Malgré une prestation bien meilleure que quatre jours plus tôt à Darmstadt, le Borussia Dortmund a subi nouvelle déconvenue à Lisbonne. La faute à un manque criant de réalisme. Cette inefficacité offensive navrante ne doit rien au hasard : elle est juste la conséquence logique de l’absence totale de confiance et de repères d’une équipe qui, en snobant régulièrement ses matchs de Bundesliga, est incapable d’aligner la série de victoires qui lui permettrait d’aborder ce genre de choc bardée de certitudes, de convictions et d’assurance.

© Julien Mouquin / Generation WS

Sincèrement, je m’en passerai bien. Mais, en ce moment, pour traiter du BVB, il est impossible de ne pas parler de ce qui se passe autour du stade avant d’en venir au football lui-même. Car notre déplacement à Lisbonne a donné lieu à un nouveau scandale et cette fois-ci nos si décriés « hooligans » n’y sont pour rien. Pourtant, la journée avait bien commencé, comme un déplacement européen ordinaire. La horde jaune et noire envahit pacifiquement le centre-ville de la capitale portugaise. Après avoir joué à cache-cache avec les nuages, un délicieux soleil printanier finit par l’emporter et c’est en t-shirts et lunettes de soleil que nous sirotons Super Bock et Sagres sur les terrasses. Nous avions été prévenus : Benfica prévoyait des contrôles renforcés aux entrées et il nous était conseillé de nous rendre au stade trois heures avant le match avec un déplacement spécialement organisé pour les Borussen. Sauf que nous avions eu l’occasion de nous apercevoir de l’incompétence des forces de sécurité portugaise après le match contre le Sporting et nous avons donc décidé de bouder le déplacement prévu par ces incompétents. Nous sommes tranquillement restés siroter nos bières en admirant un magnifique coucher de soleil sur le Tage et son pont suspendu, avant de rejoindre le stade avec le métro ordinaire, au milieu des fans du Benfica.

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L’interminable attente

Ce n’est pas le genre de fantaisie que je m’autoriserai lors de n’importe quel déplacement mais j’ai suffisamment d’expérience pour avoir constaté qu’il n’y avait aucune animosité particulière lors de ce match européen. Et cela s’est avéré un vrai coup de chance : nous sommes arrivés au stade du mauvais côté, on nous a fait rentrer par une porte dérobée et nous avons pu passer directement à la fouille, 15 minutes d’attente tout au plus, alors que les autres fans attendaient depuis plus de 2 heures au pré-filtrage devant le bloc visiteurs ! Les préposés à la fouille confisquaient même les briquets : je ne t’explique pas la détresse des fumeurs lors de la fin de soirée et de la nuit lisboètes au milieu d’un peuple jaune en quête de feu comme des naufragés de Koh-Lanta… Que la sécurité souhaite procéder à des contrôles stricts, c’est son droit, ils ont d’ailleurs intercepté cinq fans, quatre membres des Desperados et un Boyz de Köln, avec des engins pyrotechniques. Mais alors il faut prévoir du personnel en conséquence, dès lors que le nombre de fans visiteurs, 4’000, était connu. Mes collègues du Confœderatio Helvetica Borussia, qui ont respecté les consignes de sécurité et ont donc quitté notre sympathique terrasse plus d’une heure avant nous (et bu six bières de moins…), sont entrés au stade en même temps que nous.

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Irresponsable

Au coup d’envoi, il devait bien manquer 1’500 fans en Gästeblock et certains ne sont arrivés en tribune qu’à la mi-temps, l’UEFA ayant refusé la demande du BVB de repousser la rencontre de quelques minutes. Honteux et dangereux… Tu traverses la moitié de l’Europe, tu sacrifies deux ou trois jours de congé, un dîner en amoureux pour la St. Valentin et une partie de tes économies pour aller soutenir ton équipe et au final tu manques la moitié du match ou presque, c’est difficile de rester zen et le risque d’échauffourées en est considérablement augmenté. Sans même parler du contexte terroriste : manifestement à Lisbonne on n’a jamais entendu parler des attentats du Stade de France. C’est la deuxième fois cette saison que notre sécurité est menacée par l’amateurisme crasse des autorités portugaises et leur incapacité à organiser un match dans un stade plein. Mais évidemment l’UEFA ne prendra pas la moindre sanction : c’est plus facile de fermer une tribune ou tout un stade comme à Varsovie pour une malheureuse banderole ou quelques pauvres fumigènes.

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On parle un peu de foot quand même ?

Grâce à notre chance (ou notre expérience, c’est selon), nous étions en place pour le magnifique tifo d’entrée des joueurs. C’est le seul truc positif à signaler du côté des supporters du Benfica, sinon l’ambiance était plutôt plate, une petite poussée après le but et c’est tout. Copie conforme de Wembley ou de l’Emirates, ce nouveau Estàdio da Luz s’avère être l’une de ces enceintes modernes anonymes, froides, sans âme ni intérêt. Le positif, c’est que si nos résultats en dents de scie nous amènent à une nouvelle campagne d’Europa League la saison prochaine, on retrouvera des déplacements et des stades un peu plus fun. En début de match, Benfica tente d’enflammer la partie. Mais ce n’est qu’un feu de paille, ça dure dix minutes, pas une de plus. Ensuite, nous n’avons plus rien vue de la part des Portugais : pas un tir, pas une action de foot, pas une occasion de but. Enfin, si une et même un goal de Mitroglou après une série de rebonds malheureux. Sur corner évidemment, notre éternel point faible : dix mois après le naufrage d’Anfield, les leçons de notre vulnérabilité sur balles arrêtées n’ont pas encore été tirées.

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Que d’occasions ratées

Pourtant, malgré ce but un peu fortuit, il y avait largement la place de repartir de la Luz avec un résultat nous assurant déjà presque la qualification. A une condition : il aurait fallu concrétiser quelques-uns de nos innombrables occasions de but. Car, nonobstant la finition, notre prestation a été plutôt bonne à Lisbonne, rien à voir avec le non-match de Darmstadt. Il y a un secteur de jeu auquel tout fan du BVB est particulièrement attentif : les duels perdus ou gagnés par nos Jungs, salués en tribune par des grognements désapprobateurs et des gestes d’énervement ou des salves d’applaudissement et des Jawohl de satisfaction. Samedi, en Hesse, les premiers avaient été largement majoritaires, alors que mardi au Portugal les deuxièmes étaient beaucoup plus nombreux. Il n’y a donc nul besoin d’aller consulter des statistiques, le simple ressenti en gradins nous permet d’affirmer que nos Jungs ont été bien meilleurs en terme d’engagement, de combat et d’envie pour ce match de C1. Il n’a manqué que le dernier geste. Nous sommes en plus tombés sur un gardien en état de grâce, Ederson, vainqueur de son duel avec Dembelé et auteur de trois parades de classe sur des tirs de Reus, Piszczek et surtout Pulisic. Et puis il y a eu la soirée de cauchemar de Pierre-Emerick Aubameyang qui aurait pu inscrire à lui tout seul quatre buts avec ces deux tirs au-dessus alors qu’il se présentait seul devant la cage adverse, ce centre qu’il n’a pu pousser dans le but vide et bien sûr cet affreux pénalty tiré plein axe sur Ederson.

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Le collectif avant tout

Faut-il pour autant vouer Aubame aux gémonies après l’avoir si souvent encensé ? Je serai toujours reconnaissant à ceux qui m’ont fait découvrir et aimer le football de m’avoir enseigné que c’était avant tout l’expression d’un jeu collectif. Malheureusement, c’est une idée qui se perd de plus en plus auprès d’une génération biberonnée à la Ligue du Pognon, au bling-bling, au Ballon d’Or et à la téléréalité. Les débats sur le schéma tactique, la cohésion du groupe, l’identification aux couleurs ou la force du collectif se font de plus en plus rares. A la place, il faut absolument décerner des notes aux joueurs, souvent à l’emporte-pièce, désigner des tops et des flops, un héros et un zéro, un Messie et un bouc émissaire… Pourtant, le football c’est bien davantage que la simple addition de onze talents et performances individuels. Je plains sincèrement ceux qui n’arrivent pas à saisir cela, ils ne doivent pas comprendre grand-chose à ce qui se passe sur un terrain et ne parviendront jamais à saisir l’essence même de ce sport merveilleux qu’est le football. Car je ne pense pas que l’on puisse ramener notre défaite de Lisbonne aux seuls ratés d’Aubameyang, pas plus qu’imputer nos nombreux points perdus en Bundesliga aux erreurs de notre défense, en particulier de Bartra et Weidenfeller, les boucs-émissaires préférés des théoriciens à la petite semaine sur canapé. Non, ces couacs, offensifs ou défensifs, sont avant tout l’expression du profond malaise qui habite actuellement notre équipe.

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De l’importance de la confiance

Aujourd’hui, nos Jungs sont tiraillés par les doutes. Notre entraîneur est de plus en plus isolé et contesté. Le système de jeu n’est pas maîtrisé et manifestement incompris. Les automatismes sont défaillants. On ne sent pas d’ambition collective au sein du groupe. Les joueurs n’ont pas confiance les uns envers les autres, il suffit de regarder les nombreux gestes d’impatience et de dépit de Marco Reus. Or, cette confiance défaillante, c’est ce qui fait que tu vas tirer trop fort par peur du gardien adverse et finir par mettre la balle au-dessus. Ou au contraire frapper plein axe sur le gardien par crainte de manquer le cadre… Thomas Tuchel porte bien sûr une part de responsabilité dans cette absence de certitudes et de sérénité. Mais l’équipe se fragilise également elle-même toute seule en abordant avec trop de légèreté et de dilettantisme ces matchs de Bundesliga qui devraient justement nous permettre de prendre confiance et d’enchaîner les victoires. Et tu ne peux pas jouer à 50% le samedi en championnat puis être royal le mardi en Ligue des Champions. Une saison réussie, ça se construit dans la durée et dans la répétition des performances, pas en abordant les rencontres avec une motivation à géométrie variable selon l’adversaire et l’enjeu. Je suis persuadé que, si nos Jungs avaient fait le job contre le Karnevalsverein et les Lilien pour remporter deux succès probants, les goals se seraient enchaînés comme des perles à la Luz. Et donc que finalement, ce match contre Benfica, nous l’avons peut-être perdu davantage à Mayence et à Darmstadt qu’à Lisbonne.

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Arrêtez de réfléchir !

Le contraste avec l’équipe de 2010-2013, pourtant intrinsèquement moins talentueuse, est saisissant. A l’époque, nos Pöhler étaient habités par une confiance aveugle. En eux-mêmes. En leur entraîneur. En leurs coéquipiers. En leur système de jeu. En leurs ambitions. Les mecs, ils entraient sur le terrain sans pression mais avec la conviction d’être invincibles. Que même en tirant les yeux fermés, cela finirait en pleine lucarne. Et qu’au pire, même en cas de défaite, cela n’enlèverait rien à la magnifique aventure d’une équipe de copains sans autre préoccupation que la joie de pratiquer leur sport favori. Cette joyeuse insouciance des Bubis a disparu et nos joueurs avancent l’esprit rempli de pensées parasites. Sur leur temps de jeu, sur leur carrière, sur leur avenir, sur leurs ambitions, sur l’entraîneur, sur le système… Or, il n’est jamais bon pour un footballeur de trop réfléchir.

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L’espoir fait vivre

Bien sûr, cette défaite 1-0 à Lisbonne n’est pas rédhibitoire. En 1963-1964, le BVB avait déjà perdu d’une longueur à la Luz (1-2), déjà en huitièmes de finale de la Coupe d’Europe des clubs champions. Et à l’époque Benfica alignait une formation bien plus redoutable que la pâle équipe affrontée mardi puisqu’elle était triple finaliste sortante (dont deux victoires) de la compétition. Cela n’avait pas empêché le BVB de l’emporter 5-0 au retour au Rote Erde, le premier grand exploit européen de l’Histoire du club. Et, sans même aller puiser dans les arcanes du passé, la supériorité manifeste affichée par nos Jungs au Portugal est porteuse d’espoir. Néanmoins, ce score de 1-0 est embêtant car on connaît nos difficultés à garder notre cage inviolée pendant un match entier cette saison. Et un but lisboète à l’extérieur compliquerait singulièrement l’affaire. Pour croire encore à la qualification contre un adversaire très largement à notre portée, il sera impératif d’utiliser les quatre sorties (Wolfsburg, Freiburg, Lotte et Leverkusen) à notre disposition avant le retour pour retrouver la confiance et la sérénité. Et cela passe par quatre matchs pleins, abordés avec la même envie et la même agressivité que mardi à Lisbonne, le réalisme en plus. Car la chance, cela se provoque.

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Tous unis !

Ce retour en grâce doit s’amorcer dès samedi contre Wolfsburg dans ce qui s’annonce déjà comme « le match de la honte » avec le spectacle effroyable d’une Südtribüne déserte. La DFB est restée stupidement inflexible à l’idée pourtant séduisante de remplir le mur d’enfants défavorisés. Pire, la fédération en a rajouté une couche en renvoyant, pour des motifs fumeux, le déplacement de notre deuxième équipe à Oberhausen, afin d’éviter que quelques fans désœuvrés et privés de Südtribüne ne tentent d’assouvir leur passion en allant soutenir notre Nachwuchs. Dont les chances de promotion sont, soi-dit en passant, ainsi réduites sans raison valable. Ce faisant, la fédération a montré qu’elle n’était mue par aucunes considérations de justice ou de sécurité mais uniquement par la vendetta condamnable de quelques caciques nuisibles contre notre club. La fermeture de la Südtribüne, les calomnies médiatiques, l’attente interminable de Lisbonne, le renvoi d’Oberhausen, la colère gronde en ce moment au sein de la communauté schwarzgelbe contre les attaques dont nous sommes victimes. Le risque d’une escalade dangereuse pour tout le monde ne peut aujourd’hui être exclu. Il ne faut pas se le cacher : en tant que supporters du BVB, nous vivons actuellement des temps difficiles. C’est dans ces moments là qu’il faut savoir rester unis et faire bloc derrière notre club. En ce sens, nos Jungs nous aideraient beaucoup à reformer cette unité fissurée en retrouvant joie de jouer et envie de gagner ensembles. Et accessoirement, le chemin des filets…

Julien Mouquin

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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