Notre week-end brêmois a failli être parfait. Failli seulement car il a manqué la victoire et le retour à notre place de Nummer 1 im Pott. La faute à un époustouflant Jiri Pavlenka dans les buts brêmois et à ses montants qui nous ont privé d’un but victorieux qui eût été largement mérité.

Une saison de Bundesliga, c’est bien sûr d’abord des stades et des matchs. Mais c’est aussi l’occasion de découvrir que notre ligue préférée se joue le plus souvent dans des villes magnifiques, à quelques exceptions près (au hasard, Leverkusen, Gelsenkirchen, Sinsheim…). Et cela nous permet de faire un peu de tourisme, surtout cette saison où notre équipe est capable du meilleur comme du pire : au moins, quand notre équipe passe à travers, on n’aura pas complètement perdu notre week-end si l’on a profité des charmes de la ville qui accueillait notre BVB. Et question charmes, Brême n’est pas le déplacement le plus triste de la saison. Les Bremer Stadtmusikanten, les nombreux parcs et lacs du centre-ville, le Kajenmarkt sur les rives de la Weser et ses nombreux Biergarten, la statue de Roland, le Rathaus, la cathédrale, la maison des Guildes, les quartiers pittoresques du Schnoor et de la Böttcherstraße, le vieux moulin, les animations diurnes et nocturnes, la gastronomie (même si nous n’avons pas osé tenter le terrible Kohl und Pinkel…) : le week-end était déjà bien rempli avant de partir pour le match du dimanche en fin d’après-midi.

 

Weser Beach

Par un malheureux hasard du calendrier, tous nos derniers déplacements à Brême s’étaient déroulés en hiver. Soit par des températures glaciales soit en période de crue de la Weser. Donc, pas vraiment les conditions idéales pour profiter des charmes incomparables, quoiqu’un peu surannées, du Weserstadion et de ses abords. J’adore ce stade : même s’il a été rénové il y a quelques années, cela reste encore un stade à l’ancienne, qui n’a peut-être pas tout le confort ni la rentabilité des arènes ultramodernes de la Bundesliga mais c’est un endroit qui respire le football, la passion, l’authenticité : les vieux projecteurs emblématiques, les piliers qui cachent un peu la vue, les 42’000 fans entassés sur un minimum d’espace…

Et puis le Gästeblock est situé juste sous le toit, cela donne toujours une acoustique et une atmosphère très particulières, l’une des meilleures ambiances borusse en déplacement de la saison. Les alentours du stade sont à l’avenant, avec cette allée de pubs à l’anglaise entre des petites maisons cossues et surtout les nombreux Biergarten qui bordent la Weser. La météo s’est finalement décidée pour un beau soleil ; les bars sont bondés, l’atmosphère prête au farniente, la bière coule à flot, bref on passe un moment très agréable avant de pénétrer dans l’enceinte. Dès le coup d’envoi, les chants du peuple Borusse ne laissent planer aucun doute sur l’objectif du jour : la victoire pour repasser devant Schalke, tenu en échec la veille par Mönchengladbach : die Nummer 1 im Pott sind wir !

Le BVB des bons jours

Evidemment, avec notre équipe schizophrène, il y a toujours un peu de tension en début de match pour savoir quel BVB nous allons voir : l’équipe conquérante et ambitieuse vue en début de saison ou, plus récemment, contre Leverkusen ou la somme d’individualités sans âme ni système de jeu subie durant l’hiver ou lors du Derby ? Il ne faudra que quelques duels pour nous rassurer : c’est bien le bon BVB, celui qui nous fait plaisir, qui s’est déplacé à Brême, notre beau week-end hanséatique ne sera pas gâché par un non-match des Jungs.  Rapidement, notre domination va nous procurer des occasions de but par Piszczek et Philipp mais le gardien brêmois Jiri Pavlenka réussit ses premiers (d’une longue série) sauvetages de l’après-midi. Néanmoins, la muraille brêmoise doit s’avouer vaincue après un centre d’Akanji, une nouvelle fois excellent sur le flanc gauche de la défense, une tête contrée de Philipp et une demi-volée magnifique de Marco Reus. On exulte en Gästeblock : le BVB semble parti pour une nouvelle démonstration du même style que celle réussie huit jours plus tôt contre Leverkusen.

Grandeur et décadence

Le Werder Brême a longtemps constitué la deuxième puissance du football allemand. Ceux qui n’ont pas attendu 2013 pour découvrir la Bundesliga se souviennent d’une époque pas si lointaine où l’on parlait de Klassiker pour un Werder – Bayern, preuve supplémentaire de l’incongruité du terme. Aujourd’hui, le Werder est bien rentré dans le rang ; chaque année on craint même une relégation des Werderaner. Et c’était encore bien mal parti cette saison mais un changement d’entraîneur en novembre a permis au Werder de redresser la barre. Avant le match, une immense ovation accueille l’annonce du speaker selon laquelle le club a officiellement assuré son maintien. Qu’un monument du foot allemand qui jadis était abonné aux Coupes d’Europe et rivalisait régulièrement avec le Bayern Munich célèbre aujourd’hui son maintien en grandes pompes, voilà qui doit nous servir de leçon. La hiérarchie n’est pas figée en Bundesliga et on peut très vite voir son statut menacé, c’est pourquoi, même si notre équipe nous a souvent déçus cette saison, il ne faut pas cracher non plus sur notre troisième place actuelle : tout n’est pas à jeter. Une série de mauvais choix et de décisions hâtives peuvent rapidement faire plonger durablement même un club qui paraissait si solidement accroché aux avant-postes que l’était le Werder : c’est une mésaventure qui peut aussi nous arriver si on continue à poursuivre des chimères et à se voir plus grands que nous le sommes. Voir les fans du Werder se réjouir aussi ostensiblement d’un maintien devrait inciter à davantage d’humilité ceux qui ont tendance à oublier qui sont sommes et d’où nous venons…

Relâchement

Si le Werder a assuré son maintien sans avoir à trembler jusqu’au bout, c’est notamment en raison de ses bonnes performances à domicile où il est invaincu depuis l’arrivée du nouvel entraîneur Florian Kohfeldt. Nous aurions donc dû nous douter que ce Werder n’allait pas être une noix aussi facile à croquer qu’auraient pu le laisser supposer nos vingt premières minutes. Peut-être aussi que notre équipe s’est un peu relâchée après l’ouverture du score, toujours est-il que le Werder refait surface avec un tir non-cadré de Kruse et une parade de Bürki devant Junuzovic. Nous aurions pu doubler la mise lorsque Reus a échoué devant Pavlenka mais, juste après, une intervention manquée de Töprak contraint Bürki à une sortie difficile, le contre ne sourit pas à notre gardien suisse et Delaney peut égaliser la tête. Rageant mais assez révélateur d’une deuxième partie de première mi-temps bien moins convaincante que la première.

La poisse

Il faudra attendre un quart d’heure en seconde période pour voir nos Jungs repartir à l’abordage après cette égalisation concédée juste avant la mi-temps. Bürki évite même le pire dès la reprise devant Junuzovic. Dans les critiques d’après-match, le ton est souvent binaire : ce sont toujours les mêmes joueurs qui servent de boucs-émissaires et les mêmes qui sont toujours épargnés. Mais je n’ai pas peur d’affirmer que l’entrée en jeu du décrié Schürrle à l’heure de jeu pour l’intouchable Pulisic, décevant dimanche, a donné une nouvelle impulsion à notre équipe. Avec un Sancho virevoltant, un Akanji intenable sur son flanc gauche, un Reus déchaîné et un Götze retrouvé, notre équipe a réussi une très grosse dernière demi-heure.

Il n’a manqué que les buts. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué mais nous sommes tombé sur un gardien Pavlenka en état de grâce et qui plus est assisté par une réussite insolente. En quinze minutes, nous touchons trois fois les montants. Reus trouve d’abord le poteau puis un tir d’Akanji est dévié du bout des doigts par le portier brêmois sur sa transversale. Ensuite, Pavlenka réussit un arrêt réflexe étourdissant devant Schürrle avant de voir la reprise de Sancho échouer sur la latte. L’international tchèque terminera son festival par deux parades devant Schürrle puis Reus, dans les arrêts de jeu. Il devait être écrit quelque part que nous ne marquerions plus dans ce match…

Un air de renouveau (trop) tardif

Malgré ce manque de réussite et la victoire manquée, notre performance brêmoise confirme le renouveau esquissé contre Leverkusen. Rien à voir avec les matchs nuls concédés, par exemple, à Berlin ou contre Wolfsburg ou Freiburg où nous n’avions pas eu l’impression que notre équipe avait tout tenté pour aller chercher les trois points. Cette fois-ci, nous avons tout essayé, seuls le réalisme et la réussite ont fait défaut. La première raison de cette embellie est d’abord à chercher dans un changement d’attitude avec une équipe beaucoup plus agressive et volontaire. Et puis, mieux vaut tard que jamais, Peter Stöger semble enfin avoir trouvé un style de jeu cohérent. Avec ce 4-1-4-1 et un Mario Götze repositionné beaucoup plus haut, notre entraîneur a réussi à recréer le lien entre Götzinho et Marco Reus, le jeu gagne beaucoup en fluidité. Et plutôt que d’avoir deux faux numéro 6 qui doublonnent, le pressing sur l’adversaire gagne en efficacité.

Ceci dit, cela a bien fonctionné contre Leverkusen et Brême, deux équipes pratiquant un jeu ouvert et pas trop physique, comme le système Peter Bosz avait fait merveille en début de saison contre des adversaires un peu passifs avant de montrer ses limites contre des équipes plus agressives. On verra si ce BVB nouveau peut franchir les deux derniers obstacles avant la fin de la saison dont le style nous conviendra moins : un Mainz en grand danger qui viendra sans doute au Westfalenstadion avec une équipe très repliée et un Hoffenheim au jeu toujours très agressif.

Coucher de soleil

Il nous reste encore trois objectifs à atteindre afin de finir cette saison compliquée sur une note positive : la qualification en Ligue des Champions, offrir des adieux grandioses à Roman Weidenfeller et, surtout, finir devant l’affreux Schalke au classement. Mais avant de voir le soleil se coucher sur cette saison 2017-2018, c’est à un somptueux crépuscule sur la Weser auquel nous avons eu droit. Car le Weserstadion est le seul stade duquel tu peux rentrer en bateau ! Ce fut un moment très sympathique, avec une bière, au soleil couchant, sur un pont de navire rempli de fans, quelques théories échangées en toute convivialité avec des fans du Werder. C’est aussi pour ces moments-là que nous adorons le football et c’était un belle manière de conclure ce magnifique week-end dans le Nord qui aurait pu être parfait si les montants brêmois avaient bien voulu être de notre côté.

Catégories : Au Stade

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