C’est devenu une vilaine habitude mais le BVB a de nouveau trébuché sans gloire sur la pelouse d’un mal classé, la lanterne rouge Darmstadt. Nos Jungs, sans âme, sans envie, sans fierté, ont subi une défaite mille fois méritée contre un adversaire limité mais qui lui au moins était motivé. Notre saison tourne au cauchemar, sur et hors du terrain…

J’ai toujours prétendu que la Bundesliga était le championnat le plus dense et le plus homogène d’Europe et qu’il n’y avait jamais de match facile. Dès lors, nous effectuons chaque déplacement avec la conscience que la défaite fait partie des scénarios envisageables. Mais, et sans manquer de respect à qui que ce soit, il y a des matchs dans lesquels une équipe comme le BVB ne devrait pas se mettre en danger, à condition de les aborder avec un minimum d’application et de motivation. A priori, Darmstadt aurait dû appartenir à cette catégorie.

© Julien Mouquin / Generation WS

L’incongruité Darmstadt

Car la présence en Bundesliga du SV Darmstadt 98 est une incongruité. Une incongruité sympathique certes mais une incongruité toute de même. Autant l’arrivée en Buli de clubs comme Hoffenheim, Augsburg, Ingolstadt ou bien sûr l’infâme Leipzig était programmée à coup d’investissements somptuaires, autant celle des Lilien tient du miracle. Nous parlons d’une vieille Traditionsverein historique du foot germanique qui végétait sans grands moyens ni ambitions dans le ventre mou de la Dritte Liga. Puis une dynamique incroyable, s’est enclenchée : un entraîneur charismatique, une équipe de has been revanchards, un collectif hyper solidaire… les victoires se sont enchaînées et, comme dans un rêve, l’équipe a fêté la promotion en Zweite Liga, puis en Bundesliga et enfin le maintien. Avec à chaque fois l’un des plus petits, sinon le plus petit budget de la ligue. Le revers de la médaille, c’est que ces succès ont suscité bien des convoitises et Darmstadt s’est vu régulièrement dépouillé de ses meilleurs éléments, comme l’été dernier l’entraîneur à succès Schuster, le buteur Wagner, le gardien Mathenia, le canonnier Rausch… Et comme il n’y a pas vraiment d’argent à disposition pour remplacer les partants, c’est à chaque fois le système D pour présenter une équipe compétitive. Sur le papier, le contingent des Lilien ressemble davantage à celui d’une équipe de milieu de tableau de 2. Liga qu’à celui d’un pensionnaire de l’élite. Arrivée durant l’hiver, le nouvel entraîneur, notre ancien joueur, Torsten Frings, paraît s’atteler à une mission impossible pour aller chercher un nouveau maintien.

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Pas assez bien pour nos divas

Le club est monté tellement vite et de manière si inattendue que les infrastructures n’ont pas vraiment suivi. Le Böllenfalltor est bien loin des standards habituels de la Bundesliga avec son sentier forestier pour accéder au bloc visiteurs, ses gradins en tubulaires installées en urgence derrière les buts, ses tonnelles provisoires tenant lieu de bars et ses toilettes de chantier. Nous avons davantage l’impression d’assister à une kermesse villageoise qu’à un match de la plus grande ligue du monde aux 43’000 spectateurs de moyenne par match. Personnellement, j’adore ce genre d’ambiances un peu désuète, c’est vintage, il y a des bars partout, une ferveur authentique et bon enfant, la seule critique que je pourrai faire c’est que la sauce de la Currywurst était un peu claire… Mais malheureusement, nos divas qui rêvent de Ligue des Champions, du Real Madrid, de Manchester ou de Barcelone n’ont manifestement pas la même opinion. A priori, nos stars s’estiment trop précieuses pour égayer de leur talent les vieilles tribunes fatiguées du Böllenfalltor. Malheureusement, nous commençons à connaître ce BVB 2016-2017 et, dès notre arrivée dans les Biergarten entourant le stade, nous nous sommes dit que ce match ressemblait à l’une de ces embuscades dans lesquels nous sommes si souvent tombés depuis le début de la saison. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la principale qualité de notre équipe cette saison, ce n’est pas de savoir tirer les leçons de ses échecs.

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Comme un air de déjà vu

Contre un adversaire qui restait sur une défaite 1-6 à domicile contre Köln, il aurait fallu emballer le match, montrer aux Lilien qu’ils n’avaient rien à espérer. Las, nous nous sommes laissés embarquer dans ce faux rythme, cette possession molle qui nous consternent depuis le début de la saison. Certes, nous avons quelques occasions, la réussite n’a pas toujours été de notre côté comme sur ce coup franc de Reus sur la latte qui aurait pu mettre fin à une très longue disette sur coup franc direct. Mais d’un autre côté, notre défense a, comme d’habitude, montré des signes inquiétants de fébrilité, même Sokratis, notre roc inébranlable, commence à s’aventurer dans des relances hasardeuses et des pertes de balles coupables. C’est donc assez logiquement que Darmstadt a ouvert le score par Terrence Boyd. Aucun d’entre nous n’a oublié Terrence Boyd : c’est ce jeune joueur de notre deuxième équipe, qui avait été appelé en équipe des Etats-Unis par Jürgen Klinsmann mais qui, malgré son statut de néo-international, n’avait pas été jugé assez bon pour avoir le droit à une seule minute de jeu en première équipe au BVB. Et c’est lui qui nous crucifie une première fois… Voilà qui nous rappelle les paroles de Bill Shankly, l’entraîneur de Liverpool, avant la finale de Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe 1966 entre les Scousers et le BVB : l’inénarrable mentor des Reds estimait qu’aucun joueur du Borussia n’était assez bon pour jouer avec son équipe, au mieux avec l’équipe réserve. Mais au final, les Borussen, avec une équipe de gamins sortis des usines du Ruhrpott, l’avaient emporté au courage, au combat, à l’énergie contre les divas liverpuldiennes, sur le score de… 2-1. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’enfants de Mengede, Castrop-Rauxel ou Bottrop dans les rangs du BVB mais bien davantage de mercenaires intéressés par leur plan de carrière ; l’arrogance, la suffisance et la condescendance sont passés dans notre camp et nous laissons à d’autres les qualités de cœur, de courage et de combat qui ont pourtant forgé la légende de notre club. Samedi, c’était du côté de Darmstadt qu’il fallait chercher les vertus qui nous sont chers…

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Tellement mérité

Pourtant, j’ai pensé que l’égalisation arrachée par Raphaël Guerreiro en fin de première mi-temps pourrait nous remettre les idées en place. Et accessoirement, porterait un coup fatal au mental chancelant de la lanterne rouge Darmstadt. C’est l’inverse qui s’est produit. Notre seconde période est à ranger tout droit au musée des horreurs, qui compte pourtant déjà pas mal de pièces cette saison. Il y a eu plusieurs avertissements sans frais, Bürki a été sauvé par ses montants mais sans jamais provoquer la moindre réaction. C’est donc en toute logique que Darmstadt a repris l’avantage par Colak après un énième ballon perdu par Dembelé. Le pire, c’est qu’on lit, dans des analyses simplistes, basées sur des résumés succincts et la statistique des assists, que notre jeune Français marche sur la Bundesliga. Mais si l’on fait le décompte des duels et ballons perdus et des buts ou occasions de buts qui en découlent, le bilan est beaucoup moins rose. Ceci dit, samedi à Darmstadt, il n’y avait pas un seul Borussen pour rattraper l’autre : notre équipe a sombré sans fierté, sans orgueil, sans envie, un vrai naufrage collectif. Au final, Darmstadt a amplement mérité sa victoire, le score est même plutôt flatteur pour nous, et cela nous aura au moins donné l’occasion d’entendre à deux reprises le très sympathique Toryhmne local. Mais très franchement, si je me lève à 4 heures un samedi matin et j’effectue 10 heures de train aller-retour avec sept changements en route, j’aspire à d’autres satisfactions que d’entendre les chants de victoires locaux et siroter l’excellente Pfungstädter.

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Tous coupables !

Il serait vain de chercher des coupables, la responsabilité est collective. De Thomas Tuchel qui n’arrive pas à faire passer son message ni dans ses choix tactiques aberrants ni dans sa capacité à transcender son équipe aux joueurs, incapables de se motiver en dehors des affiches de prestige, en passant par les dirigeants qui ont cautionné une campagne de transfert bling-bling dont on a répété durant tout l’été qu’elle était pure folie par l’absence de guerriers pour affronter des matchs comme celui de Darmstadt. On en paie aujourd’hui le prix fort. Cet échec est d’autant plus navrant que, après les événements contre Leipzig, le BVB est en pleine tourmente. Notre club a pendant longtemps été érigé en modèle et s’est découvert une foule de nouveaux amis : gestion modèle, finances saines, supporters exemplaires, jeu enthousiasmant… Mais l’opinion et les médias sont ainsi faits que, au premier revers de fortune, les thuriféraires d’hier deviennent nos premiers détracteurs. Dès lors, face au flot de critiques, parfois infondées et grotesques, qui ont sali notre club et ses supporters durant la semaine, il aurait été important d’apporter une réponse forte sur le terrain. Nos joueurs ont fait tout le contraire et, plutôt que de faire taire les critiques, ont donné l’occasion à tous ceux qui se réjouissent des malheurs du BVB de ricaner encore plus fort : le club aux 115M € de recrutement qui va perdre à Darmstadt, forcément ça pique. On regrette que nos joueurs n’aient pas compris, une semaine après cette sombre soirée contre le triste RB, l’importance de ramener un peu de sérénité dans la maison jaune et noire par une victoire.

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Rédemption à Lisbonne ?

Malheureusement, on a l’impression qu’il n’y a plus beaucoup de joueurs dans l’effectif actuel pour se préoccuper de ces questions de Fankultur. On regrette l’époque des Dede, Kringe, Kehl, Grosskreutz, Klopp, Kuba et compagnie qu’on entendait prendre très clairement position sur tout ce qui touche l’entourage du club. Actuellement, on a l’impression d’un entraîneur et de joueurs hors-sol, renfermés sur eux-mêmes, dont l’horizon se limite au terrain et qui n’ont absolument pas conscience ni intérêt pour toute la dimension extra-sportive, la culture, les valeurs du club. Tu auras donc compris que je suis rentré déçu, frustré et fâché de Darmstadt. La défaite, ça fait partie du jeu, c’est la glorieuse incertitude du sport, mais la défaite sans combattre, ça ne passe pas quand tu portes le maillot du BVB. Cela ne m’empêchera pas d’être à Lisbonne mardi. Nous serons derrière toi dans les bons comme dans les mauvais moments, c’est une profession de foi, pas juste un slogan pour faire joli. Bien sûr, on aurait pu rêver meilleure préparation pour un huitième de finale de Ligue des Champions contre Benfica qu’une défaite à Darmstadt. Mais notre équipe a prouvé à maintes reprises cette saison que sa motivation était à géométrie variable et on espère donc vivement que les fastes et les lumières de la Ligue des Champions et le prestige de l’Estadio da Luz inspireront davantage nos Jungs que les sentiers forestiers et les tribunes tubulaires du Johathan-Heimes-Stadion am Böllefalltor.

Julien Mouquin

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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