Le BVB devait jouer à Paderborn en ce week-end pascal. Le seul Paderborn – BVB disputé jusque-là dans l’histoire de la Bundesliga reste comme un très mauvais souvenir ! Cauchemardesque : il n’y a pas d’autre terme pour décrire la deuxième mi-temps vécue par tous les Borussen samedi dans le très provincial stade du SC Paderborn, entre la blessure de Reus, l’égalisation du modeste néo-promu, le but valable refusé à Grosskreutz et l’arbitrage égal à lui-même de notre vieux copain Stark. C’est d’autant plus rageant qu’après 45 minutes, le BVB semblait parti pour un succès assez tranquille mais a remis son adversaire dans le match par suffisance et manque de concentration.

Dans une saison de Bundesliga, la découverte d’un stade que je ne connais pas constitue un événement plutôt rare. C’était donc une première historique en ce samedi ensoleillé à Paderborn. Bien que située à une petite centaine de kilomètres seulement à l’est de Dortmund, la ville de Paderborn n’évoquait guère le football jusque-là pour les fans Borussen. Mais bien davantage le minuscule aéroport de Paderborn-Lippstadt, souvent utilisé, pour des questions d’horaire et de disponibilités, comme point de départ des charters des joueurs ou fans du BVB avant quelques épopées européennes. L’Est-Westphalie constitue d’ailleurs un terrain conquis pour notre Borussia : le train régional qui nous emmène vers Paderborn traverse des localités dont le nom nous est familier car abritant des fan’s clubs célèbres de notre Borussia : Geseke, Soest ou Lippstadt, vous avez déjà tous vu leurs banderoles dans les Fanblock dortmundois (j’arbore d’ailleurs pour l’occasion une écharpe des Optimismus de Lippstadt qui m’avait été offerte après un déplacement héroïque à Dontesk). Cette ville de Paderborn est vraiment perdue au milieu des champs, ou de nulle part si tu préfères. Et le stade, on n’en parle même pas: le bus qui relie la gare et le stade slalome entre bosquets, fermes et prés où paissent vaches et chevaux, un décor assez inhabituel pour accueillir la ligue plus populaire du monde.

En fait, Paderborn n’est tellement pas une ville de football qu’en Zweite Liga le club disposait d’une dérogation le dispensant de jouer des matchs en soirée pour ne pas violer un règlement communal visant à protéger la quiétude de la population ! Un autre monde. Et pourtant, après avoir longtemps oscillé entre 3. et 2. Liga, le SC Paderborn a obtenu la première accession de son histoire en Bundesliga en mai dernier. Sans grands moyens, rien à voir avec des comètes artificielles style Wolfsburg, Hoffenheim, Leipzig ou Ingolstadt, mais grâce à plusieurs entraîneurs peu connus mais compétents (André Schubert d’abord, Roger Schmidt ensuite et désormais André Breitenreiter) et un recrutement malin consistant à récupérer à moindre coût des joueurs en quête de rachat après avoir échoué ailleurs. On retrouve d’ailleurs dans l’effectif du néo-promu quelques vieilles connaissances, passées par notre BVB (Kruse, Hünemeier, Vrancic, Bakalorz, Saglik) mais sans avoir pu s’imposer en première équipe. Il y’a donc quelque chose d’un peu humiliant à nous retrouver au classement derrière un club qui aligne nos ex-réservistes et évolue dans un stade aussi microscopique : je n’avais jamais vu Dortmund jouer un match de Buli devant aussi peu de spectateurs (15’000).

Maîtrisé

C’est donc avec la ferme intention de remettre quelques pendules à l’heure que l’on a débarqué en Est-Westphalie. On savait que contre cet adversaire limité mais difficile à manier, il fallait ouvrir rapidement le score. Ce fut chose faite sur un centre d’Erik Durm repris par la tête de Pierre-Emerick Aubameyang. L’entame idéale pour une première mi-temps sérieuse et maîtrisée ; ce n’était pas aussi bon que contre Mönchengladbach mais cette fois-ci le réalisme était au rendez-vous et on n’a pas eu besoin d’un cadeau adverse pour marquer puisque Marco Reus double la mise sur une ouverture d’Aubameyang, clairement nos deux meilleurs atouts offensifs depuis le début de la saison. On a donc atteint la mi-temps avec le sentiment du devoir accompli et l’impression qu’il ne pouvait pas nous arriver grand-chose. De toute la première mi-temps, nous n’avions connu qu’une seule alerte, magistralement annihilée par Roman Weidenfeller après une passe hasardeuse de Reus et on ne voyait pas trop comment cette équipe de Paderborn pourrait inverser la tendance. Grave erreur.

Le cauchemar

Car la deuxième période va virer au cauchemar. Cela commence par un corner… pour nous. On se fait des politesses pour tirer à 18 mètres, la balle est perdue, le contre fuse, Ginter est en retard et Lukas Rupp, l’ex-réserviste de Gladbach, réduit le score. Galvanisé par la perspective d’un exploit contre son grand voisin, Paderborn monte encore d’un ton dans l’engagement, jusqu’à l’excès et c’est le malheureux Marco Reus qui en fait les frais sur une vilaine faute d’un de nos ex-, Marvin Bakalorz. Vu du Gästeblock, cela ne semblait pas si violent mais, après avoir visionné les reflets TV, ça valait clairement l’expulsion. Las, c’était Wolfgang Stark au sifflet : il faisait son retour pour un match du BVB après avoir été interdit d’arbitrer le club suite à une expulsion ubuesque contre Marcel Schmelzer lors d’un match contre Wolfsburg.

Mais je ne vais pas m’appesantir sur le sujet sinon je risque de devenir vraiment méchant. C’est juste hallucinant le nombre de points que ce Bavarois incompétent nous a volé depuis cinq ou six ans sur des décisions erronées, Lutz Wagner avait été poussé vers la retraite pour beaucoup moins que cela après son arbitrage controversé du Derby 2008. Mais manifestement les erreurs de M. Stark doivent arranger certaines personnes en haut lieu et on n’est pas les seuls à en être victimes, demande aux Croates ce qu’ils pensent de son arbitrage d’Espagne – Croatie à l’Euro 2012. Notre arbitre préféré et ses acolytes finiront de nous achever en refusant un but parfaitement valable à Kevin Grosskreutz.

Très honnêtement, je ne me souviens pas du passage de Mahir Saglik sous nos couleurs mais, quand je l’ai vu entrer, j’ai eu un très mauvais pressentiment. Et cette impression funeste s’est renforcée quelques instants plus tard quand le SCP a obtenu son premier corner : l’écran géant (enfin, on s’entend, rien n’est géant dans ce stade…) affiche 1-6 au corner score. Six corners pour nous, aucun danger et même un but encaissé en contre : il devait être écrit que le néo-promu, lui, n’aurait besoin que d’une seule tentative pour marquer. Et ça n’a pas raté : le joker Saglik devance tout le monde pour égaliser de la tête, le piège s’était refermé sur nous et ce n’est pas notre pression désordonnée de fin de match qui allait y changer quelque chose. Les fans de Paderborn pouvaient fêter ce match nul comme un titre de champion du monde, probablement l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire de leur club. On n’en dira pas autant pour nous…

Fâché

Dans le Schuttlebus qui nous ramène à la gare, il y a de la consternation mais aussi de la colère dans les réactions des supporters. De la colère contre l’arbitrage bien sûr mais aussi contre nos joueurs. Jusque-là, dans cette saison maudite, on a connu beaucoup de problèmes tactiques, physiques, techniques ou psychologiques mais jamais on n’avait pu reprocher quoi que ce soit aux Jungs dans l’engagement. Jusqu’à samedi. Car à Paderborn, on n’est pas revenu sur le terrain en 2e mi-temps avec le bon esprit. Nos Pöhler ont fait preuve d’une certaine suffisance, comme si le match était plié. Résultat : moins de présence au duel, un manque de conviction pour jouer les coups offensifs et une concentration parfois défaillante.

C’est vraiment ballot car on avait fait le plus dur avec ces deux buts d’avance : Paderborn, tout courageux et déterminé qu’il fut, n’avait pas les armes pour prendre le jeu à son compte, il ne nous a d’ailleurs jamais mis sous pression. Il aurait suffit de rester rigoureux et concentré pour récolter ces trois points si précieux, on n’a pas su le faire. Et pourtant, dans notre pénible situation actuelle, on n’a pas le droit d’aborder une mi-temps en jouant à 90%. C’est d’autant plus rageant que c’était l’ouverture du Weinhachtsmarkt à Dortmund où nous nous rendons après le match, guère attirés par les charmes (?) de Paderborn by night.

L’officieux plus grand sapin de Noël du monde qui trône fièrement sur la Hansaplatz n’était pas encore illuminé mais le Glühwein coulait déjà à flot. J’adore ces ambiances de Weinhachtsmarkt avec ces rues noires et jaunes de monde, surtout quand il y a une victoire à fêter ; l’an passé, on avait été frustrés car les trois matchs disputés par le BVB à domicile pendant le Marché de Noël s’étaient soldés par autant de défaites, on espérait se rattraper samedi : c’est encore raté. Mon bar de supporters préféré lui s’est adapté à notre situation et affiche au mur un portait de Jürgen Klopp avec le message « tu nous a conduis au succès, maintenant nous te soutiendrons à travers la crise ». Une belle profession de foi dont on aura bien besoin à l’aube d’un déplacement compliqué (on fait abstraction du match sans enjeu dans le tombeau sinistre d’Ashburton Grove) à Francfort, dans l’un des stades les plus bouillants de Bundesliga et contre un adversaire galvanisé par son récent succès à Mönchengladbach. Cette fois-ci, il faudra être prêts au combat et pas seulement sur les 45 premières minutes.

SC Paderborn 07 – Borussia Dortmund 2-2 (0-2).

Benteler-Arena, 15’000 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Stark.

Buts : 12e Aubameyang (0-1), 45e Reus (0-2), 60e Rupp (1-2), 81e Saglik (2-2).

Paderborn: Kruse; Rafa Lopez, Strohdiek, Hünemeier (35e Heinloth), Hartherz (80e Saglik); Rupp, Ouali (46e Kachunga), Bakalorz, Vrancic, Stoppelkamp; Koc. Entraîneur: André Breitenreiter.

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Ginter, Durm; Gündogan, Kehl; Mkhitaryan (87e Ramos), Kagawa (58e Großkreutz), Reus (67e Jojic); Aubameyang. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 64e Bakalorz, 76e Hartherz, 84e Aubameyang, 85e Saglik.

Classement (12 matchs) : 1. Bayern 30 2. Wolfsburg 23 3. Mönchengladbach 20 4. Leverkusen 20 5. Hannover 19 6. Augsburg 18 7. Schalke 17 8. Hoffenheim 17 9. Mainz 16 10. Paderborn 16 11. Köln 15 12. Francfort 15 13. Hertha 14 14. Freiburg 12 15. Hambourg 12 16. BVB 11 17. Brême 10 18. Stuttgart 10.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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