. Ce rôle de joker, il l’a parfaitement tenu dimanche en expédiant son coup franc en pleine lucarne pour une égalisation inespérée. Pour un joueur au chômage il y a peu et jugé pas assez bon pour aller batailler au Lachen, au Communale, à Tourbillon ou autres enceintes délabrées suisses de sous-préfectures oubliées des dieux, se retrouver rappelé par les meilleurs fans du monde(™ BVB) et faire la ola seul face au plus grand virage places debout d’Europe, ça doit avoir une certaine saveur. Retour en Suisse par la route le soir même oblige, on a tenté l’expérience d’un match au Westfalenstadion sans bière (on y a survécu !), sinon je serai sans doute rentré avec un maillot floqué da Silva.

Spitzenspiel dimanche

Les joueurs d’Hoffenheim se montreront bien mauvais perdants (façon de parler, il y a eu match nul), Salihovic sera expulsé après le coup de sifflet final mais ça nous a échappé, on était encore en train de célébrer cette égalisation comme un titre de champion du monde. Avant le match, on n’aurait pas signé pour un nul mais, vu les circonstances, on s’en contentera. Et on est bien contents qu’Hoffenheim ne soit pas reparti avec une victoire qu’il ne méritait absolument pas. D’ailleurs, l’imposture Hoppenheim ne mérite jamais rien, surtout pas d’être en Bundesliga, on se réjouit que le mécène Dietmar Hopp se lasse de son jouet et que celui-ci retourne dans l’anonymat des ligues régionales qu’il n’aurait jamais dû quitter. Au final, le bilan du week-end n’est pas si mauvais que cela, la deuxième garniture du BVB a battu son homologue de Schalke 04 et la plupart des ténors de la ligue ont également perdu des plumes. Certes, il y a l’abandon de la première place du classement au profit de Mainz mais dimanche prochain se profile un certain Mainz – Dortmund, les joueurs dortmundois savent ce qu’il leur reste à faire pour récupérer leur bien. Si possible sans attendre 3087 jours…

Borussia Dortmund – TSG Hoffenheim 1899 1-1 (0-1).

Signal Iduna Park, 80’720 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Stark (égal à lui-même).

Buts : 9e Ba (0-1), 93e da Silva (1-1).

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer; Bender (46e Götze), Sahin; Blaszczykowski (74e da Silva), Kagawa, Grosskreutz (59e Lewandowski); Barrios. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Hoffenheim: Starke; Beck, Vorsah, Compper, Luiz Gustavo; Vukcevic, Weis (91e Obasi) Rudy, Salihovic; Mlapa (46e Sigurdsson), Ba. Entraîneur: Ralf Rangnick.

Cartons jaunes: 14e Beck, 32e Luiz Gustavo, 37e Salihovic, 74e Subotic, 82e Vukcevic

Carton rouge : 94e Salihovic (2e avertissement).

Notes: Dortmund sans Kehl, Hajnal, Kringe, Owomoyela, Zidan (blessés), Hoffenheim privé de Simunic et Ibertsberger (blessés).

Classement (9 matchs) : 1. Mainz 24 2. BVB 22 3. Hanovre 16 4. Hoffenheim 15 5. Leverkusen 15 6. Hambourg 15 7. Freiburg 15 8. Werder 14 9. Francfort 13 10. St. Pauli 13 11. Bayern 12 12. Nürnberg 12 13. Wolfsburg 10 14. Stuttgart 7 15. Kaiserslautern 7 16. Schalke 6 17. Mönchengladbach 6 18. Köln 5.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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