Ce samedi 12 mai 2007, Schalke paraît tout proche de remporter son premier Meisterschale depuis 1958, le rêve d’une vie pour tous les supporters des Blauen qui, pour la plupart, n’étaient pas nés lors du dernier titre de leur club favori. Et ils rêvaient même de remporter ce titre lors du Revierderby sur la pelouse du rival honni, le Borussia Dortmund. Et, après 20 minutes, lorsque ses deux derniers rivaux pour le titre, Stuttgart et Brême, se sont retrouvés menés au score, Null Vier n’était virtuellement qu’à un but de sacre. Sauf que ce but, c’est Alexander Frei qui l’a marqué et les Blauen attendent toujours. Depuis maintenant 60 ans. Ein Leben lang keine Schale in der Hand.

Le contexte. C’est un euphémisme de dire que la saison 2006-2007 du Borussia Dortmund a été compliquée. Toujours soumis à de sérieuses restrictions budgétaires, l’effectif manquait de qualité et ne cadrait pas avec le projet de jeu ambitieux voulu par l’entraîneur Bert van Marwijk. Le Hollandais est viré à Noël. Son successeur, Jürgen Röber, débute par une victoire de prestige contre le Bayern mais ensuite il enchaîne les revers. Il est à son tour licencié après une affreuse série de trois défaites 4-2 à Hanovre, 2-3 à domicile contre Cottbus (!) et 2-0 sur la pelouse du petit voisin Bochum. Le nouvel entraîneur, Thomas Doll, débute mal : 0-0 au Westfalenstadion contre Nürnberg et défaite 1-0 à Bielefeld. A sept journées de la fin de la saison, le Borussia est avant-dernier du classement et relégable ! Mais l’opération commando initiée par Doll finit par porter ses fruits : deux victoires 2-0, contre Francfort à domicile (doublé de Frei) et à Wolfsburg (buts de Smolarek et Valdez) assurent le maintien deux journées avant le terme du championnat.

Mais un péril bien plus grave qu’une relégation menace : un titre du rival Schalke 04 ! Le Bayern Munich a abdiqué depuis longtemps et les Blauen sont en tête du classement, un point devant Stuttgart et deux devant Brême. A deux matchs de la fin, sachant que Null Vier termine par un match plutôt facile à domicile contre Bielefeld, ce BVB 2006-2007 miséreux est donc le dernier rempart pour empêcher le premier titre des Blauen depuis 1958 lors de l’avant-dernière journée au Westfalenstadion. Pire, Schalke peut même espérer venir fêter le titre devant la Südtribüne en cas de victoire, si Stuttgart et Brême ne gagnent pas dans le même temps. Bête noire (sans mauvais jeu de mot) du peuple jaune et noir, le Schalker Gerald Asamoah avait même promis de parcourir à pied les 35 kilomètres qui séparent le Westfalenstadion de la Veltins-Arena en cas de sacre à Dortmund, avec le Meisterschale et une caisse de bières !

Le match. Même si 24 points séparent les deux équipes au classement, le BVB est bien décidé à sauver sa saison ratée en privant son rival de titre. C’est un immense combat qui débute au Westfalenstadion. Alex Frei est tout près d’ouvrir le score en début de match. Mais ensuite, tout paraît tourner en faveur des Blauen : ses deux derniers rivaux pour le Meisterschale encaissent l’ouverture du score : Stuttgart à Bochum et Brême contre Francfort. Les plus de 10’000 Blauen présents à Dortmund et les 70’000 massés devant des écrans géants à la Veltins-Arena sentent que ce titre qui leur échappe depuis 49 ans leur tend les bras : il leur suffit d’un but pour être virtuellement champion d’Allemagne ! Et ce but, ils sont tout proches de le marquer, Altintop, Asamoah et Özil l’ont au bout du soulier mais le Borussia résiste et espère atteindre la pause sur un score nul et vierge.

Le but. Il va faire bien mieux que cela : à la 44e, le capitaine Christoph Metzelder (pour son dernier match avant son départ au Real Madrid) déborde comme jamais il n’a débordé dans sa carrière sur le flanc droit et centre. A la réception, le chasseur de but Alex Frei dépose sa reprise du pied gauche, son mauvais pied, dans le petit-filet de Manuel Neuer. 1-0, le Westfalenstadion explose, le ciel s’abat sur la tête des Blauen. « A la mi-temps, il y avait la même ambiance que si nous avions été relégués », avouera le défenseur Christian Pander.

La suite. Schalke ne s’est jamais remis de ce but. Le BVB avait tellement à se faire pardonner, il était tellement important d’empêcher ce titre du rival que nos Jungs se battent sur chaque ballon comme si leur vie en dépendait. Weidenfeller, Metzelder, Brzenska, Wörns, Dede, Tinga, Kruska, Pienaar, Kringe, Smolarek et Frei, puis Gordon, Sahin et Valdez, entrés en deuxième mi-temps, pour citer tous les héros, ne laissent pas une occasion de revenir à Null Vier. Mieux même : à cinq minutes de la fin, un tir contré de Metzelder permet à Ebi Smolarek d’inscrire le 2-0 devant la Südtribüne, avant d’aller s’accrocher aux grillages du mur.

A quelques kilomètres de là, à Bochum, à équidistance entre Dortmund et Gelsenkirchen, Stuttgart, mené 1-0 puis 2-1, s’est imposé 2-3 contre le VfL et prend la tête du championnat. Ils ne la lâcheront plus : lors de la dernière journée, bien que menés 0-1 en début de match contre Cottbus, les Souabes s’imposent 2-1 et remportent le Meisterschale, la dernière victoire de Schalke contre Bielefeld ne faisant qu’aviver les regrets de cette première place perdue dans l’enfer du Westfalenstadion. Le BVB finit lui en roue libre par une défaite à Leverkusen… Mais ce jour-là, l’important était ailleurs : les fans dortmundois avaient affrété un avion tirant une banderole « ein Leben lang keine Schale in der Hand » qui est venu survoler, sous les vivats, le kop jaune et noir à Leverkusen avant d’aller tourner au-dessus de la Veltins-Arena en larmes. C’est la magie du Derby : Schalke avait réussi une saison magnifique et termine deuxième, tout a fini dans les larmes et la douleur, juste pour ce Derby (et ce titre) raté. Nur gucken, nicht anfassen. Seulement regarder, ne pas toucher, allusion à la pub sexiste pour la bière Veltins que tournait alors le manager des Blauen Rudi Assauer. A l’inverse, le BVB a complètement foiré sa saison, bouclée à une anonyme 9ème place après bien des déboires et des tourments. Et pourtant, il l’a terminée dans la joie et l’allégresse. Derbysieg ist wie die Meisterschaft !

Le héros. Je t’ai déjà parlé d’Alexander Frei dans mon article sur la longue histoire d’amour entre le Borussia Dortmund et la Suisse. Alex n’y est pas pour rien. Il n’a pas joué au BVB pendant les années les plus glorieuses du club mais sa mentalité, sa combativité et surtout son statut de Derbyheld avec ce but au combien capital et son doublé lors de la remontée de 0-3 à 3-3 lors du Derby 2008-2009 au Westfalenstadion en ont fait l’un des chouchous de la Südtribüne. Pour l’éternité.

Si tu as raté le début:

1er décembre

2 décembre

3 décembre

4 décembre


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