Le Borussia Dortmund a réussi un vrai gros match à Lisbonne. Dominateur et brillant pendant soixante minutes, en difficulté, mais pugnace et combatif durant la dernière demi-heure, le BVB a livré une magnifique performance d’équipe pour aller chercher un succès aussi précieux que mérité. Chronique d’un déplacement réussi au pays de la Super Bock.

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© Julien Mouquin / Génération WS

Depuis le début de la saison, le BVB est capable de nous montrer deux visages très différents et, à chaque match, nous débarquons au stade avec une pointe d’anxiété avant de savoir à quel Borussia nous aurons droit. Il y a d’abord le BVB des mauvais jours, celui de Leipzig ou Leverkusen, celui qui se contente de faire tourner le ballon sans rien produire ni répondre présent aux duels. Et puis, il y a le Borussia qu’on appellera de beau temps, celui qui nous a enchanté contre Darmstadt, Varsovie ou Real (en 1ère mi-temps surtout), qui démonte ses adversaires par sa virtuosité, sa vitesse et son talent.

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Bières et maillots rayés sous le soleil

A Lisbonne, les auspices étaient plutôt favorables puisque la capitale portugaise est baignée par un soleil radieux et une température quasi-estivale (25° !). A mon arrivée sur les bords du Tage, je suis surpris par la présence massive de maillots rayés jaunes et noirs, sans logo du club ni étoiles et floqués d’un 09 Dortmund. N’en déplaise à Axel Fischer, lorsque j’accompagne le BVB en déplacement, je reste rarement allein in einer fremden Stadt et je tombe rapidement sur mon pote Dany, attablé avec une joyeuse équipée devant des Maßbier ; il m’explique le truc : il s’agit de maillots vendus par les ultras. Ni une ni deux, nous délaissons quelques instants nos Super Bock pour aller acquérir les précieux maillots. J’aime bien ce genre d’actions : déjà, cela permet d’afficher une belle unité quand l’immense majorité des 2500 Borussen présents affiche le même tricot. Ensuite, c’est une pièce collector qui nous permettra, dans quelques années, lorsque nous apercevrons ce maillot dans les allées du Westfalenstadion, de nous remémorer ensemble l’heureux souvenir d’un déplacement réussi. Enfin, même s’il est vendu pour une somme modique (15€), cela met de l’argent dans les caisses des Unity et annonce sans doute un prochain Choreo, peut-être pas contre Schalke ou Bayern, vu la difficulté d’organiser un tifo avec une Südtribüne infestée des mecs davantage là pour prendre des selfies que pour participer à une animation, mais on verrait bien un gros truc contre Augsburg juste avant Noël par exemple, un mardi soir de décembre contre un adversaire improbable, le vrai rendez-vous de fidèles.

Bref, nous prenons le soleil sur les terrasses, les bières défilent, la vie est belle. Lisbonne n’est peut-être pas le déplacement le plus fou que nous ayons fait dans l’histoire européenne du BVB, il faut dire que Donetsk, Salonique ou Varsovie ont placé la barre assez haut, mais j’adore ces matchs Unterwegs, ces découvertes de villes et stades, ces invasions pacifiques et houblonnées des grandes places sous le regard souvent ébahi des indigènes et des touristes qui n’avaient pas forcément prévu que leur séjour culturel s’agrémenterait du débarquement de hordes germaniques venues du Ruhrpott.

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Tout en maîtrise

Le stade José Alvalade est une enceinte assez sympa de près de 50’000 places qui affiche complet et, pour une fois, ses sièges multicolores ne vont pas servir à masquer les vides souvent béants de la Liga NOS, mais bien à accueillir des spectateurs. Et c’est quand même mieux comme cela… Malgré un beau tifo d’entrée et le traditionnel show pyrotechnique de nos ultras, l’ambiance tarde à décoller. On sait que le public portugais a besoin d’un but de son équipe pour s’enflammer et nos Jungs vont faire ce qu’il faut pour les endormir. Pendant une heure de jeu, on n’a entendu que nous dans ce stade. Car notre équipe a parfaitement maîtrisé la première heure de jeu. Nous possédons le ballon, on commence à avoir l’habitude, mais cette fois notre équipe n’oublie pas d’y ajouter vitesse et engagement pour aller titiller l’adversaire dans sa surface. Cette maîtrise va logiquement déboucher sur deux buts : c’est tout d’abord Pierre-Emerick Aubameyang qui prend la défense de vitesse (quelle accélération !) pour ouvrir le score d’une pichenette raffinée. Puis Julian Weigl qui récupère la balle, élimine son vis-à-vis et marque son premier but en schwarzgelb d’une frappe imparable dans le petit filet. Cela nous fait très plaisir pour lui : depuis quinze mois ce jeune gamin inconnu venu de Zweite Liga bluffe tout le monde par son intelligence de jeu, sa constance, sa justesse technique, il ne lui manquait qu’un apport offensif plus conséquent, on espère que ce joli but va lui donner encore plus de confiance et lui permettre de prendre un peu plus de risques offensifs dans ses initiatives. Si les deux buts découlent d’exploits individuels, ils concrétisaient une performance collective très aboutie contre un Sporting longtemps réduit à l’impuissance. Le BVB des bons soirs ! Pendant une heure, la seule alerte est venue d’un but portugais annulé pour une obstruction pas flagrantissime de Dost sur Bürki, mais, sinon, la situation paraissait tellement sous contrôle que nous pensions filer paisiblement vers une victoire facile. Que nenni !

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Le réveil du volcan

Autant à Varsovie nous avions relativisé le succès fleuve du BVB par la performance indigente du Legia, autant il faut souligner le gros match réussi à Lisbonne. Car, même s’il nous a parfois surpris et déçu par un déchet technique inattendu, le Sporting n’est pas n’importe qui. On parle d’un club qui dispute régulièrement la Ligue des Champions, d’un entraîneur, Jorge Jesus, très expérimenté dans la compétition et d’une équipe qui a récemment dominé le Real dans le jeu pendant 80 minutes à Bernabeu. Les Portugais vont revenir dans le match en multipliant les fautes à mi-terrain, pas toujours sanctionnées comme il se doit par l’arbitre, le match, jusqu’alors tranquille, se tend et l’ambiance devient électrique. Et il doit être écrit quelque part que notre défense 2016-2017 ne nous permettra jamais de vivre un match paisible si nous ne prenons pas au moins trois goals d’avance. Une passe en retrait suicidaire de Bartra pour Bürki permet au Sporting de marquer sur coup-franc indirect à huit mètres du but et José Alvalade devient – enfin – le chaudron attendu.

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Soulagement

Nous sommes conscients que notre équipe ne peut pas toujours nous régaler et nous proposer un football champagne. Elle doit aussi être capable de résister quand les choses se compliquent et que le contexte devient hostile. Et nos Jungs ont su répondre présents ! Pourtant, c’était compliqué contre un adversaire assez détestable, qui a notamment omis de nous rendre un ballon sorti par Bürki pour permettre de soigner Sokratis qui était au sol, avec une équipe décimée par les blessures, une moyenne d’âge très jeune et une défense qui a dû être remaniée à trois quarts en cours de match. Mais le BVB a toujours essayé de conserver le ballon pour éviter à notre défense de subir tout le poids du match, notamment la grosse pression physique mise par l’ex-Wölfe Bas Dost. Et nous avons su gagner les duels. Il y a bien eu quelques pertes de balles dangereuses et trois grosses frayeurs, notamment sur une tête de Dost  juste à côté et un centre affreusement stressant qui a longé la ligne de but sans pouvoir être repris. Mais nous aurions aussi pu nous mettre à l’abri sur une frappe de Pulisic qui a rebondi sur la latte et nos Jungs ont tenu bon pour aller chercher une victoire dans l’ensemble amplement méritée. C’est très encourageant de voir Dortmund défendre et aller chercher une victoire à l’énergie, avec les tripes, la rage, car c’est une qualité qui nous a souvent fait défaut depuis l’arrivée de Thomas Tuchel, c’est un état d’esprit à conserver et à développer si nous voulons viser autre chose que des places d’honneur. Notre entraîneur était tellement content que, vingt minutes après le coup de sifflet final libérateur, il est revenu nous saluer, c’est suffisamment rare pour être signalé ; la prochaine étape ce sera de venir faire devant nous la ola que nous lui réclamions. Toutefois, les chants de victoires laissent rapidement leur place aux slogans anti-Schalke, car le match le plus important de la saison approche et nous sentons la Derbyfieber monter parmi le peuple jaune et noir, même s’il ne faudra surtout pas négliger les matchs d’Ingolstadt et Union Berlin auparavant.

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La vallée de la soif

Finalement, le seul point noir de ce déplacement à Lisbonne, c’est la sortie du stade. Attendre trente minutes dans notre bloc, le traditionnel Blocksperre européen, nous en avons l’habitude et nous avons connu des attentes bien plus longues et par des températures bien moins clémentes qu’en ce radieux mardi lisboète. En revanche, la gabegie à la sortie du stade est inadmissible : 2’500 fans coincés dans des goulets d’étranglement, cernés de policiers, faute de métro en suffisance, c’est dangereux et une catastrophe annoncée au moindre mouvement de foule. Heureusement, il n’en fut rien et les supporters borussen en ont été quittes pour une grande soif avant de pouvoir enfin retrouver bars et Super Bock. Mais plutôt que d’infliger un huis clos grotesque au Legia pour quelques malheureux Pyros et une banderole un peu provocatrice, les pontes de l’UEFA seraient bien inspirés de sortir de leurs salons VIP cossus et s’occuper des vrais problèmes de sécurité, car les Polonais, eux, malgré un contexte beaucoup plus tendu, avaient été capables de parfaitement gérer la sortie du stade.

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Le retour sur terre

En découvrant le calendrier de cette poule de Ligue des Champions, nous avions caressé le secret espoir d’assurer la qualification en quatre matchs, histoire de pouvoir souffler lors des rencontres contre Varsovie et à Madrid pour mieux nous concentrer sur les échéances capitales qui nous attendent en Buli d’ici Noël. Nous n’y sommes pas encore, mais l’affaire est bien emmanchée et une victoire – a priori largement à notre portée – au retour contre le Sporting nous ouvrira les portes des huitièmes. C’est donc un succès capital obtenu à Lisbonne et cela valait bien quelques chants dans un bar tellement envahi de jaune et noir que nous nous serions cru dans un Kneippe de Lünen ou d’Holzwickede. Mais maintenant, il faudra enchaîner dès samedi à Ingolstadt, loin des fastes et des lumières de la Königsklasse, dans un petit stade anonyme et artificiel, par une température annoncée à peine supérieure à 0°. Le retour sur terre : mais avec un seul point pris sur ces deux derniers matchs de championnat, le BVB a déjà grillé pas mal de jokers et ne peut plus se permettre d’égarer des points ici ou là s’il ne veut pas se contenter de faire de la figuration dans la course au Meisterschale. Car il ne faut jamais oublier que, si la Coupe d’Europe et ses déplacements festifs constituent un dessert toujours savoureux, la Bundesliga demeure notre pain quotidien et c’est elle seule qui déterminera, en mai prochain, si notre saison a été réussie ou pas.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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