C’est le premier titre jamais remporté par le Borussia Dortmund : le Westfalenmeisterschaft. Et comment rêver d’un premier trophée plus savoureux qu’après une finale remportée contre l’ennemi Schalke 04 ? Ce jour-là, au Stadion am Schloss Strünkede d’Herne, Herbert Sandmann avait surgi à cinq minutes de la fin pour ouvrir le palmarès du BVB et mettre un terme à la domination sans partage des Blauen.

Le contexte. L’Allemagne sortait de la guerre et c’était une période de privations. Avant de jouer au football, il fallait déjà penser à se nourrir convenablement pour supporter l’effort car la population n’avait guère droit à plus de 700 à 800 calories par jour. Pourtant, on jouait quand même au football mais, comme les transports étaient compliqués dans un pays en ruine, il fallait limiter les déplacements. La Westfalenliga était ainsi répartie en deux groupes régionaux. Le BVB remporte largement le groupe 2, devant le SpVgg. Erkenschwick et le VfL Witten 07. Schalke domine le groupe 1. Les deux clubs se retrouvent donc en finale. Le combat apparaît déséquilibré : les Blauen ont déjà remporté six fois le titre de champion d’Allemagne, trois fois l’Oberliga West et onze fois la Westfalenliga. En face, le palmarès du BVB reste désespérément vierge. D’ailleurs, il n’y avait même pas (encore) vraiment de rivalité entre les deux clubs, tant la supériorité des Knappen était évidente.

Le match. Le match est programmé au Stadion am Schloss Strünkede d’Herne. Notre Borussia y a d’ailleurs joué un match commémoratif en mai dernier. Mais, à l’époque, les fans n’étaient pas très contents car Herne est situé plus près de Gelsenkirchen que de Dortmund et le déplacement n’avait rien d’une sinécure dans un pays exsangue et qui entamait tout juste sa reconstruction. Mais peu importe : en trains spéciaux, en motocyclettes, en vélos, les fans borussen étaient présents en nombre pour soutenir leur équipe. Le match est à guichets fermés (38’000 fans) plusieurs semaines à l’avance, les billets s’arrachent à prix d’or au marché noir, c’est-à-dire contre des cigarettes américaines. Schalke, emmené par son légendaire entraîneur-joueur Ernst Kuzorra, 41 ans, ouvre le score juste avant la mi-temps. A la pause, les Blauen fanfaronnent dans les vestiaires : « On va encore leur marquer quelques buts ». Comme la porte était restée ouverte, l’entraîneur Ferdinand Fabra n’a pas eu besoin d’une longue théorie pour remotiver ses joueurs.

Et le BVB s’accroche et égalise par l’araignée Max Michallek en début de deuxième mi-temps d’une frappe lointaine, ein Traumtor. La star du BVB d’alors (avec August Lenz) venait de se marier et il avait promis à son épouse qu’il marquerait en pleine lucarne, il a tenu parole. Et des 35 mètres… Mais Schalke reprend l’avantage sur pénalty dix minutes plus tard. Il reste moins de trente minutes à jouer, le BVB a déjà beaucoup donné et tout laisse à penser que la maîtrise supérieure des Blauen va finir par l’emporter. Mais l’entraîneur borusse Ferdinand Fabra avait son plan tactique qu’il avait exposé à son équipe en… pelant des pommes de terre lors d’une mise au vert d’avant-match dans le Sauerland : sacrifier son joueur vedette August Lenz pour limiter le rayon d’action du meneur de jeu des Blauen Ötte Tibulski. Le plan fonctionne et la motivation décuplée des Borussen fait la différence. Le gardien de Null Vier Klodt est diminué par une blessure et le BVB va en profiter pour égaliser à douze minutes de la fin sur une frappe pas innarrêtable d’Heinrich Rumhofer. La sensation est en marche.

Le but. Il reste cinq minutes à jouer. Max Michallek part en solo et envoie le ballon en direction du but. Le malheureux gardien Klodt ne peut que repousser et ne parvient pas à se relever, l’attaquant borusse Herbert Sandmann surgit depuis la droite, récupère et marque. Le BVB s’impose 3-2 et remporte le premier trophée de son histoire. Le Westfalenmeisterschaft. La combativité dortmundoise a vaincu la technique des Schalker.

La suite. L’Allemagne était occupée par les Alliés et le football était organisé en conséquence. Chacun des occupants organisaient son propre championnat et les vainqueurs de chaque zone d’occupation se retrouvaient pour se disputer le titre. La Westphalie était l’une des sept zones d’occupation anglaise. Il fallait donc disputer des matchs contre les vainqueurs des autres ligues  sous occupation anglaise pour accéder au championnat d’Allemagne. Le BVB a éliminé le Werder Brême, vainqueur de l’Oberliga Niedersachsen-Nord en quart de finale, puis le VfR Köln vainqueur de la Mittelrheinliga en demi. Mais la belle aventure s’est arrêtée en finale du Britische Zonemeisterschaft à Düsseldorf avec une défaite 1-0 contre le SV Hambourg.

Mais l’important était ailleurs : avec cette victoire contre Schalke au Schloss Strünkede, le BVB a mis fin à la domination des Knappen. Plus rien n’a ensuite jamais plus été comme avant. Le Borussia a remporté l’Oberliga West les trois années suivantes et le titre de champion d’Allemagne neuf ans après. A l’inverse, Schalke, après des années de domination sans partage, a vu les trophées devenir beaucoup plus rares. Cette finale du Westfalenmeisterschaft 1947 reste comme le Wende im Westen : le tournant à l’Ouest.

Le héros. Paradoxalement, Herbert Sandmann, l’homme qui a permis ce tournant du bleu royal au jaune et noir, est devenu une icône de… Schalke 04. Il a débuté en 1947 au BVB où il est devenu un héros après ce but en finale. Mais, en 1949, il perd sa place de titulaire après une blessure et choisir de partir pour Herne-West : « J’étais allé à l’assemblée du BVB et deux jours plus tard je jouais contre Dortmund avec Schalke. A Schalke, j’ai appris à jouer juste au football grâce à l’expérience des anciens. » Il restera deux saisons à Gelsenkirchen, y gagnera une fois l’Oberliga avant de revenir à son premier amour : Dortmund. Avec le Borussia, il a gagné cinq fois l’Oberliga West et deux fois le titre de champion d’Allemagne (1956, 1957). Une grave blessure contractée avec l’équipe d’Allemagne lors de l’inauguration du Camp Nou à Barcelone l’a privé de la Coupe du Monde 1958 et l’a contraint à une retraite prématurée, à seulement 32 ans, en 1960. Mais il est resté dans le staff du BVB et a joué un rôle majeur dans le titre de 1963, la Pokal de 1965 et la Coupe des Coupes de 1966. Il est resté au conseil des anciens du Borussia jusqu’à son décès en 2007. Et, surtout, il restera à tout jamais comme celui qui a mis fin à la domination de Schalke sur la Westphalie.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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