En seulement trois mois à Dortmund, Emre Can s’est imposé comme un joueur clé du dispositif de Lucien Favre, l’un de ces Mentalitätspieler qui font tant défaut à notre équipe depuis quatre ou cinq ans. Notre nouveau milieu de terrain s’est exprimé dimanche dernier dans le Bild am Sonntag sur la crise du coronavirus, son passage à la Juventus, sa vie pendant la pause, son expulsion à Paris, les matchs à huis-clos, les chances de titre du BVB si la Bundesliga reprend, les différences entre Jürgen Klopp et Lucien Favre ou encore ses contacts avec la sélectionneur nationale Jögi Löw.

 BamS : M. Can, la crise du corona vous a amené à faire quelque chose que vous n’aviez sans doute pas fait depuis longtemps et maintenant vous êtes un ambassadeur de la campagne « Stift une Papier » (n.d.l.r. stylo et papier, consistant à écrire à des personnes isolées pendant la crise du virus) ?

Emre Can : J’ai écrit une lettre à une dame âgée. En fait, je ne l’avais pas fait depuis 15 ans. Cette action me tient à cœur car je peux m’identifier pleinement au slogan « Nous ensemble contre l’isolement social ». L’idée est d’écrire quelques phrases à des personnes qui sont seules, qui ne vont pas bien et qui n’ont pas internet. La dame n’a pas encore répondu. Mais si elle écrit et qu’elle a des questions, je lui répondrai.

Les footballeurs sont souvent accusés de vivre sur leur propre planète. Voyez-vous certaines choses différemment pendant la crise du corona ?

Je pense que c’est formidable de voir comment les professionnels aident dans le monde entier. Nous pouvons être reconnaissants de faire ce travail et d’avoir une position privilégiée dans la société. Il est normal que nous soyons socialement engagés. Cela va de soi !

Au BVB, les joueurs ont renoncé à leur salaire. Combien de temps avez-vous réfléchi avant d’être d’accord ?

Pas beaucoup. Pour moi, il était clair dès le départ que je voulais participer.

« J’ai fait ma Ligue des Champions dans les orphelinats et les hospices »

Avant la pause, vous avez disputé huit matchs avec le BVB. Et êtes déjà devenu l’un des favoris des fans. Auriez-vous pensé que cela arriverait si rapidement ?

Honnêtement, je n’y ai pas pensé du tout. Je voulais juste montrer ce que je pouvais faire à nouveau après ne pas avoir pu jouer ces derniers mois en Italie.

Que s’est-il passé là-bas ?

Cela a été une période très difficile pour moi les derniers mois. La saison dernière, j’étais une composante importante de l’équipe. Nous avons remporté le championnat de manière méritée et j’ai également réussi de très bons matchs en Ligue des Champions. Le nouvel entraîneur ne m’a pas du tout donné ma chance mais ce fut néanmoins dans l’ensemble une belle période à Turin, pour laquelle je suis reconnaissant. Mais ce chapitre est définitivement clos.

Comment avez-vous réagi à votre non-nomination (dans l’effectif pour la Ligue des Champions) ?

J’ai fait ma propre Ligue des Champions. J’ai prévu de visiter des institutions sociales les jours de matchs. J’étais dans les orphelinats et les hospices pour enfants. Ce n’était pas facile d’y aller. Je ne savais pas si je devais rire là-bas ou être triste. Mais les enfants étaient heureux là-bas et contents de mes voir. Cela m’a aidé à mettre mes soucis avec le football en perspective.

Vous avez joué avec Cristiano Ronaldo à Turin. Partagez votre anecdote préférée avec nous !

Je n’ai pas d’anecdote particulière maintenant. Mais je peux vous dire que ce n’est pas un accident s’il en est là où il est aujourd’hui. Il est très, très professionnel. Il subordonne tout au football.

« Neymar s’est simplement laissé tomber »

Un de vos coéquipiers actuels est Jadon Sancho. Que pensez-vous de lui ?

Avant de venir au BVB, je savais qu’il était un très bon joueur. Mais depuis que je suis ici, je sais qu’il est de classe mondiale. Peut-être le meilleur joueur de son âge. Il a tout ce dont un footballeur de haut niveau a besoin et il a un grand avenir devant lui.

Récemment, il a fait sensation avec une vidéo Instagram dans laquelle il annonce son départ pour Manchester United. Comment l’équipe gère-t-elle cela?

Je n’ai pas vu la vidéo. Et cela n’a jamais été un sujet dans l’équipe jusqu’ici.

Etes-vous actifs sur les réseaux sociaux ? Par exemple, avez-vous participé à l’un des nombreux défis qui circulent sur le Web ?

J’y suis inscrit mais je n’y poste qu’occasionnellement car ce n’est généralement pas mon truc. J’ai le sentiment que c’est comme si tout le monde avait participé au moins à un défi. A part moi – ce n’est pas mon genre.

Comment passez-vous votre temps autrement ?

Les deux dernières semaines avant la reprise de l’entraînement, j’étais avec mes parents à Francfort. A Dortmund, nous nous entraînons généralement le matin puis je suis de retour seul à midi. Heureusement, ma maison a une terrasse et je peux m’asseoir au soleil de temps en temps. Ou je regarde des séries, en dernier lieu la casa de papel.

Vous avez eu donc le temps de réfléchir à la raison pour laquelle vous avez reçu un carton rouge au match retour contre Paris ?

Je ne sais toujours pas. Il n’y avait tout simplement pas carton rouge. Tous ceux qui connaissent le football savent à quelle fréquence de telles situations se produisent. Neymar s’est simplement laissé tomber. Si c’est rouge, alors il peut y avoir 15 expulsions par match.

« Le titre est réaliste si la Bundesliga reprend »

Le match se jouait à huis-clos, donc vous êtes l’un des rares professionnels de Bundesliga à savoir comment vous-vous sentez dans ce cas. Comment on le ressent ?

C’est vraiment nul. Je ne pense pas qu’il y ait un seul joueur de football qui aime ça. Mais comme nous allons devoir lutter un certain temps avec le corona, il vaut mieux avoir des matchs à huis-clos que pas de matchs du tout. Je crois aussi que nous apporterons une joie aux gens et un retour à la normalité.

Si la Bundesliga reprend, est-ce que ce ne sera pas un désavantage de devoir se passer des fans dans la lutte pour le titre ?

Bien sûr, ce n’est pas un avantage pour nous. Mais d’autres équipes ont également de bonnes ambiances au stade. Ce n’est juste pour personne. Nous devons essayer de gagner nos matchs, même si ce sont des matchs à huis-clos.

Pensez-vous que le titre est réaliste ?

Oui. Bien sûr, ce sera difficile mais nous jouons encore contre le Bayern et à Leipzig. Nous avons donc encore des confrontations directes devant nous. Nous devons les gagner, les matchs à huis-clos ne seront pas une excuse !

« Favre et Klopp sont des entraîneurs fantastiques »

Vous avez joué pour les deux entraîneurs. S’il vous plaît, dites-nous : quelles sont les différences entre Jürgen Klopp et Lucien Favre ?

Oh, ils sont très différents. Déjà par leur seule apparence. Ce qu’ils ont un commun : ce sont deux entraineurs fantastiques. Tout le monde connaît Klopp, chacun sait à quel point il est émotif et comment il est proche de ses joueurs. Mais Favre est aussi très lié avec ses joueurs en dehors du terrain, il demande chaque jour comment on va. Cela nous fait nous sentir importants. C’est une personne polie, tout simplement géniale. Et ses séances d’entraînement sont variées, cela donne du plaisir.

En tant qu’ancien joueur de Liverpool, que signifierait le premier titre depuis 1990 pour le club et la ville ?

La situation est extrêmement regrettable et amère. Bien sûr, le titre serait mérité si la saison s’arrêtait maintenant. Mais l’équipe n’aurait pas pu célébrer avec ses fans, qui rêvent tant du titre. J’espère que la célébration sera reportée dans ce cas…

Etes-vous en contact avec Jögi Löw pendant la crise du corona ?

Non, nous n’avons actuellement aucun contact. Il m’a pour la dernière fois écrit après le match aller contre Paris et m’a félicité de ma performance.

Comment avez-vous réagi après le renvoi de l’Euro ?

D’un côté, c’est dommage car nous attendions tous avec impatience le championnat d’Europe. D’un autre côté, on doit être honnête, il y a actuellement des choses plus importantes que le football. Pour le moment, la santé des gens passe avant tout, on peut aussi une fois renvoyer un tournoi.

Qu’attendez-vous avec impatience lorsque la crise du corona sera terminée ?

Je veux juste m’asseoir et manger au restaurant avec mes amis. Cela me manque beaucoup.

Source : Bild am Sonntag, dimanche 19 avril 2020.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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