Septième match à l’extérieur en cette saison 2010-2011 et septième victoire pour le Borussia Dortmund dans un match resté célèbre pour l’incroyable raté de Kuba devant le but vide. Pourtant, ce déplacement à Freiburg avait longtemps ressemblé à un guet-apens mais, lorsqu’il était un peu moins brillant qu’à l’accoutumée, le BVB pouvait compter sur un mental de guerrier et une réussite insolente.

En 2010, on a beaucoup parlé de la révélation Mainz en Allemagne mais il y a un autre club qui a réussi des miracles en début de saison : le SC Freiburg. Parce que franchement, sur le papier, l’effectif fribourgeois a tout de celui d’un relégable en puissance, avec des joueurs essentiellement issus de deuxième division ou remplaçants dans d’autres clubs. En plus, les Breisgauer ont dû faire face au transfert de leur buteur Idrissou et à une cascade de blessés ; mais le départ de la diva camerounaise et les blessures ont encore soudé une équipe déjà extrêmement homogène et solidaire et les Breisgauer enchaînent les bons résultats. Récoltant ainsi les fruits d’une politique intelligente, avec des transferts sans clinquants mais malins, un travail dans la continuité et une confiance absolue accordée, même lorsque l’équipe alignait les défaites la saison précédente, à un entraîneur, Robin Dutt, très compétent (n.d.l.r. depuis, j’ai un peu révisé mon jugement sur lui…), voir même un peu sorcier. Car amener Freiburg à la 4e place après 12 journées, ça a quelque chose d’un peu surnaturel.

Des bars en veux-tu en voilà

En début de saison, en regardant le calendrier de cette 13e journée, on aurait plutôt pensé que le match phare du jour, ce serait Leverkusen – Bayern ou Schalke – Brême mais non : c’est bien au Dreisamstadion que le quatrième, Freiburg, reçoit le leader, Dortmund, pour le choc au sommet. Le stade affiche bien entendu complet depuis plusieurs semaines. Le vétuste et minuscule Dreisamstadion n’est pas le stade le plus prestigieux ou le plus impressionnant qui soit mais c’est le plus proche de la Suisse pour aller voir le championnat le plus exaltant du monde. Et en plus, de tous les stades que j’ai eu l’occasion de visiter, c’est celui qui possède le ratio nombre de bar / nombre de places le plus élevé(n.d.l.r à l’époque je n’avais encore jamais eu l’occasion d’aller au Millerntor de St. Pauli). Je n’en ai pas vraiment profité vu que j’avais prévu de prendre la voiture pour partir directement après le match voir, la prochaine fois, il faudra que je songe à venir en train. En tous les cas, si tu penses comme moi que le foot ça se vit dans les stades ou au bord des terrains, quels qu’ils soient, plutôt que devant ce pâle succédané sans saveur que constitue la TV, Freiburg constitue un déplacement sympa à faire.

Première mi-temps à oublier

La première occasion est pour Dortmund (tir de Barrios à côté) mais on sent le BVB gêné aux entournures par l’excellente organisation fribourgeoise. Robin Dutt confirme sa réputation de magicien, son équipe parvient systématiquement à couper les transmissions de Kagawa et Sahin sur les côtés, la grande force du Borussia : du coup, Götze et Grosskreutz doivent attaquer en reculant, alors que les latéraux restent désespérément scotchés en défense. C’est donc logiquement que les Breisgauer vont ouvrir la marque, même si leur but est doublement litigieux : d’une part parce que le coup franc à l’origine est inexistant, d’autre part parce que le charge de Makiadi sur Weidenfeller était fautive. Toujours est-il que le gardien du BVB relâche le ballon, Cissé expédie un coup de tête en direction du but et Subotic dégage sur son coéquipier Hummels pour une ouverture du score gag.

Euphorique, Freiburg malmène alors le BVB comme il n’a jamais été malmené cette saison. Au terme d’une superbe action collective, Rosenthal enlève trop son coup de tête, alors qu’un essai de Cissé est sauvé devant la ligne par Piszczek. C’est dire qu’à 1-0 à la mi-temps (« notre meilleure mi-temps de la saison », dixit Robin Dutt), Dortmund était bien payé.

La métamorphose

A la pause, l’entraîneur dortmundois Jürgen Klopp a dit à son équipe qu’elle était ridicule, le message est passé, car c’est un Dortmund transfiguré qui revient sur la pelouse. Le BVB attaque face à ses fans, situés dans la Südtribüne locale, il faut croire que l’effet Südtribüne marche aussi à l’extérieur. Cette saison, j’ai vu sept fois le BVB  au stade et, si l’on excepte le premier match contre Leverkusen, les quinze buts, dortmundois et adverses, inscrits lors desdits matchs l’ont tous été face au kop jaune et noir. Si tu vas voir le BVB, tu sais quel côté choisir pour voir des goals ! Un homme va toutefois longtemps faire obstacle à la domination désormais outrageuse du BVB, le gardien fribourgeois Oliver Baumann. Inconnu en début de saison, ce jeune homme de 20 ans a profité de la blessure du titulaire Pouplin pour se faire une place au soleil. Le nouveau portier de l’équipe d’Allemagne M-21 va réussir trois arrêts exceptionnels devant Kagawa, deux fois, et Sahin, en début de deuxième mi-temps. Et lorsqu’il a été battu par Barrios, le but a (justement cette fois) été annulé pour une faute préalable.

En trois minutes

C’est au moment où la pression dortmundoise semblait se relâcher et que Freiburg commençait à repasser le milieu de terrain (avec notamment une grosse occasion de break pour Cissé) que l’égalisation va survenir sur un centre au cordeau de Marcel Schmelzer repris victorieusement par la tête de Robert Lewandowski. Le joker polonais passera tout près de son deuxième doublé en quatre jours (il avait marqué deux buts avec la Pologne en amical contre la Côte d’Ivoire) quelques secondes plus tard mais son tir dévié est passé juste à côté, on était déjà debout en train de crier au but. Ce n’était que partie remise puisque, dans l’enchaînement, un centre de Lukasz Piszczek était dévié dans ses propres filets par le défenseur Mujdza, sous la pression de Barrios qui n’était pas hors-jeu, contrairement à Götze mais qui lui ne faisait pas action de jeu. Donc le but est parfaitement valable. Sur sa lancée, Dortmund aurait dû tuer le match sur un tir trop mou de Lewandowski mais surtout sur un incroyable raté de Kuba devant le but vide, qui va faire le tour des bêtisiers du monde entier.

La réussite du leader

Ce raté aurait pu être lourd de conséquences car, dans les arrêts de jeu, Freiburg passera tout près de l’égalisation sur deux têtes de Cissé, juste à côté, et surtout de Schuster, sur la latte. La réussite du leader (du champion ?), quoi ! D’ailleurs, l’entraîneur du Bayern van Gaal l’a dit, si Dortmund est premier, c’est juste une question de réussite ; son capitaine Lahm a lui affirmé qu’il aurait été beaucoup plus inquiet de voir Brême ou Leverkusen prendre une telle avance au classement. Laissons-les causer : comme Leverkusen et le Bayern, sans doute les deux principaux rivaux du BVB dans la course au titre, ont eu la bonne idée de se neutraliser, ils sont désormais relégués à, respectivement, neuf et quatorze longueurs de la tête du classement. Le titre de champion d’automne tend les bras au Borussia. En attendant mieux…

SC Freiburg – Borussia Dortmund 1-2 (1-0).

Badenova Stadion, 24’000 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Fritz.

Buts : 26e Hummels (autogoal, 1-0), 75e Lewandowski (1-1), 78e Mujdza (autogoal, 1-2).

Freiburg: Baumann; Mujdza, Barth, Toprak, Bastians; Schuster; Putsila (86e Caligiuri), Makiadi (77e Reisinger), Abdessadki, Rosenthal; Cissé. Entraîneur : Robin Dutt.

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer; Bender, Sahin; Götze, Kagawa (71e Lewandowski), Grosskreutz (61e Blaszczykowski); Barrios (85e da Silva). Entraîneur: Jürgen Klopp.

Carton jaune: 90e Weidenfeller.

Notes: Freiburg sans Pouplin, Butscher, Krmas, Jäger ni Bechmann (tous blessés), Dortmund sans Kehl, Kringe ni Owomoyela (blessés).

Classement (13 matchs): 1. BVB 34 2. Mainz 27 3. Leverkusen 25 4. Hanovre 22 5. Hoffenheim 21 6. Freiburg 21 7. Eintracht Francfort 20 8. Bayern 20 9. Hambourg 18 10. 1. FC Nürnberg 18 11. Wolfsburg 15 12. Brême 15 13. Kaiserslautern 14 14. St. Pauli 14 15. Schalke 13 16. Stuttgart 11 17. Köln 11 18. Mönchengladbach 10.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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