Le week-end dernier, en apéritif avant Mainz – BVB, nous nous sommes autorisés une petite escapade à une centaine kilomètres au nord de Dortmund pour le Derby considéré comme le plus dangereux d’Allemagne : VfL Osnabrück – SC Preussen Münster en Dritte Liga ! Comme nous sommes rentrés légèrement ivres mais bien vivants, on te raconte.

 

Quel est le Derby le plus dangereux d’Allemagne ? BVB – Schalke ? Gladbach – Köln ? Brême – Hambourg ? St. Pauli – Rostock ? Karlsruhe – Stuttgart ? 1860 – Bayern ? Francfort – Offenbach ? Braunschweig – Hanovre ? Dresde – Magdeburg ? Non, rien de tout cela. Le derby qui a fait le plus de blessés dans un stade lors des deux dernières décennies en Allemagne, c’est VfL Osnabrück – Preussen Münster ! Osnabrück est située tout au sud du Niedersachsen, Münster à l’extrémité nord de Westphalie. Les deux villes sont distantes de cinquante kilomètres l’une de l’autre, comme le savent tous les férus d’histoire : c’est dans ces deux cités qu’ont été signés les traités de Westphalie qui ont redessiné la carte de l’Europe en 1648. Et accessoirement reconnu, pour la première fois internationalement, à notre chère Suisse son indépendance et sa souveraineté, proclamées en 1291, ainsi que sa neutralité qui en a fait la prospérité jusqu’à nos jours.

Le match de la peur

Fatalement, cette proximité, ainsi que les fréquents affrontements entre deux clubs habitués aux aller-retours entre 2. et 3. Liga ont nourri une féroce rivalité entre Osnabrück et Münster. En 2011, c’est l’escalade : le principal groupe ultra de Münster, la Curva Monasteria, oublie sa bannière dans un train en rentrant d’un déplacement à Kaiserslautern. Pas de chance, elle est trouvée par des fans de Mainz qui s’empressent de la transmettre aux rivaux d’Osnabrück et ceux-ci ne se gênent pas pour l’exhiber lors du derby suivant. Pour des ultras, se faire dérober sa bannière par l’ennemi juré est la pire humiliation imaginable et forcément pareil affront ne pouvait rester impuni. Un hooligan des Preussen balance alors un engin explosif polonais, de type Delova Rana 75 mn, une vraie sale bête, dans un ancien tunnel d’accès un terrain. Bilan : 33 blessés, dont certains grièvement, en majorité des policiers mais aussi des secouristes et des enfants, et cinq ans de prison ferme pour l’artificier en herbe. Depuis, c’est sous haute tension que se jouent les derbies entre Osnabrück et Münster. Samedi, en dehors des fans des Preussen, parqués dans un camp retranché au-dessus du tunnel du scandale aujourd’hui condamné, il était impossible d’acquérir un billet pour ce derby sans justifier d’un domicile à Osnabrück, une mesure rarissime en Allemagne. Comme je n’ai pas encore tout à fait fini d’emménager mon appartement à Dortmund, je n’étais pas trop motivé pour acquérir un pied à terre à Osnabrück juste pour voir un match de 3. Liga. Mais en activant quelques contacts à la fédération, nous voici munis de deux précieux sésames pour le derby interdit.

La Dritte Liga est magique

Nous débarquons donc à Osnabrück dans une ville en état de siège avec des policiers partout. Après quelques détours pour éviter le trajet prévu pour les fans de Münster, histoire de pouvoir siroter nos bières tranquillement, nous arrivons au stade, lequel vient de récupérer son véritable nom (officiellement du moins, l’inscription n’est pas encore changée), Stadion an der Bremer Brücke, après des années de naming (Osnatel-Arena) : c’est la nouvelle tendance (réjouissante) en Allemagne, un sponsor paie pour permettre au stade de retrouver son nom originel, ça assure une grande popularité auprès des fans. Même si nos préférences vont plutôt à nos homonymes de Münster (Preussen = Prusse en Français = Borussia en latin…), j’essaie de ramener un souvenir d’Osnabrück. On croise plein de fans arborant de magnifiques maillots lilas, la couleur du club, mais cette saison le VfL a opté pour un affreux Trikot blanc, un véritable échec marketing comme le maillot 2006-2007 du BVB avec ses lignes jaunes et blanches et son logo vert. Tant pis, je me contente d’une écharpe. Le match débute dans une ambiance survoltée : plus de 13’000 fans, des tifos, des chants continus, j’ai à chaque fois un pincement au cœur en retrouvant cette ferveur authentique que l’on connaissait jadis au Westfalenstadion avant de devenir un club tendance… Il faut préciser que la Dritte Liga n’a rien à voir avec ses homologues suisses (Promotion League) ou françaises (National). Les affluences y dépassent régulièrement les 10’000 spectateurs, les clubs ont presque tous des sections ultras et les matchs sont diffusés sur la première chaîne nationale, ARD, en direct via ses canaux régionaux, ou en résumé lors de l’émission culte du samedi, Sportschau. L’engouement est tel que le géant Telekom vient de débourser une fortune pour acquérir les droits TV de cette 3. Liga afin de pouvoir diffuser du foot même s’il s’est fait souffler les droits de la Bundesliga et de la 2. Liga par Sky. On l’a déjà dit mais en Allemagne le football est vraiment une religion.

La Dritte Liga est moins magique

Sur le terrain, en revanche, nous avons bien affaire à un match de troisième division. Même si le classement reste serré, les locaux, Osnabrück, jouent la promotion, alors que les visiteurs, Münster, luttent contre la relégation. Mais dans le contexte sulfureux du Derby, cette différence ne va guère transparaître sur le terrain, c’est surtout un combat acharné et pauvre en occasion de buts. Comme souvent dans ces cas-là, c’est finalement l’équipe la mieux classée qui va profiter d’une erreur adverse pour ouvrir le marque, en l’occurrence une affreuse perte de balle à 40 mètres du but des Preussen à la 37e. Le gardien Schulze Niehues sauve devant Rüzgar mais le dénommé Kwasi Okyere Wriedt a bien suivi et marque dans le but vide. Nous étions surtout là pour découvrir un nouveau stade et profiter de l’ambiance en descendant quelques bières et Glühwein, bien plus que pour analyser la rencontre. Mais on se réjouissait de découvrir, à Münster, Tobias Warschewski, un enfant de la Südribüne, dont un éventuel transfert au BVB a été évoqué cet hiver. Malheureusement, l’ancien joueur de l’Eintracht Dortmund, entré à la mi-temps, n’a guère eu l’occasion de se mettre en évidence. On aura surtout vu Okyere Wriedt qui va définitivement assommer les Preussen en offrant le 2-0 à son compère Kemal Rüzgar après un débordement le long de la ligne de fond et en inscrivant lui-même le 3-0. On venait à peine de dépasser l’heure de jeu. Quatre tirs, trois buts, le salaire était royal pour le VfL mais logique, tant Münster s’est montré incapable d’inquiéter le gardien adverse.

L’euphorie

Forcément, une victoire 3-0 contre l’ennemi juré, l’euphorie était totale au Bremer Brücke. Un bonheur ne venant jamais seul, ce succès permettait au VfL de se hisser à la deuxième place du classement (synonyme d’ascension directe en 2. Liga) avant le choc au sommet sur la pelouse du leader Duisburg ce week-end, alors que Münster glissait en position de relégable. Les cinquante kilomètres de trajet retour sous très forte escorte policière ont dû paraître longs pour les fans des Preussen. Nous, en revanche, nous allons célébrer la victoire avec les locaux dans un bar en zieutant le Konferenz de Bundesliga sur Sky. Le Fußball am Samstagnachmittag, c’est définitivement magique.

Julien Mouquin

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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