Dortmund est une ville qui vit pour et par son club de football. Toute la ville ? Non ! Chaque fin d’année, une poignée d’irréductibles se réunit dans le parc domanial de Fredenbaum, dans les marches extérieures septentrionales de l’Innenstadt-Nord pour un marché de Noël hors du temps où chevaliers, elfes et pirates font presque oublier Südtribüne, Marco Reus et Borussia.

Nous l’avons souvent écrit : Dortmund est une ville qui s’identifie profondément à son Borussia et réciproquement. A tel point qu’il est impossible de comprendre le phénomène BVB sans connaître un minimum la ville et son histoire. Et l’atmosphère qui règne dans la grande cité de l’est du Ruhrpott est fortement corrélée aux résultats de l’équipe de football qui l’a rendue célèbre. Par exemple, lors du traditionnel Weihnachtsmarkt qui se tient chaque fin d’année au centre-ville, entre la Reinoldikirche, l’Alter Markt, la Hansaplatz et la Kampstraße, la féérie de Noël ne parvient pas à occulter la ferveur jaune et noire, des Lebkuchen « mein Herz schlägt für den BVB » à la Pokal qui décorait cette année le größte Weihnachtsbaum. Les jours de match, les maillots schwarzgelben sont omniprésents dans les nombreux stands Glühwein et le résultat du jour conditionne forcément l’ambiance. Après une victoire, c’est plutôt sympathique. Mais après une grosse désillusion, cela peut devenir pesant et cela a été le cas cette année après les couacs au Westfalenstadion contre Schalke et Werder. C’était typiquement le genre de soirée à te dégoûter du football et où la dernière chose dont tu as envie le soir en rentrant du stade c’est de refaire une énième fois les mêmes théories foireuses sur le sort de l’entraîneur, le schéma tactique ou la stratégie de recrutement. Même autour d’un Glühwein mit Schuß. Mais dans une ville à tel point raide dingue de football, il est difficile d’y échapper. Et pourtant, nous avons trouvé une échappatoire…


Pour cela, il faut se rendre à Fredenbaum. Il s’agit d’un parc situé à l’extrémité nord de l’Innenstadt Nord, au nord du port (Hafen), un rare lieu de délassement avec un lac dans l’une des parties les moins avenantes de la ville. Dès la mi-novembre, les lieux sont investis par le Phantastischer Mittelalterlicher Lichter Weihnachtsmarkt. Quèsaco ? Il s’agit d’un marché de Noël médiéval illuminé. L’endroit n’ouvre ses portes qu’à l’approche de la tombée de la nuit jusque tard dans la soirée car la magie n’opère qu’une fois que l’obscurité commence à envahir la vallée de la Ruhr. Des milliers de foyers s’allument alors.

Ici, il n’est point question d’une débauche de LED et d’effets lumineux clignotants, ceux-ci se font plutôt discrets car l’essentiel des illuminations est assurée par du bon vieux feu. Des milliers de torches sont allumées et éclairent les sentiers en copeaux de bois qui sillonnent entre les arbres décharnés de Fredenbaum, donnant aux lieux des allures de Vieille Forêt de la Communauté de l’Anneau. Et, comme pour les hobbits, il n’est point question de s’écarter du sentier, non pas par risque de rencontrer quelques créatures maléfiques mais plutôt quelques flaques de boues glissantes. Maintenant, je sais…


Car J.J.R. Tolkien n’est pas loin en ces lieux, G.R.R. Martin non plus dans une moindre mesure. Aux détours des sentiers, nous croisons des elfes, des gobelins, des nains, des fées, lesquels côtoient des figures moins fantasmagoriques comme des chevaliers ou des princesses. Un lieu hors du monde et hors du temps, le seul endroit à Dortmund où l’on peut se voir jeter des regards un peu curieux en portant une écharpe du BVB. Partout, de petits groupes se rassemblent et se réchauffent autour des innombrables feux allumés ici et là, comme une armée du Moyen-Âge à la veille d’une grande bataille.

 

Dans les stands, de toile et de bois, les articles médiévaux ont remplacé les traditionnels Lebkuchen et autres Weihnachtspyramide. D’immenses chaudrons alimentés par du feu de bois préparent des mets étranges ou des breuvages originaux qui nous changent des habituels Currywurst et Glühwein comme ce Hammer Tor (marteau de Thor). Le nom laisse deviner le degré d’alcoolémie du truc…

Nous pouvons nous initier au tir à l’arc et à l’arbalète, avec plus ou moins de succès mais, en tant que Suisses, nous avons immédiatement eu une prédilection pour la seconde nommée, va savoir pourquoi…

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Ici, un bateau pirate achève de se consumer alors que des milliers de fioles de rhum toute droit sorties d’un galion échoué décorent le sol. Là, un pont flottant (et un peu mouvant) en bois permet de traverser le lac dans une atmosphère irréelle et rendue brumeuse par les milliers de torche qui éclairent les rives. Nous nous attendons presque à voir surgir un dragon, l’emblème de la manifestation, du ciel obscur du Ruhrpott.

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Sur la scène extérieure, un groupe joue de la musique celtique avec des fréquentes éruptions de lance-flammes pour réchauffer l’atmosphère, en mode Rammstein. De Rammstein, il en est également question sur l’autre scène, sous une tente celle-là, où des musiciens déguisés tentent de reprendre le célèbre Engel de Till Lindemann et de sa bande à l’aide d’instruments médiévaux.

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Même la bière est servie dans des bouteilles aux étiquettes moyenâgeuses rompant avec les Kronen, Brinkhoff’s, DAB, Hansa, Thier, Union et autres Stifts qui font normalement la loi à Dortmund. On se laisse griser par l’ambiance et on en oublie presque le BVB, les messages catastrophistes et désespérés qui me parviennent à intervalles réguliers sur le whatts’ap de mon Fanclub paraissent un peu dérisoires dans cette atmosphère médiévalo-fantastique. On ne se laisse toutefois pas griser jusqu’au point de nous essayer au maniement de la hache que l’on nous propose, le but était quand même de rentrer entiers…


C’est avec une pointe de regrets que nous quittons cet endroit tellement décalé, à la fermeture des portes, non pas en quête du Graal, de l’anneau ou du Trône de Fer mais, plus prosaïquement, d’un moyen de locomotion pour regagner nos pénates, ce qui n’a rien d’une sinécure en cet endroit reculé de la ville à une heure avancée de la nuit. Le Phantastischer Mittelalterlicher Lichter Weihnachtsmarkt, c’est fini pour 2017 mais nous nous réjouissons de retenter l’expérience en 2018, dès la deuxième quinzaine de novembre. Non pas, souhaitons-le, pour oublier une contre-performance du BVB mais juste parce que c’est un endroit sympathique, original, féérique, une véritable petite oasis hors du temps et de l’espace dans une banlieue industrielle glauque. C’est également ainsi que nous bouclons l’année 2017 sur Generation WS en vous remerciant d’avoir été si nombreux à nous suivre autour de notre passion commune afin de constater que le BVB ce n’est pas seulement onze joueurs sur un terrain de football mais aussi et même surtout une culture, une histoire et un patrimoine que nous nous réjouissons, si possible avec davantage de succès mais on sera aussi là avec moins, de partager en 2018. D’ici là, bonne année à tous !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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