Le mythique stade du Betzenberg a pris congé avec la Bundesliga le samedi 28 avril 2012. Pour pas trop longtemps, espérait-on alors… Le Borussia Dortmund lui n’était plus qu’à une victoire d’entrer dans la légende de la Bundesliga.

Quand j’avais pris mon billet pour ce Kaiserslautern – Dortmund, je pensais que ça pourrait être le match décisif pour le titre. Mais avec la relégation de Kaiserslautern et le sacre du Borussia contre Mönchengladbach, la rencontre n’avait plus aucun enjeu, le match le moins important de la saison selon le quotidien dortmundois RuhrNachrichten. Mais c’est un tel plaisir de voir jouer cette équipe du BVB que j’ai quand même entrepris le déplacement. Et puis ce stade du Betzenberg de Kaiserslautern, avec son immense kop en tribune ouest, reste l’un des plus beaux du continent. L’ambiance est à la fête sous une température estivale. C’est vraiment pas de bol : il faut que la première grosse chaleur de l’année tombe juste le jour où l’on va dans le stade le plus haut perché de la Bundesliga. Fort heureusement, il y a de nombreux bars dans l’ascension qui nous évitent d’arriver complétement déshydratés en haut de la colline du Betzenberg.

Inéluctable

Ce magnifique stade du Betzenberg n’accueillera malheureusement plus de match de Bundesliga la saison prochaine car la relégation de Kaiserslautern était entérinée depuis la semaine précédente. Une relégation inéluctable tant le potentiel offensif des Roten Teufel était indigne d’une équipe de première division. L’été dernier, les dirigeants ont démantelé leur attaque avec les départs de tous les meilleurs éléments offensifs (Lakic, Hoffer, Moravek et Ilicevic) et se sont royalement planté dans le choix de ceux qui devaient les remplacer.

Et le mercato hivernal n’a pas permis de corriger le tir avec de nouveaux départs (Amri, Micanski et l’emblématique Amedick) et quelques flops supplémentaires rayon arrivées. Les dirigeants ont longtemps conservé leur confiance dans l’entraîneur Marco Kurz, qui avait réussi des miracles les deux saisons précédentes, avant de le limoger. Mais le choc psychologique n’a pas fonctionné, le nouvel entraîneur Krasimir Balakov a débuté son mandat par cinq défaites, scellant définitivement la chute des Roten Teufel. De toute façon, le problème n’était pas l’entraîneur mais bien la faiblesse du secteur offensif. Même José Mourinho n’aurait sans doute pas réussi à faire marquer des buts à cette équipe.

Historique

L’entraîneur dortmundois Jürgen Klopp avait affirmé qu’il voulait absolument aller chercher le record de points en une saison de Bundesliga et qu’il ne ferait donc pas tourner son effectif. Il n’a pas tenu parole, puisque Weidenfeller, Hummels, Piszczek, Grosskreutz et Kagawa sont ménagés. Ce BVB remanié met un peu de temps à trouver ses marques et Kaiserslautern en profite pour ouvrir la marque, avec la complicité du défenseur brésilien Felipe Santana qui propulse le ballon dans ses propres filets après un premier arrêt de Langerak devant Fortounis. Et dire que le matin, après une longue hésitation dans mon dressing, j’avais décidé d’enfiler un maillot floqué Santana en hommage à ce remplaçant exemplaire qui va sans doute s’en aller en fin de saison… Le BVB n’aura guère le temps de douter puisque cent vingt secondes plus tard un centre de Patrick Owomoyela trouve la tête de Lucas Barrios pour l’égalisation. L’Argentino-Paraguayen va récidiver quelques minutes plus tard sur un centre d’Ivan Perisic pour un but historique : en effet, c’est la première fois que je rate un but du BVB parce que j’étais à la buvette pour chercher des bières. Le Gästeblock était en plein soleil et il y faisait si chaud qu’il fallait prendre les bières au fur et à mesure, sinon le plastique devenait tellement brûlant que ce n’était plus possible de boire sa bière, dont la température était proche de l’ébullition.

Danke Florian !

Après Lucas Barrios, c’est un autre revenant qui va inscrire le numéro trois, Mario Götze. Le jeune prodige dortmundois fête sa première titularisation de l’année en marquant d’un tir croisé imparable. Le Ballon d’Or espoir 2011 va aborder les dernières échéances de la saison avec des réserves, c’est plutôt bon signe en vue de de la finale de la Pokal et de l’Euro. Kaiserslautern, et c’est tout à son honneur, n’a jamais baissé les bras, est même revenu à une longueur grâce à Pierre De Wit qui a profité d’un sortie hasardeuse de Langerak. Mais une grosse bévue du gardien Tobias Sippel, qui se fait chiper le ballon par Ivan Perisic, permet à Lucas Barrios de s’offrir le triplé, probablement son dernier sous le maillot jaune et noir avant un départ pour un contrat très lucratif en Chine. Une belle frappe enroulée d’Ivan Perisic clôturera la fête de tir, laquelle aurait même pu être plus corsée, si l’on songe notamment aux tirs sur le poteau de Lewandowski et Perisic.

Les quelques douze mille fans dortmundois qui avaient fait le déplacement ont pu se faire plaisir en célébrant leurs héros, en particulier Florian Kringe, lequel a fait sa première apparition de la saison (et probablement sa dernière sous le maillot du BVB). Florian Kringe, ce n’est pas le joueur le plus talentueux de la planète mais c’est un fidèle parmi les fidèles, un guerrier qui a traversé les années noires du club et qui a toujours fait honneur au maillot. Aujourd’hui, il n’a plus tout à fait le niveau pour évoluer dans cette équipe incroyable, il va s’en aller pour trouver du temps de jeu ailleurs mais c’est un homme qui restera dans le cœur de tous les supporters dortmundois. Danke für alles, Florian !

Immense respect

Une victoire samedi prochain au Westfalenstadion contre Freiburg et ce BVB 2011-2012 deviendra tout simplement la meilleure équipe de l’histoire de la Bundesliga, la première à dépasser la barre mythique des 80 points. Ce record qui tend les bras au BVB ne rendrait que plus belle la remise du Meisterschale au capitaine Sebastian Kehl. La fête s’annonce grandiose.
Pour terminer, on va tirer un immense coup de chapeau aux supporters du 1. FC Kaiserslautern. Leur équipe est reléguée après une saison misérable, elle n’a plus gagné à domicile depuis le 22 octobre et elle ramasse cinq buts contre un adversaire qui joue sur une jambe avec une équipe B. Et pourtant, ils n’ont jamais cessé de chanter, ont réservé une ovation à leur équipe à la fin du match et ont même lancé une ola, reprise par tout le stade. Du côté de Genoa ou Marseille, on devrait peut-être aller voir au Betzenberg ce que c’est des vrais supporters. Pour son public fantastique, on espère donc que le 1. FCK pourra rapidement retrouver la Bundesliga, même si ça s’annonce compliqué : la Zweite Liga devrait être très relevée la saison prochaine et les Roten Teufel n’ont plus vraiment d’ossature sur laquelle reconstruire ; les dirigeants ont donc beaucoup de boulot pour former une équipe capable de viser le Wiederaufstieg. On leur souhaite bonne chance, ce stade et ce public méritent vraiment de voir les meilleures équipes du pays.

1. FC Kaiserslautern – Borussia Dortmund 2-5 (1-3).
Fritz-Walter-Stadion, 49’780 spectateurs (guichets fermés).
Arbitre: M. Schmidt.
Buts : 16e Santana (autogoal, 1-0), 18e Barrios (1-1), 26e Barrios (1-2), 33e Götze (1-3), 49e De Wit (2-3), 55e Barrios (2-4), 76e Perisic (2-5).
Kaiserslautern : Sippel ; Dick, Abel, Rodnei (40e Yahia), Bugera ; Borysiuk; Fortounis, Tiffert (77e Kirch), De Wit, Sahan (64e Derstroff); Wooten. Entraîneur Krassimir Balakov.
Dortmund: Langerak; Owomoyela, Santana, Subotic, Löwe; Gündogan, Kehl (64e Leitner); Götze (77e Kringe), Lewandowski (66e Kagawa), Perisic; Barrios. Entraîneur: Jürgen Klopp.
Cartons jaunes: 19e Barrios, 57e Abel.
Notes: Kaiserslautern sans Simunek ni Kouemaha (blessés), Dortmund sans Schmelzer, Blaszczykowski, Bender (blessés) ni Koch (convalescent).

Classement (33 matchs) : 1. BVB 78 2. Bayern 70 3. Schalke 61 4. Mönchengladbach 57 5. Leverkusen 51 6. Stuttgart 50 7. Hanovre 45 8. Wolfsburg 44 9. Bremen 42 10. Nürnberg 42 11. Hoffenheim 41 12. Freiburg 40 13. Mainz 39 14. Hambourg 36 15. Augsburg 35 16. Köln 30 17. Hertha 28 18. Kaiserslautern 23.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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