Marco Reus s’exprime peu dans les médias mais, quand il le fait, c’est en vrai capitaine. Marco s’est exprimé dans SPORTBILD mercredi dernier sur l’actualité, son retour au jeu, ses objectifs, la bêtise de certaines critiques, l’importance de soutenir son club dans les bons comme les mauvais moments, sa fidélité au BVB, son refus d’aller au Bayern et son rêve ultime.

SPORTBILD : Monsieur Reus, le BVB est passé dans le deuxième tour de la 4ème à la 2ème place du classement. Souhaiteriez-vous signer pour l’arrêt de la saison avec le classement actuel ?

Marco Reus : Non, pour une raison simple : nous voulons toujours aller chercher le titre et je crois encore que nous pouvons devenir champions. Nous sommes quatre points derrière le Bayern Munich et il reste encore neuf matchs. Tout est encore possible. J’espère que nous pourrons jouer la fin de saison et vivre une lutte pour le titre passionnante. Mais avec cette fois une meilleure issue pour nous.

« Nous devons briser la domination du Bayern »

Qu’est-ce qui vous énerve le plus : le titre manqué la saison passée ou les points bêtement perdus cette saison au premier tour ?

Le souvenir de la saison passée fait toujours mal. Je me mords encore les doigts sur la chance que nous avons manquée alors. Mais notre attention est maintenant complètement focalisée sur ce que nous pouvons atteindre. Et on doit être honnête : en raison de prestations très faibles, comme le 3-3 contre Paderborn, il nous a manqué cinq, six points lors de l’Hinrunde. Au Rückrunde, nous avons jusque-là vraiment bien joué, cela nous donne du courage. Nous devons briser la domination du Bayern.

Samedi passé le BVB aurait dû jouer contre le Bayern. Etes-vous personnellement heureux que le match aie dû être renvoyé. En raison de votre blessure aux adducteurs, vous n’auriez pas été là…  

Je suis très loin de retirer du positif d’une situation qui a coûté autant de vies humaines. Sur tout ce qu’il s’est passé dans le monde je suis tout sauf heureux ! Que je puisse récupérer de ma blessure sans pression de temps doit être placé sur un tout autre plan.

Avez-vous retardé votre planning de retour une fois la pause du corona connue ?

Oui, on peut dire cela comme ça. Quand il est apparu que les matchs sont en pause pour l’instant, nous avons encore une fois mis en place et modifié le plan de rééducation. J’ai l’habitude lors d’une pause pour blessure de revenir le plus vite possible. La pression d’être à nouveau fit est normalement beaucoup plus grande. Maintenant, j’utilise la pause pour réajuster complètement mon corps et arriver dans un parfait état avant de revenir en jeu.

La ligue prévoit de poursuivre la compétition début mai. Serez-vous à nouveau fit ?

En mai, il faudra de nouveau compter avec moi ! Quand exactement, on ne peut pas le dire maintenant de manière fiable. Je dois attendre de voir comment réagira mon corps à l’augmentation des charges. Mais pour le moment je me sens vraiment très bien.

« Jadon est un joueur incroyable »

Le BVB va-t-il profiter de la crise si aucun transfert cher n’entre en scène cet été et alors Jadon Sancho reste encore une année ?

Je ne crois pas qui que ce soit dans le monde profite de cette crise. Le mot profiter est totalement inadapté dans ce contexte. Jadon est un joueur incroyable et garantit qu’il est convoité par de nombreux clubs. C’est un fait. Il joue encore à un niveau supérieur à l’année passée et serait pour nous un énorme atout pour atteindre nos objectifs.

Comment pouvez-vous le convaincre de rester ?

Je lui conseillerai de rester encore une ou deux années au BVB. De mon point de vue, il n’y a rien de meilleur pour lui actuellement. Ensuite, il peut faire le grand saut. En tant que joueur plus complet, qui peut encore progresser chez nous comme titulaire indiscutable. Dans un nouveau club, il devra d’abord trouver sa place, ce qui n’est jamais facile pour un joueur de 20 ans. Vous pouvez croire à quel point Jadon sera intéressant pour les plus grands clubs du monde après deux ou trois ans de progression supplémentaires avec nous.

Dans le passé, le BVB avait toujours des problèmes quand vous manquiez. Avec Haaland et Sancho, il apparaît que cela ne dépend plus seulement de vous. Cela signifie t’il moins de pression pour vous ?

Naturellement, je me réjouis quand l’équipe peut aussi gagner sans moi. Les années dernières, nous avions toujours un bon onze de base. Mais quand un ou deux titulaires venaient à manquer longtemps, nous avions des problèmes. Alors tu essayais naturellement de rejouer aussi vite que possible. Maintenant, nous avons plus de qualité dans l’effectif, de sorte que nous pouvons surmonter les blessures de joueurs importants. Et cela amène aussi un peu moins de pression sur les blessés pour qu’ils ne précipitent pas leur retour. Avec Erling mais aussi Emre Can nous avons engagé cet hiver deux joueurs de qualité absolue. Ils renforcent la concurrence, le combat interne pour les places quand je reviendrai – ce dont je me réjouis.

« Certains critiques m’effraient un peu »

Comment traitez-vous les critiques. Comment les acceptez-vous quand elles vous touchent ?

Quand le staff d’entraîneur me montre avec les analyses vidéos quelles situations dans le jeu je n’ai pas bien solutionnées, ce que je peux faire de mieux, je les accepte totalement. Mais quand la critique dépend uniquement de si j’ai marqué un but ou pas dans le match, je ne m’en préoccupe absolument pas. Si le livre un excellent match mais je ne marque pas, cela signifie : Reus était ok aujourd’hui. Mais si je réussis à peine une action dans le match mais marque quand même un but, étais-je vraiment bon ? Cela n’a aucun sens.

Cette saison vous avez été extrêmement critiqué. Avez-vous le sentiment d’avoir été parfois traité injustement ?

Je sais moi-même que je suis resté en deçà de mes possibilités au premier tour. Je n’étais pas au niveau de l’année précédente dans le jeu, je suis le premier que cela énerve. Je suis déjà moi-même autocritique et je sais quand j’ai bien joué et quand je n’ai pas bien joué. Mais ce qui est dit publiquement de moi m’effraie un peu : il y a seulement bon ou mauvais. Hier « footballeur de l’année », aujourd’hui « idiot de la nation ». Lorsque je ne fais pas de discours après les matchs et ne réponds pas, alors on dit que je m’esquive et que je n’ai pas de qualités de leader. Si je dis quelque chose directement après le coup de sifflet final, cela signifie que j’aurai de préférence dû en parler d’abord en interne. Si je raconte ce que j’ai dit en interne, les critiques réclament que j’ai porté en externe ce qui aurait dû rester en interne. Nous sportifs sommes tous les jours jugés de l’extérieur. Cela fait partie du métier. Comme capitaine du Borussia Dortmund et aussi comme joueur international, on doit parler publiquement environ 100 fois par année. Naturellement, on ne trouve pas toujours le ton juste ou on raconte aussi une fois des bêtises. 95 fois c’est ok, cinq fois moins.

« Mon rêve a toujours été de jouer au BVB »

Vous jouez depuis 2012 au Borussia Dortmund et depuis vous avez refusé toute tentative de sollicitations d’autres clubs. Vous êtes unis si étroitement avec le BVB, comme Thomas Müller au Bayern. Quelle est l’importance pour un club d’avoir de telles figures d’identification ?

Je crois que cela a aussi de la signification pour les fans qu’il y ait des types comme Thomas ou moi. Ils s’aperçoivent que nous nous identifions avec leur club de la manière qu’ils le font eux-mêmes. Mon rêve a toujours été de jouer pour le BVB. Ici, j’ai tout pour être heureux : ma patrie, ma famille, mon club. Et cela a toujours prévalu, même si un autre pays avec une autre culture aurait été attrayant.

Des types comme Thomas Müller ou vous êtes une espèce en voie de disparition ?

A l’avenir, il y aura vraisemblablement de moins en moins de types comme Thomas Müller et moi. Je pense aussi à Francesco Totti et Daniele De Rossi à l’AS Roma. Mon sentiment est que des joueurs qui restent dix ans ou plus dans un club vont devenir rares dans le futur.

Quand vous avez été transféré en 2012 au BVB, le FC Bayern voulait aussi vous engager. Honnêtement : y a-t-il eu un moment où vous avez sérieusement considéré un transfert au Bayern ?

Il y avait une demande, de même que d’autres clubs. J’ai un grand respect pour le Bayern Munich et pour ce que fournit ce club depuis des décennies. Mais j’ai toujours absolument voulu jouer pour le BVB. Cela a toujours été mon club, celui que je porte dans mon cœur. Lorsque je jouais autrefois à Gladbach, c’était clair pour moi : à l’intérieur de la Bundesliga, je ne changerai que pour Dortmund, sinon j’irai à l’étranger. C’est ainsi que j’ai discuté avec mon agent Dirk Hebel et c’est ce que nous avons mis en œuvre.

« On se reconnaît aussi dans le Borussia dans les moments difficiles »

Vous êtes fier de votre lien avec le BVB ?

Naturellement. Je suis né à Dortmund et j’ai déjà joué pour le club comme enfant. Et je sais qu’ici les gens apprécient que l’on se reconnaisse dans le Borussia aussi dans les moments difficiles et que l’on vive ensemble pas seulement les hauts mais aussi les bas. Je me sens totalement uni au club et à la région.

Beaucoup de sportifs participent à l’action WeKickCorona. Vous, en revanche, vous avez fondé l’initiative HelpYourHometown. Qu’est ce qui se cache derrière ?

Je remarque chaque jour dans quelles situations particulièrement difficiles se trouvent des petites entreprises dans notre environnement direct. Mon épouse Scarlett et moi aimerions leur apporter l’aide que nous pouvons. L’idée derrière HelpYourHometown est que chacun – qui a des moyens financiers –  peut aider sa ville natale, l’action n’est pas seulement limitée à Dortmund. Chaque ville a son charme auquel contribuent aussi les nombreux petits commerces. Et la plupart d’entre nous vont toujours chez le même coiffeur ou vont chercher leur pain dans la même boulangerie – qu’est ce qui se passe si soudain ils ne sont plus là ? Nous voulons redonner quelque chose à la ville et aux gens, les soutenir, leur offrir des perspectives. Je voudrai encourager toutes les personnes qui peuvent le faire financièrement à nous soutenir avec cette idée.

Est-ce que le football peut ramener une part de normalité dans la société ? Avec des matchs à huis-clos en mai ?

Je crois que le football a une force énorme, il peut générer de la distraction et de l’enthousiasme – même par nécessite et dans ces temps déprimants par des matchs à huis-clos. Mais les directives du gouvernement doivent être suivies par nous et par tous les autres. J’espère vraiment que la situation va bientôt se calmer à nouveau et que les lignes de conduite du gouvernement, qui sont justes actuellement, permettront à la vie publique de reprendre.

« Marco Reus gagne le titre avec le BVB, c’est un titre qui sonne bien »

L’Euro a été repoussé d’un an. Est-ce que cela vous convient ?

J’aurai préféré que nous n’ayons eu aucune menace mondiale à cause du corona et que l’Euro se soit déroulé tout à fait normalement. Mais toute autre solution qu’un renvoi de l’Euro n’aurait eu aucun sens. On ne peut pas laisser le gens dans la situation actuelle voyager à travers toute l’Europe pour un tournoi de football. J’ai maintenant, comme déjà mentionné, un peu plus de temps, ce qui est au moins bon pour mon corps.

Votre contrat court jusqu’en 2023. Si vous pouviez choisir un gros titre du SPORT BILD pendant cette période, quel serait-il ?

Reus gagne le championnat avec le BVB ! Cela sonne génial, je le prends. Même si le doublé ne serait aussi pas mauvais.

Qu’en est-il de la Ligue des Champions ?

La gagner serait aussi la folie. Mais si devais choisir, je prendrai le championnat parce que ce serait pour moi tout simplement beaucoup plus émouvant.

Source : SPORTBILD, mercredi 8 avril 2020.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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