Pour coller au mieux au titre de cette rubrique (Du charbon et de l’acier), quoi de mieux que d’aller visiter une mine du Ruhrpott ? Le week-end passé, nous sommes donc descendus aux origines profondes du BVB : au fond d’une mine, là où est née la légende du club, là d’où le club tire ses racines, ses valeurs, ses traditions… L’expérience vaut le détour. Claustrophobes s’abstenir !
Une semaine après l’Autokorso sur la Borsigplatz pour célébrer la victoire en Pokal, nous avons poursuivi notre exploration profonde des origines du BVB : en descendant au fond d’une mine du Ruhrpott. Nous avons en effet mis à profit ce dimanche de Pentecôte, au lendemain d’une assemblée générale et fête de fin de saison arrosées avec l’un de mes Fanclubs, pour descendre au cœur du mythe et de la houille. Certes, la plupart des mines de la Ruhrgebiet ont aujourd’hui fermé et il n’y a plus guère de fans qui passent directement des gisements de charbon au stade. Mais le mythe reste bien vivace et le BVB demeure profondément marqué et imprégné par ses origines minières et ouvrières. Par le passé, certains de nos pères fondateurs, joueurs ou pères de joueurs et surtout de très nombreux supporters sont passés par la mine et c’est un héritage que notre club doit absolument maintenir, sous peine de perdre ce qui le rend si unique.

Direction Witten

L’épuisement des gisements, les crises du charbon et de l’acier, ont donc conduit à la fermeture de la plupart des mines du Ruhrpott qui avait fait jadis la prospérité de la région. Les crises économiques et sociales qui s’en sont ensuivies ont laissé la plupart des mines à l’abandon mais, depuis une trentaine d’année, un vaste mouvement de réhabilitation des anciens puits s’est amorcé. C’est une page qui s’est tournée mais, bien loin de l’image grise et polluante que l’on se fait souvent de l’exploitation de la houille, c’est une page qui fait aujourd’hui la fierté d’une région viscéralement attachée à son patrimoine, à son passé, à ses traditions et à sa culture. Dès lors, aujourd’hui, dans presque chaque ville du Ruhrpott, il est possible d’aller visiter une ancienne mine reconvertie en musée et en attraction touristique. C’est l’Industriekultur und Zechen : la Zeche Zollern à Dortmund, la Zeche Holland à Wattenscheid, la Zeche Zollverein à Essen, la Zeche Hannover à Bochum, la Zeche Teutoborgia à Herne… Nous optons pour la Zeche Nachtigall à Witten, ville baignée par la Ruhr en banlieue sud de Dortmund, à dix petites minutes de S-Bahn de la gare centrale. Pourquoi celle-là ? Parce que ce jour-là, il y était proposé une descente dans les entrailles de la terre et que, par ce beau dimanche ensoleillé de Pentecôte, nous avions très envie d’aller nous enterrer six pieds sous terre.

Zeche Nachtigall

La Zeche Nachtigall fut l’une des plus importantes mines du Ruhrpott. Exploitée depuis 1714, abandonnée en 1892 après avoir arraché tout ce qu’il était possible de la montagne (jusqu’à près 100’000 tonnes de charbon par année à l’époque de sa splendeur), elle est composée de nombreux puits aux noms évocateurs, Neptun, Hercules, Eleonore, Catharina, Helene, dont certains s’enfoncent à près de 1’000 mètres dans les profondeurs de la terre. Malheureusement, contrairement à de nombreuses autres mines du Ruhrpott, le chevalement n’a pas été conservé et nous ne pouvons pas donc pas admirer de près l’un de ces fameux « derricks » si caractéristiques de la région. Nous ne nous attardons donc guère à l’extérieur, nous contentant de jeter un coup d’œil distrait à l’ancienne briqueterie qui avait succédé à la mine avant d’être à son tour abandonnée dans les années 1960 puis transformée en musée. Après avoir réservé notre place pour la descente aux enfers, nous profitons de quelques derniers instants de soleil en allant prendre une bière dans le bar de la mine (attention, je n’ai pas écrit prendre une mine dans un bar…) répondant au doux nom de Cafe Karbon (Donald Trump like).

La descente aux enfers

Puis vint enfin notre tour de descendre au fond de la mine. Notre guide nous remet un casque (jaune bien sûr) et nous demande de bien le fixer et l’attacher. Sur le moment, nous pensons qu’il s’agit d’un truc pour les touristes, histoire de prendre quelques selfies. Mais il s’avérera rapidement que ce casque va me sauver la vie, et plus d’une fois, ou du moins préserver les quelques malheureux neurones qu’il me reste. Une fois paré, nous nous dirigeons vers la montagne, ou plutôt la colline, et pénétrons dans ses entrailles. Si la première galerie est plutôt large et correctement éclairée, les choses vont rapidement se gâter. Les galeries, dûment grillagées et étayées, se rétrécissent de plus en plus et ne laissent rapidement plus guère la place que pour un homme de front. Pire, le plafond est de plus en plus bas et est encore régulièrement abaissé par des étais en bois à intervalles réguliers. Bref, en une heure de visite dans les profondeurs, j’ai bien dû me cogner la tête au plafond une bonne centaine de fois. Où l’on découvre l’utilité salvatrice du casque… Si certaines galeries doivent ascender à une hauteur stratosphérique de 1,80m, d’autres ne doivent pas dépasser le 1,20m et une partie de la visite se fait donc voûté, voir presque courbé en deux. Et c’est là que je m’aperçois que, contrairement à certaines apparences (par exemple en fins de soirée), j’ai quand même un peu évolué depuis nos lointains ancêtres australopithèques car ce n’est pas une station très naturelle pour moi.
Si l’on essaie de se repérer sur les cent premiers mètres, nous sommes rapidement perdus dans le dédale de galerie et rien ne ressemble autant à une galerie mine qu’une autre galerie de mine. Il y a bien un puit ici ou là ou quelques wagonnets d’extraction abandonnés mais sinon c’est juste des galeries étroites (très) moyennement éclairées. Dès lors, et même si nous n’avons qu’un intérêt modéré pour les nombreuses explications auf deutsch de notre guide, nous sommes bien résolus à ne pas le perdre. Il reste plus de deux mois jusqu’à la reprise de la Bundesliga, nous avons un peu de temps devant nous, mais nous avons d’autres projets pour cette pause estivale que de rester perdus au fond d’une mine du Ruhrpott.

Die Helden der Vergangenheit

Notre guide égrène les nombreux éboulements, inondations, coups de grisou, éboulements et autres accidents survenus dans la mine, tout en nous racontant l’histoire de la grandeur et décadence de la Zeche Nachtigall. Je te passerai les détails, tout comme ceux des techniques d’extraction de la houille et je te laisserai aller découvrir par toi-même. Jusque-là, malgré l’étroitesse et la petitesse des lieux, la visite s’était déroulée dans un relatif confort. Mais notre guide nous explique que nous n’avons encore rien vu et que nous allons maintenant découvrir à quoi ressemblait le quotidien d’un mineur du Ruhrpott. Toutes les lumières s’éteignent et la galerie, la plus étroite et la plus basse parcourue jusque-là, n’est plus éclairée que par la lueur vacillante de la bougie d’une lampe de mineur. Intarissable, notre cicérone nous apprend que la bougie ne servait pas qu’à éclairer mais aussi à avertir, par ses variations de couleur, les mineurs des éventuels dangers liés à un manque d’oxygène ou à une accumulation dangereuse de gaz. L’amie qui m’avait entraîné dans cette aventure est claustrophobe et elle voulait « sortir de sa zone de confort », elle est servie, elle avait été stoïque jusque-là mais elle commence à montrer quelques signes de tension.
Heureusement, notre bougie à nous est restée stable mais nous commençons à nous rendre compte à quel point les mecs qui travaillaient là jadis étaient des héros : l’obscurité, l’angoisse, la chaleur (qui devait être bien supérieur en période d’exploitation à ce qu’elle était lors de notre visite), les poussières toxiques, l’incofort des lieux etc, le tout sans doute dix ou douze heures par jour, six ou sept jours par semaine et pour des salaires de misère… Et pourtant, ces mecs, une fois sortis de leur puit, ils ont trouvé le moyen d’aller créer, faire vivre et grandir le club de football le plus génial de la planète. Dès lors, nous comprenons encore un peu mieux pourquoi les fans du BVB demeurent si attachés à leur passé, leurs origines et leurs racines. Loin de nous la prétention, en une heure de visite touristique, d’avoir partagé le quotidien de ces héros ordinaires du passé. Mais disons qu‘en retrouvant, l’air libre et le soleil, la chanson suivante prenait une résonnance toute particulière: Auch in schweren Zeiten haben wir keine Wahl. Wir werden immer zu Dir stehen, wir sind aus Kohle und Stahl. Wir sind aus Kohle und Stahl. (Aussi dans les temps difficile nous n’avons aucun choix, nous nous tiendrons debout derrière toi, nous sommes issus du charbon et de l’acier, nous sommes issus du charbon et de l’acier). J’ajouterai juste un bémol sur le « wir werden immer zu Dir stehen » après cette descente à la mine: nous nous tiendrons à moitié debout derrière toi ou nous cognerons notre casque jaune au plafond : ces plafonds bas j’en cauchemarde encore la nuit !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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