Dieter Kurrat est peut-être le plus Dortmundois de tous les Dortmundois. Il ne marquait pas souvent le petit Hoppy (son surnom) ; son truc à lui, c’était plutôt de ratisser les ballons en milieu de terrain et de faire déjouer les stars adverses. Mais, ce jour-là, pour la dernière finale du championnat d’Allemagne de l’Histoire, c’est lui qui a montré la voie du troisième Meisterschale de l’histoire de son BVB en ouvrant le score contre le tenant du titre et grand favori Köln.

Le contexte. Pour la dernière fois, le titre de champion d’Allemagne se joue en ligues régionales, avant des finales nationales entre les meilleures équipes. Le BVB termine deuxième de l’Oberliga West, derrière le champion d’Allemagne en titre, le 1. FC Köln, et obtient ainsi son ticket pour le tour final pour le titre qui réunit les huit meilleures équipes du pays. Elles sont réparties en deux groupes de quatre et le premier de chaque groupe, après des matchs aller-retours, se qualifie pour la finale. Le BVB débute très mal, avec une défaite contre 1860 München 3-2 à la Grünwalderstrasse avec deux buts encaissés en fin de match, puis un 0-0 à domicile contre le Borussia Neunkirchen. Mais, ensuite, nos Borussen se montrent irrésistibles : victoires 3-2 et 1-0 contre Hambourg, 5-2 à Neunkirchen et pour finir, dans le match décisif, 4-0 au Rote Erde pour la revanche contre les Löwen de Munich.

Mais en final, le BVB ne part pas favori. Car en face, se dresse le tenant du titre, le 1. FC Köln. Les Geißböcke avaient remporté l’Oberliga West devant le Borussia et avaient remporté les deux confrontations directes durant la saison, 3-2 au Müngersdorf et 2-1 au Rote Erde, à peine deux mois avant la finale. Et ils semblent monter en puissance à l’approche de la finale : lors de leur groupe réunissant les meilleures formations du pays, les Domstädter ont inscrit la bagatelle de 29 buts en six matchs, dont un impressionnant 6-2 dans le match décisif contre Nürnberg, vice-champion d’Allemagne sortant.

Le but. La finale a lieu au Neckarstadion de Stuttgart. 74’662 fans remplissent les gradins. Un généreux soleil illumine la Souabe. La capitaine de Geißböcke, Hans Schäfer, gagne le toss et choisit de commencer face au soleil. Un mauvais choix car son gardien Fritz Evert, qui avait remplacé le titulaire Christian Müller, blessé, au pied levé, n’avait pas prévu de casquette. Et, gêné par le soleil, il se fait abuser dès la 9ème minute sur un tir anodin d’Hoppy Kurrat. Pourtant, Hoppy avait d’abord pour mission de neutraliser le redoutable meneur de jeu des Kölner, le champion du monde Schäfer, ce qu’il a parfaitement réussi, mais en plus il a ouvert la voie du succès à son cher Borussia.

Le match. Le plan de match du BVB, c’était d’abord de contenir, avec son engagement, sa discipline et sa solidarité, l’armada offensive des Domstädter. Et de profiter de la moindre occasion en attaque. Conforté par cette ouverture du score précoce, le plan de jeu de l’entraîneur Hermann Eppenhof va fonctionner à merveille. Au milieu de terrain, Hoppy Kurrat, le plus petit joueur sur le terrain par la taille, est le plus grand par son activité. Il ratisse tous les ballons et annihile les attaques colonaises. En début de deuxième mi-temps, le BVB assomme définitivement Köln grâce à deux nouvelles réussites signées Reinhold Wosab et Alfred Schmidt. Aki ne sera toutefois pas le dernier buteur de l’ère des Oberliga puisque le Kölner Schnellinger a inscrit le but de l’honneur (3-1). C’était la cinquième finale du BVB dans l’ère Oberliga, trois victoires (1956, 1957, 1963) pour deux défaites (1949, VfR Mannheim et 1961, 1. FC Nürnberg).

La suite. Dortmund manquera le doublé en s’inclinant en finale de Pokal contre Hambourg. Mais ce titre a permis au BVB de disputer la Coupe d’Europe des clubs champions avec l’exploit en huitième de finale contre le Benfica Lisbonne et la défaite en demi contre l’Inter Milan. Ensuite, il faudra attendre 32 ans et 1995 pour voir à nouveau le Borussia soulever le Meisterschale.

Le héros. Surnommé Hoppy en raison de son admiration pour le cow-boy Hopalong « Hoppy » Cassidy, Dieter Kurrat coche toutes les cases du vrai Dortmundois. C’est en enfant de l’Innenstadt-Nord, là où se trouvent les racines du BVB, près de la Borsigplatz où son père dirigeait une entreprise de transports. Avant de se consacrer au football, il a travaillé pour les aciéries Hoesch et pour la brasserie de la Hansa-Brauerei, deux des entreprises emblématiques de la ville. Dortmund, c’était sa ville, il l’adorait plus que tout. Son épouse déclara un jour : « Dès qu’il n’apercevait plus le clocher de la Reinoldikirche, Hoppy avait le mal du pays. Une fois, il avait interrompu des vacances en Italie parce que Dortmund lui manquait. Une autre, il était à Garmisch-Partenkirchen, il est retourné en voiture à Dortmund juste pour voir la Borsigplatz et le stade avant de revenir à Garmisch (n.d.l.r. : environ 500km aller, 500km retour !) ».

Si l’on excepte ses débuts en juniors au FC Merkur 07 Dortmund et sa fin de carrière comme joueur puis entraîneur avec ses potes du SV Holzwickede, il n’a jamais connu d’autre club que le BVB. Lancé en première équipe par Max Merkel, un entraîneur tellement exigeant qu’ il ferait passer Felix Magath pour un moniteur de colonie de vacances, il gardé durant toute sa carrière une aptitude au travail et à l’effort hors du commun. Il compensait sa petite taille par son engagement et son abattage. Il a réussi à dégoûter les plus grandes stars de son temps, Wolfgang Overath, Günter Netzer, Sandro Mazzola ou Bobby Charlton. Il a même réussi à faire disjoncter Luis Suarez (non pas le cannibale uruguayen mais la légende espagnole de Barcelone et de l’Inter Milan des années 1960 et 1970) et Eusebio. Invité au Borusseum en 2013 pour les cinquante ans de la victoire 5-0 du BVB contre Benfica, le Ballon d’Or 1965 n’avait pas oublié le cauchemar que lui avait fait vivre Hoppy Kurrat lors du match aller : « Je ne l’oublierai jamais, c’était l’un des plus terribles… »  Hoppy a joué 367 matchs pour le BVB avec lequel il a remporté le titre en 1963, la Pokal en 1965 et la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe. Une fois sa carrière terminée, il a ouvert un bar à Holzwickede, dans la banlieue sud de Dortmund, près de l’aéroport, le Hoppy’s Treff, où il a continué à servir des bières derrière son bar jusqu’à son décès le 27 octobre 2017. Une légende qui s’en est allée : le plus petit était le plus grand !

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