Il était considéré comme le plus grand espoir du Borussia Dortmund. Mais, après des débuts tonitruants et un premier but en Ligue des Champions à 18 ans, sa carrière a connu un sérieux coup de frein avec deux prêts malheureux à Hoffenheim et Norwich City. Mais, désormais, Felix Passlack a retrouvé du temps de jeu et du plaisir en Eredivisie au Fortuna Sittard. Il rêve même d’un retour au BVB et a confié ses espoirs à Sport Bild.

Nous sommes le 29 mai 2016 aux aurores, je me réveille un peu comateux à Dortmund ; la veille, nous avions l’assemblée générale et la Sommerfest de mon Fanclub, ça avait été bien arrosé. Mais, comme je n’en suis pas à une folie près pour mon Borussia, je me réveille à 6h du matin. Destination : Sinsheim, trois heures d’ICE jusqu’à Mannheim, puis un Regio interminable dans les plaines du Kraichgau. Tout ça pour un match de juniors, la finale de la Bundesliga U19 entre Hoffenheim et le BVB. Nos Jungs sont privés de l’un de leur deux joueurs vedettes, Christian Pulisic, retenu avec son équipe nationale juniors. Mais ses coéquipiers font le travail : Jonas Arweiler (aujourd’hui à Utrecht, 2 buts), Janni-Luca Serra (Kiel, 2 buts) et Jacob Bruun Larsen (Hoffenheim, un assist) participent à la fête de tir. Mais ce jour-là, celui qui avait éclaboussé le match de toute sa classe, c’était l’autre star de l’équipe, Felix Passlack.

Aligné comme demi offensif droit, le jeune talent du BVB avait été étincelant, en étant impliqué sur les cinq buts borussen (un marqué). Et les Jungs d’Hannes Wolf étaient devenu champion d’Allemagne grâce à une deuxième période éblouissante pour déclasser Hoffenheim 5-3. Pour Felix Passlack et la plupart de ses coéquipiers, c’était le deuxième titre en deux ans, après celui remporté l’année précédente en U17, après une autre démonstration en finale contre Stuttgart (4-0), qui avait valu à Felix la médaille Fritz Walter récompensant le meilleur jeune Allemand de sa catégorie d’âge.

Je savais que ce gamin avait du talent, Jürgen Klopp l’avait déjà intégré à quelques entraînements en professionnels en 2015, à seulement 16 ans et il avait même effectué des débuts en Bundesliga deux mois avant cette finale de Sinsheim contre Darmstadt avec Thomas Tuchel. Mais lors de cette finale U19, j’avais vraiment été subjugué, comme les 4000 Borussen présents ce jour-là, par le talent de ce jeune homme ; il rappelait tellement le Mario Götze de ses débuts, nous pensions tous tenir la future étoile du BVB.

Mais les places de milieux offensifs étaient chères à cette époque au Borussia. Toutefois, Felix Passlack trouvera une ouverture au poste de… latéral gauche, où il y avait une pénurie en début de saison 2016-2017. Thomas Tuchel a tenté le pari. Felix n’a pas démérité mais je pense que cela l’a finalement plutôt desservi pour la suite de sa carrière. Certes, ce repositionnement en latéral gauche lui a permis de gratter du temps de jeu qu’il n’aurait peut-être pas eu tout de suite à son poste de prédilection en milieu offensif. Mais le saut entre les U19 et les professionnels est déjà immense, c’est encore plus compliqué quand il faut assimiler, en plus de la différence de niveau, un nouveau poste, avec beaucoup plus de responsabilités défensives. Surtout quand il faut rapidement affronter les meilleurs joueurs du monde, comme Robben et Ribéry lors de la Supercup 2016 contre le Bayern. D’ailleurs, malgré des prestations correctes et même un premier but en Ligue des Champions lors d’une victoire historique contre Legia Varsovie, Felix retrouvera rapidement le banc au retour des titulaires. Avec en plus le handicap de ne plus vraiment savoir à quel poste il avait une chance de percer.

Après le départ de Thomas Tuchel, Felix Passlack effectue toute la préparation avec Peter Bosz mais, un jour avant la fin du mercato, alors que la Bundesliga avait déjà repris, il est échangé sous forme de prêt, avec Jeremy Toljan et part à Hoffenheim. Le deal paraissait sensé : le BVB cherchait un latéral gauche et avec Toljan il récupérait un vrai latéral de formation, un peu plus expérimenté et qui était aux portes de l’équipe nationale puisqu’il avait été excellent avec la Mannschaft, tant lors des JO 2016 que lors de l’Euro espoirs 2017. Pour Passlack, Hoffenheim était l’occasion d’obtenir davantage de temps de jeu avec une concurrence moins forte. Cela s’est finalement avéré un deal perdant-perdant-perdant-perdant : Toljan n’a pas confirmé les espoirs placés en lui à Dortmund et le petit Passlack n’a jamais trouvé sa place dans le jeu plutôt musclé prôné par Julian Nagelsmann à Hoppenheim.

Après une saison frustrante et très peu de temps de jeu, voire même des matchs en Regionalliga avec les U23, Felix Passlack tente un nouveau prêt. A Norwich City, en Championship. Là encore, cela paraissait une bonne idée puisque les Canaries étaient entraînés par Daniel Farke, un ancien du BVB. Mais l’équipe a commencé à enchaîner les victoires sans Felix, qui s’est à nouveau retrouvé avec un temps de jeu famélique et même une rétrogradation en deuxième équipe. La troisième tentative sera la bonne : toujours sous contrat au BVB jusqu’en 2021, Felix a été prêté l’été dernier au Fortuna Sittard où il a enfin du temps de jeu et des responsabilités. Il s’est récemment confié à Sport Bild.

Sport Bild : M. Passlack, un renfort pour la défense du BVB de l’avenir viendra-t-il du Fortuna Sittard ?

Felix : C’est possible. Quand je reviendrai au BVB cet été après la fin de mon prêt au Fortuna Sittard, je chercherai naturellement ma chance durant la préparation et je donnerai tout ce que je peux pour avoir le plus de temps de jeu possible dans la nouvelle saison.

A Sittard, vous avez reçu un rôle de joueur clé. Pourquoi ne pas rester là-bas ?

Je réfléchis beaucoup à mon avenir en ce moment. J’apprécie vraiment que le Fortuna m’a mis en situation de me concentrer à nouveau sur moi. Cependant, si je devais être prêté encore une autre année, je devrai prolonger mon contrat à Dortmund (n.d.l.r. actuellement jusqu’en 2021). Ensuite, j’aurai à nouveau la même situation pour la prochaine saison que pour l’actuelle.

Votre objectif est la Bundesliga ?

Très clairement oui. Mais il est important qu’à ma prochaine destination – en Allemagne ou à l’étranger – je passe à l’étape suivante et que je joue régulièrement. Cette saison, j’ai joué tous les matchs depuis le début, j’ai évolué à diverses positions, à droite défensif ou offensif et également milieu de terrain central, et j’ai bien progressé.

Vous êtes titulaire cette saison pour votre troisième prêt. Auparavant, à Hoffenheim (2017-2018) et Norwich (2018-2019), vous n’avez eu que dix apparitions professionnelles.

Je n’ai déménagé à Hoffenheim que peu de temps avant la fin de la préparation de la saison et j’ai eu du mal à intégrer une équipe déjà parfaitement rodée. Rétrospectivement, je dois dire que bouger là-bas n’était pas la bonne étape. J’ai bien commencé à Norwich mais j’ai eu une phase plus faible à la fin de la préparation. L’équipe a ensuite réussi un excellent parcours avec la promotion en fin de saison et l’entraîneur avait peu de raisons de changer son onze de base.

Que regrettez-vous le plus ?

Absolument rien. Même si cela ne s’est pas très bien passé sportivement, j’en ai emporté beaucoup avec moi.

Quoi exactement ?

Je suis devenu physiquement plus fort en Angleterre. Je me sens maintenant beaucoup plus robuste, je peux mieux m’engager dans les duels. Les nombreuses semaines anglaises et la préparation estivale intensive m’ont vraiment fait avancer physiquement. Et à Hoffenheim, pour la première fois, j’étais loin de chez moi (n.d.l.r. Bottrop dans la Ruhr), je suis devenu très indépendant au quotidien.

Vous avez fait vos débuts très tôt en Bundesliga lors d’un 2-0 à Darmstadt. Le directeur sportif Michael Zorc vous a décrit comme le « talent du siècle ». A 18 ans, vous étiez le plus jeune buteur allemand de l’histoire de la Ligue des Champions (lors du 8-4 contre Legia Varsovie en novembre 2016). La percée en professionnels au BVB n’a pas réussi. La hype était trop grande ?

J’ai remarqué la hype mais j’ai essayé de ne pas me laisser influencer. Pour moi, il est déterminant d’avoir prouvé au plus haut niveau que je peux le faire.

L’ancien entraîneur de Dortmund Jürgen Klopp vous a amené chez les pros. A t-il été votre principal mentor ?

Je serai éternellement reconnaissant à Klopp de m’avoir promu. Mais j’ai appris le plus avec Hannes Wolf (n.d.l.r son entraîneur en juniors au BVB, actuellement au KRC Genk). Il a été mon entraîneur chez les jeunes au BVB pendant quatre ans. J’ai tout engrangé avec lui.

Quoi par exemple ?

Il m’a appris à me tenir dans les espaces, à défendre, quelles balles je dois jouer. Nous nous sommes tous les deux aidés à faire le saut. En 2016, je passe chez les professionnels et la même année Hannes est devenu entraîneur chez les pros à Stuttgart parce qu’il s’est fait recommander par un excellent travail avec des talents comme moi.

Avec lesquels de vos anciens collègues du BVB êtes-vous toujours en contact étroit ?

J’échange souvent des messages avec Christian Pulisic et Julian Weigl. J’ai également contact avec Otto Addo (n.d.l.r. entraîneur des talents au BVB). Et Michael Zorc m’a félicité après mon premier but pour Sittard (n.d.l.r fin août contre Heerenveen).

Avec Pulisic et Weigl vous avez également partagé une expérience grave il y a trois ans : l’attaque du bus du BVB avant le match de Ligue des Champions contre Monaco le 11 avril 2017. Comment cela a t-il changé votre vie ?

Cela m’a beaucoup inhibé. Surtout dans les premiers temps après l’attaque. Je n’avais même pas 19 ans quand c’est arrivé. C’était sacrément difficile à gérer en tant que jeune homme.

Dans quelles situations ?

Au début, j’avais extrêmement peur quand quelque chose se brisait près de moi par exemple.

Qui vous a aidé à surmonter cette expérience ?

J’ai reçu une aide psychologique. Nous en avons beaucoup parlé. Mais bien sûr, vous n’oubliez jamais quelque chose comme cela. Cela restera toujours dans ma tête. J’apprécie encore plus la vie depuis, je vis beaucoup plus consciemment. Tous ceux qui étaient dans le bus savaient qu’avec cette attaque cela aurait pu être fini pour nous à un moment ou un autre. Nous devons donc tous être reconnaissants d’être encore en vie.

Vous en avez déjà vu beaucoup dans votre jeune carrière. Qu’est-ce qui vous aide à trouver la paix intérieure dans votre vie quotidienne ?

Nous avons commencé au BVB sous Thomas Tuchel (n.d.l.r. entre 2015 et 2017) avec la méditation. Un expert nous l’a appris pendant le camp d’entraînement. J’ai tellement aimé que je médite régulièrement depuis. Pas tous les jours mais aussi souvent que possible, je prends 20 ou 30 minutes à la maison.

Vous avez par la force des choses plus de temps de loisirs à la maison. Le championnat est également suspendu en Hollande en raison de la pandémie de coronavirus.

Je suis de toute façon une personne qui aime être dans ses quatre murs ou promener mon chien en paix. Les restrictions de sortie ne me dérangent donc pas tellement. L’important maintenant, c’est que chacun adhère aux mesures et agisse de manière sensée.

Que conseillez-vous aux meilleurs talents qui sont sur le point de passer professionnel comme le Wunderkind du BVB Youssoufa Moukoko (15 ans) ?

Je ne suis pas en mesure de le conseiller. Fondamentalement je dis : l’âge n’a pas d’importance. Si vous êtes bon, alors vous jouez. Malheureusement, je n’ai jamais vu Moukoko en direct. Mais j’ai lu et entendu ce qu’il avait déjà accompli, combien de buts il a déjà marqué. C’est incroyable. S’il continue à travailler dur, cela fonctionnera pour lui chez les professionnels.

L’été prochain, coronavirus oblige, le BVB, comme la plupart des clubs, risque d’être très limité dans ses investissements en transferts. Alors pourquoi ne pas donner une chance aux jeunes talents du club, qui ne parviennent plus à percer en première équipe depuis plusieurs années, malgré d’excellents résultats en juniors ? Nous nous plaignons tous du manque d’identification au maillot dont notre équipe fait parfois preuve. C’est l’occasion ou jamais de redonner une couleur plus locale à notre effectif, plutôt que d’investir sur des stars ou d’aller chercher des jeunes talents en Espagne, en Angleterre, en France ou ailleurs, certes doués mais qui ne voient le BVB que comme étape et partiront à la première offre plus lucrative venue. L’avenir du club doit davantage s’écrire avec des joueurs pour lesquels le Borussia Dortmund est un aboutissement et qui s’imaginent faire leur carrière au Westfalenstadion. Felix Passlack s’inscrirait clairement dans cette logique. C’est un enfant du Ruhrpott, il est arrivé au BVB à l’âge de 14 ans… Bien sûr, l’Eredivisie n’est pas la Bundesliga mais il mériterait qu’on lui redonne une chance. Il a certes perdu deux ans à Hoffenheim et Norwich mais, comme il le dit lui-même, il y a sans doute beaucoup appris. Et il n’a même pas 22 ans (qu’il fêtera le 29 mai). Il ne faut pas oublier qu’il y a quelques années un autre grand espoir du BVB n’avait pas complètement convaincu lors d’un prêt en Zweite Liga au Rot-Weiss Ahlen. Tellement pas que le BVB l’avait laissé partir à Mönchengladbach. Et ce n’est que lorsque, à l’âge de 23 ans, sa trajectoire a croisé celle d’un certain Lucien Favre, que le talent de ce joueur a explosé au grand jour. Il s’appelle Marco Reus. Puisse Felix Passlack marcher sur les traces de notre capitaine (les blessures en moins), c’est tout le mal qu’on lui souhaite…

Source : Sport Bild (pour l’interview uniquement).

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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