Le 14 mai 1999, le jour du Vatertag, s’est déroulée die Schlacht vom Bieberer Berg : la plus grande bataille de hooligans de l’histoire du foot allemand. Dix-huit ans plus tard, les deux protagonistes de cette triste explication, le Waldhof Mannheim et le Kickers Offenbach, se retrouvaient pour le choc au sommet de Regionalliga Südwest. Nous y étions et nous avons pu constater que les deux vieux rivaux se haïssaient toujours autant. 

Au lendemain d’Eintracht – BVB, je n’étais pas encore complètement rassasié de football et j’ai décidé de m’offrir un quatrième match en huit jours. Cela tombait bien, il y avait dans la région un petit choc au sommet en Regionalliga Südwest entre le SV Waldhof Mannheim et le Kickers Offenbach, une rivalité tristement célèbre du football allemand, j’y reviendrai mais présentons les deux clubs d’abord.

SV Waldhof Mannheim

Le Waldhof ne doit pas être confondu avec le VfR Mannheim, le club champion d’Allemagne en 1949 après avoir battu le BVB en prolongations dans notre première finale du championnat. Mais, depuis ce coup d’éclat, le VfR est rentré dans le rang et a dû céder la domination en ville de Mannheim au Waldhof. Ce club n’a jamais gagné de titre majeur mais il a quand même évolué en Bundesliga entre 1983 et 1990. Et c’est là qu’a été formé, entre autres, notre Fußballgott Jürgen Kohler. Mais, depuis une faillite en 2003, il galère dans les divisions inférieures du football allemand. C’est aussi un club qui est à la pointe de la lutte pour défendre la Fankultur et une vision populaire du football. Ses fans se sont beaucoup engagés dans le combat contre les RB Leipzig, Hoffenheim et compagnie. Ce sont également eux qui ont écrit cet été une lettre pleine d’humour à Hans-Joachim Watzke lorsqu’Ousmane Dembelé s’est mis en grève, proposant d’accueillir notre diva pour une saison de pénitence en Regionalliga si son transfert à Barcelone n’aboutissait pas ; ils assuraient même lui avoir déjà trouvé un appartement ! Les dirigeants, eux, ont été les premiers à refuser catégoriquement de jouer contre les U-20 chinois quand la DFB a eu l’idée saugrenue de vouloir intégrer cette équipe en Regionalliga Südwest.

L’injustice

Enfin, Mannheim s’engage beaucoup dans le débat qui agite aujourd’hui toute l’Allemagne, soit de forcer la DFB à modifier le système de promotion en Regionalliga pour que tous les champions de groupe soient automatiquement promus. On rappelle qu’actuellement les vainqueurs des cinq groupes de Regionalliga plus le deuxième de la Regionalliga Südwest doivent disputer des barrages de promotion pour désigner uniquement trois promus, ce qui rend la remontée extrêmement difficile pour des clubs qui ont connu une mauvaise passe. Et Mannheim en sait quelque chose puisqu’il a remporté les deux dernières saisons de Regionalliga Südwest mais a échoué en barrage, contre Meppen (aux penalties) en 2017 et contre Lotte en 2016. Et c’est un combat qui nous concerne tous car les mésaventures survenues à Essen, Aachen, Mannheim, 1860 München, Lokomotive Leipzig et compagnie peuvent nous arriver à tous, on a bien failli l’apprendre à nos dépens au BVB. Et ce jour-là, nous serions bien contents de ne pas voir le retour vers l’élite compliqué par une formule rendant la promotion extrêmement aléatoire. Pour être complet, je rappellerai que le dernier déplacement du BVB à Mannheim avait débouché sur une déroute historique : c’était en septembre 2008, Hoffenheim venait d’arriver en Bundesliga et jouait ses matchs à Mannheim en attendant la construction de son Arena en carton à Sinsheim ; on rêvait de leur prouver la supériorité d’une Traditionsverein sur un Plastikclub mais le match avait tourné au cauchemar avec une défaite 4-1. Ce jour-là, nombreux étaient ceux qui demandaient le départ du jeune entraîneur peu connu et excentrique arrivé quelques mois plus tôt à la tête du Borussia, Jürgen Klopp…

Kickers Offenbach

L’adversaire du jour, c’est le Kickers Offenbach, l’un des grands clubs allemands dans les années 1950. Ensuite, il a évolué, par intermittence, en Bundesliga, entre 1968 et 1984 (7 saisons en tout). C’est durant cette période que les Kickers ont obtenu le plus grand succès de leur histoire, une victoire en Pokal en 1970 (après avoir éliminé le BVB en huitièmes de finale), avec notre Legende Aki Schmidt comme entraîneur. Pour nous, Offenbach cela ne rappelle pas que des bons souvenirs puisqu’en 2010-2011, le Borussia, futur champion d’Allemagne, s’était fait sortir au deuxième tour de la Pokal au Bieberer Berg après les tirs au but. Mais, en 2013, après avoir fait longtemps la navette entre 2. et 3. Liga, Offenbach était rétrogradé (encore un…) en Regionalliga suite à des gros problèmes financiers. Ces déboires ne font pas oublier les rivalités historiques : même si quatre divisions les séparent désormais, le grand rival d’Offenbach, c’est l’Eintracht Francfort. D’ailleurs, dimanche, des ultras de SGE avaient fait le déplacement et agitaient fièrement leur drapeau, salué par le speaker local, dans le kop du Waldhof pour narguer les quelques mille fans des Kickers qui avaient fait le déplacement (en Regionalliga ! quand on pense qu’en Bundesliga Hoffenheim peine à réunir une centaine de fans pour certains déplacements…).

Die Schlacht vom Bieberer Berg 

Si les ultras de SGE ont fait le déplacement, c’est aussi parce que Waldhof Mannheim – Kickers Offenbach, ce n’est pas tout à fait un match comme les autres. Cette affiche (inversée) est devenue tristement célèbre le 14 mai 1999, le jour du Vatertag. Et certaines lumières ont cru bon de célèbre la fête des pères en organisant la plus grande bataille de hooligans de l’histoire du foot allemand lors d’un Offenbach – Mannheim, réunissant des amoureux de castagne venu de tout le pays. Ce match est donc resté célèbre sous le nom de Schlacht vom Bieberer Berg, la bataille du Bieberer Berg, le stade d’Offenbach, dont les alentours boisés se prêtaient particulièrement bien aux embuscades, castagnes et autres châtaignes. Dix-huit ans plus tard, la rivalité n’est pas oubliée et c’est avec une présence policière massive que se déroule ce match sous très haute tension. Les fans d’Offenbach sont parqués dans un coin du stade et séparés du reste du public (8170 spectateurs au total) par d’imposants cordons de sécurité. Pendant le match, on entendra autant de chants d’insultes que d’encouragements des fans des deux camps. Une vraie rivalité historique, une grosse ambiance, des fans fidèles même en Regionalliga, on adore, même si cela flirte dangereusement avec les limites.

La bataille sur le terrain

On parle de football ? Pour le Waldhof, c’est le match de la dernière chance car le 1. FC Saarbrücken et les Kickers Offenbach se sont nettement détachés en tête de cette Regionalliga Südwest pour les deux places de barragistes et seule une victoire peut permettre aux Mannheimer de rêver encore à une promotion. C’est pourtant Offenbach qui place les premières banderilles mais sans parvenir à cadrer. La première grosse occasion est pour le Waldhof mais leur centre-avant Koep rate le ballon, a priori une spécialité locale puisque cela arrivera à deux autres reprises aux Mannheimer. Mais le match vire rapidement à la bataille de tranchées avec beaucoup d’accrochage et de contestations. Finalement, le Waldhof finira par obtenir ce qu’il cherchait : un pénalty, suite à une énième chute dans la surface, de Gianluca Korte en l’occurrence. L’Italien Daniel Di Gregorio transforme imparablement et fait exploser une première fois le Carl-Benz-Stadion.

Les misanthropes

Après la pause, on attend en vain la réaction d’Offenbach, c’est plutôt Mannheim qui est proche du 2-0, même si cela manque terriblement de précision dans la dernière passe : en fait, quand tu es attaquant au Waldhof, tu dois être conscient que, lorsque tu fais un appel de balle, la probabilité que tu sois effectivement servi dans de bonnes conditions est infinitésimale. Le match est de plus en plus haché, l’ambiance est électrique, sur et hors du terrain, et les altercations se multiplient. Les Kickers vont laisser passer leur chance à quinze minutes de la fin sur une énorme triple occasion : une reprise détournée par le gardien Scholz puis, sur les deux corners qui ont suivi, un gros cafouillage devant le but puis une reprise non cadrée à trois mètres du but. Le tournant du match car, cinq minutes plus tard, Andreas Ivan libérait le Carl-Benz-Stadion d’une frappe dans le petit filet. Les chants d’insultes envers Offenbach pouvaient repartir de plus belle ; autour de moi, en tribune latérale, des messieurs d’un certain âge à l’allure tout à fait respectable reprennent de bon cœur les « Sch… Kickers Offenbach » alors que les spectateurs se massent en extrémité de tribune, juste avant le no man’s land séparant le Gästeblock, pour adresser des bras d’honneur aux fans des Kickers, qui répondent pas des gestes non moins équivoques. Ambiance. En fait, a priori, à Mannheim, on n’aime pas grand monde : une immense ovation salue l’annonce de la défaite de Kaiserslautern contre Duisburg sur l’écran géant et, dans le tram du retour, on entendra des chants résolument hostiles au Karlsruher SC. Et on ne parle même pas d’Hoffenheim qui, grâce aux millions de Dietmar Hopp, est devenu le club phare de la région, compliquant singulièrement le retour du Waldhof vers les sommets. Néanmoins, cette victoire 2-0 permet aux Mannheimer de préserver un frêle espoir de promotion en revenant à dix longueurs de leur adversaire du jour, avec un match en moins.

Skinheads et flamants roses !

Tu imagines bien que, lorsque tu es en couple, il s’agit de faire quelques concessions pour faire admettre l’idée d’un match à risques en Regionalliga le dimanche. En l’occurrence, je m’en suis tiré avec la visite du château d’Heidelberg (magnifique au demeurant) en matinée et grâce à la présence du magnifique (même sous la grisaille) Luisenpark juste à côté du stade. Après le match, je rejoins donc mon amie audit Luisenpark en attendant que la foule s’évacue. Sauf que les trams ne sont guère performants à Mannheim et, lorsque nous voulons regagner la gare, de nombreux fans attendent encore à l’arrêt de tram. Des fans du genre plutôt très imbibés à la Eichbaum, la bière locale, avec des crânes rasés et des tatouages équivoques. Le contraste est assez saisissant avec la quiétude, les écureuils, les canards, les flamands roses, les décorations florales, les gondoles et les pagodes chinoises du Luisenpark où nous folâtrions encore quelques minutes plus tôt !

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Le tram tarde à venir car tout est bloqué en raison du départ du car adverse : la police ferme tous les carrefours et le bus des joueurs d’Offenbach est escorté par douze fourgonnettes de police (rappel : nous sommes en Regionalliga !), ce qui ne l’empêche pas d’être copieusement arrosé de bières en passant devant les furieux à côté de nous. C’est sympa les petits dimanche entre amis, non ?

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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[SGE – BVB] – Il n’a manqué que la victoire

C’est pour vivre ce genre de match que nous parcourons tous les week-ends des centaines de kilomètres avec unser BVB....

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