Ce soir, le BVB se rend à Hambourg, au stade qui nous souvent valu des désillusions douloureuses. Prenons ce match de février 2014 où Hambourg avait renoué avec la victoire après huit défaites consécutives en étrillant un Dortmund apathique qui avait sombré dans les eaux profondes du port d’Hambourg, en livrant probablement son pire match depuis l’arrivée de Jürgen Klopp en 2008. Nos Jungs sont prévenus : il ne faut jamais prendre le déplacement du Volksparkstadion à la légère !

Désolation. A la base, j’avais prévu de t’écrire un laïus sur la situation dramatique, avant ce match contre Dortmund, du SV Hambourg : ses résultats catastrophiques, son déficit abyssal, ses querelles internes, ses problèmes structurels, ses faits divers qui défraient la chronique… Mais j’ai dû revoir mes plans car, samedi après-midi, la désolation était bien dans les rangs du champion d’Europe 1997 et non dans ceux du champion d’Europe 1983…

Le choc psychologique

On se doutait bien que le Dino du HSV ne serait pas une proie aussi facile à croquer que ne le laissait entendre sa série en cours de huit défaites consécutives, dont les six dernières en ayant encaissé au moins trois buts ! Car la dernière en date, une humiliation 4-2 sur la pelouse de la lanterne rouge Braunschweig, avait logiquement provoqué le licenciement de l’entraîneur vice-champion du monde Bert van Marwijk. Le Hollandais avait été engagé en septembre en remplacement de Thorsten Fink après une défaite des Rothosen 6-2 à Dortmund, il n’aura donc même pas tenu un tour puisqu’il s’est fait virer juste avant le retour contre le… BVB, soit, ironie du sort, le club où il avait connu un premier échec en Bundesliga avec un passage peu concluant à la tête du Borussia entre 2004 et 2006. Son licenciement coûtera au HSV  la bagatelle de trois millions d’euros en indemnités et commissions diverses : c’est cher payé pour un entraîneur qui aura accumulé les défaites pendant son bref mandat. Et on comprend pourquoi les onze membres du directoire hambourgeois – dont cinq démissionnaires – ont récemment été élus par un grand quotidien germanique  « pire équipe de l’histoire du foot ». Il semble que cette équipe de pieds nickelés aient eu la main plus heureuse avec le choix du nouvel homme fort des Rothosen. Après s’être entredéchirés sur l’opportunité d’engager Felix Magath, qui proposait de revenir gratuitement diriger le club pour lequel il avait inscrit l’unique but de la victoire en finale de la Coupe des Champions 1983, les dirigeants hambourgeois ont choisi un entraîneur moins clivant : Mirko Slomka.

L’union sacrée

Le choix n’est pas innocent : l’ex-mentor de Schalke 04 a déjà repris un HSV dans une situation aussi dramatique : c’était Hannover 96 en 2010, à une époque où Sechsundneunzig cumulait les roustes avec une équipe complètement déprimée par le suicide de son gardien Robert Enke. Et le miracle s’était accompli : Slomka était parvenu à sauver les Bas-Saxons lors de la dernière journée puis à les mener deux ans de suite en Europa League. On attend de lui qu’il en fasse autant sur les bords de l’Elbe, en commençant par éviter la première relégation de l’histoire du club. Il a commencé par prendre des mesures radicales en augmentant considérablement la fréquence des entraînements et en modifiant complètement le onze de base du HSV, intronisant notamment une charnière centrale inédite Slobodan Rajkovic – Johan Djourou, deux joueurs tombés en disgrâce sous van Marwijk.

Et puis Mirko Slomka a peut-être été aidé par un événement tragique, le décès, quelques jours avant le match contre Dortmund, d’Hermann Rieger, physiothérapeute de l’équipe pendant 26 ans et figure tellement emblématique du club que le dinosaure qui sert de mascotte au HSV porte son nom. Alors que, quinze jours auparavant, après une défaite infamante au Volksparkstadion contre Berlin, certains « fans » des Rothosen avaient ouvertement menacé l’intégrité physique de leurs joueurs, cette disparition a scellé l’union sacrée autour du club pour sauver ce qui peut encore l’être : dès la minute de silence d’avant match, on a senti une vraie communion entre fans et joueurs hambourgeois.

Apathiques

Ceci dit, sur sa valeur, Dortmund, même face à ce HSV revigoré et avec une équipe toujours diminuée par les blessures, aurait dû passer l’épaule. Mais, dès le coup de d’envoi, on se rend compte que notre équipe n’y est pas. Le BVB ronronne, joue sans rythme, ne gagne pas les duels et semble penser que les buts finiront bien par tomber tous seuls du ciel chargé de nuages du Nord de l’Allemagne. Or, ces buts, c’est un HSV, d’abord prudent puis enhardi par la passivité jaune et noire, qui va aller les chercher. A l’énergie et au courage. Juste avant la mi-temps, Pierre-Michel Lasogga au centre et Petr Jiracek à la réception de la tête, s’arrachent pour ouvrir le score en nette infériorité numérique au milieu d’une défense dortmundoise complètement statique. Puis un énième duel gagné par les Rothosen à mi-terrain permet à Pierre-Michel Lasogga de partir seul doubler la mise.

A oublier

La mauvaise plaisanterie, à laquelle on n’avait pas songé un seul instant avant le match, prenait forme. Et ce d’autant plus que le gardien international du HSV Rene Adler, qui avait pourtant cumulé les bourdes ces derniers temps, se chargera d’annihiler avec brio les quelques tentatives sporadiques de révolte du BVB, notamment en détournant un tir de Piszczek sur la latte. Mais cela n’aurait rien changé : quand on entame pareillement un match par le mauvais bout, c’est difficile de corriger le tir par la suite. Clairement, le Borussia n’a pas assez investi samedi au Volksparkstadion et, comme on l’a souvent constaté, les Pöhler n’ont pas une sécurité défensive, un réalisme offensif et une qualité individuelle pour gagner des matchs en jouant sur une jambe. Fut-ce contre un Hambourg en grande difficulté. Cette incapacité à enchaîner les matchs avec une pareille implication démontre que mon BVB n’est pas encore l’égal des tous grands d’Europe. On imagine que la proximité du déplacement à Saint-Pétersbourg en Ligue des Champions a influé négativement sur la performance des Bubis de Jürgen Klopp mais il ne faudrait pas que ceux-ci oublient que, si le titre est perdu depuis belle lurette, il y a encore une place sur le podium – et les millions de la Ligue des Champions qui vont avec – à aller chercher en Bundesliga cette saison. Et que c’est loin d’être acquis.

Hambourg est magique

Le BVB boire même le calice jusqu’à la lie en encaissant le but du week-end en fin de match, un coup franc de plus de quarante mètres du jeune prodige Hakan Calhanoglu sur lequel Roman Weidenfeller n’est pas à son avantage, même si Oliver Kahn n’est pas du même avis. Avec ce succès retentissant, le HSV s’est redonné le droit de croire au maintien. Cette victoire n’effacera pas d’un coup de baguette magique les problèmes financiers, querelles institutionnelles, procédures judiciaires et autres problèmes de gouvernance qui minent l’institution. Mais elle aura réconcilié le public avec son équipe en montrant que cette dernière n’est pas encore morte et qu’elle possède tout de même certaines qualités, ce dont on pouvait douter lors des derniers matchs calamiteux de la triste ère van Marwijk. Voilà qui donne quelques raisons d’espérer que ce n’est pas cette saison que les Rothosen connaîtront la première relégation de leur histoire. Je suis de tout cœur avec eux car une soirée d’avant-match à la Reeperbahn et une d’après-match à la Grosse Freiheit m’auront convaincu – si besoin était – qu’il serait profondément regrettable qu’Hambourg ne figure plus parmi les destinations au menu de la Bundesliga. Dès lors, contrairement à mon équipe, je n’ai pas vraiment abordé en dilettante ce troisième déplacement septentrional du Borussia en février afin de garder des réserves pour le quatrième, trois jours plus tard sur les bords de la Neva.

Hamburger SV – Borussia Dortmund 3-0 (1-0).

Imtech Arena, 57’000 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre: Dr. Brych.

Buts : 42e Jiracek (1-0), 58e Lasogga (2-0), 91e Calhanoglu (3-0).

Hamburg: Adler; Westermann, Djourou, Rajkovic, Jansen; Rincon, Badelj, Arslan, Jiracek; Calhanoglu; Lasogga (86e Zoua). Entraîneur: Mirko Slomka.

Dortmund: Weidenfeller ; Piszczek, M. Friedrich Papastathopoulos, Schmelzer; Bender (46e Reus), Sahin; Aubameyang, Mkhitaryan, Grosskreutz (75e Hofmann); Lewandowski (67e Ducksch). Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 46e Rincon, 55e Aubameyang, 86e Zoua, 90e Reus.

Notes: Hambourg sans van der Vaart, Beister ni Demirbay, (blessés), Dortmund sans Hummels, Subotic, Blaszczykowski, Durm, ni Gündogan (blessés).

Classement : 1. Bayern 62 2. Leverkusen 43 3. Dortmund 42 4. Schalke 41 5. Wolfsburg 39 6. Mönchengladbach 35 7. Hertha 34 8. Augsburg 34 9. Mainz 34 10. Hoffenheim 26 11. Hannover 24 12. Nürnberg 23 13. Francfort 22 14. Brême 22 15. Stuttgart 19 16. Hambourg 19 17. Freiburg 18 18. Braunschweig 15.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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