Il y a encore quelques mois, il n’était connu que par quelques esthètes bretons et faisait tout juste ses débuts dans notre Ligue 1 nationale. Aujourd’hui, Ousmane Dembélé a franchi les étapes à la vitesse grand V comme peu avant lui, jusqu’à toquer et parvenir à une nomination avec l’Équipe de France. De quoi réjouir tout homme, d’autant plus quand ce dernier porte le maillot de votre club. Cependant, derrière l’enflammade suscitée dans l’Hexagone, une autre vision peut également être entendue, une vision plus mesurée.

De la Bretagne à la Ruhr

Avant de fouler les pavés de Düörpm, Ousmane Dembélé s’amusait sur les pelouses françaises sous le maillot du Stade Rennais. En quelques mois seulement, le jeune homme est passé de quasi-inconnu pour les non-suiveurs du club breton à pépite du football français aux yeux du plus grand nombre. Comme nous l’explique Laezh Dour, supporter du Stade Rennais et, accessoirement, homme derrière la Breizhou académie, « ça faisait un moment qu’on savait que le gamin avait du potentiel, y’a 2 saisons il avait fait une grosse saison (13 buts en 17 matches) en CFA 2 à 17 piges, un championnat pas toujours évident pour les très jeunes. Après je vais pas te cacher que l’imbroglio de l’été dernier, du je-pars-je-pars-pas alors qu’il n’avait jamais foutu le pied sur un gazon de L1 m’avait un peu gonflé, comme tous. Après vu les offres de l’époque c’était assez parlant pour un jeune qui n’avait jamais joué pro. » Et pour cause.  « Il rentre pour son premier match à Angers, un peu timidement. Premier but à domicile contre Bordeaux la semaine suivante, et derrière il est monté en puissance crescendo avec un pic entre janvier et mars. Continue ainsi Laezh Dour, tout en ajoutant, il a eu 2 derniers mois difficiles, notamment à cause du fait que la stratégie Courbis c’était « donnons la balle à Ousmane et voyons ce qu’il se passe. » Les équipes ont commencé à le prendre à 2, et il avait encore un peu de mal à dribbler arrêté. Le match à domicile contre Monaco est criant à ce niveau-là. Côté jeu, son avantage évident, plus que la vitesse même c’est la vitesse d’exécution. Sa capacité à conserver sa vitesse en dribblant est flippante, et c’est ce qui fait que sur phases rapides il est injouable. Très bon premier pas aussi. Niveau défauts, ils sont symptomatiques de sa jeunesse : choix offensifs un peu faciles parfois, décisions moyennes en sortie de dribble, centres à améliorer, et si les efforts défensifs sont généreux, ils sont d’une naïveté attendrissante. Par rapport à ce que j’en pense moi personnellement, je dirais que c’est le meilleur joueur sorti du centre de formation de Rennes que j’ai vu de mon vivant, devant des noms comme Brahimi ou M’Vila. En plus de ça c’est un joueur de panache, ce qu’on ne voit pas forcément toujours de par chez nous, donc nécessairement, je suis une grosse, grosse groupie. »

© LOIC VENANCE/AFP/Getty Images

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Du côté de Marcin, supporter du club breton également, le son de cloche n’est pas franchement différent. « Pour moi, il est meilleur dans l’axe derrière un vrai neuf, avec beaucoup de liberté, même si évidemment il peut aussi être un très bon ailier. Par contre, je le mets en deuxième place au niveau des joueurs du centre qu’on a sorti de mon vivant. Pour moi, M’Vila reste le numéro un. Par contre, je suis d’accord et j’insiste même sur un point qui est sa force-faiblesse, il est dingue dès qu’il a de l’espace. Par contre, clairement, quand il se retrouve arrêté et qu’il doit faire la différence, il est moins impressionnant. Même s’il n’est pas manchot, sa conduite de balle (ballon toujours proche du pied) est ce qui en fait un enfer pour les défenseurs qui ne manquent pas de le noter après l’avoir affronté. Le fait qu’il soit aussi bon des deux pieds est un autre atout majeur à son âge. Il a évidemment beaucoup de déchets, mais il nous créait tellement d’occasions et de buts que c’était difficile de lui en vouloir. À Dortmund les occasions existent déjà donc j’imagine que c’est la différence, il doit son montrer plus efficace, individuellement et collectivement. Au niveau de son comportement, il y a plusieurs facettes. Parfois, il fait très mature pour son âge, très calme, et parfois son âge se fait ressentir. Pendant l’épisode Salzburg, il m’a vraiment énervé, mais c’est sans doute son entourage qui a nuit. Ensuite, il y a aussi eu des moments sympas, comme quand il se jette dans le parcage RCK improvisé à Guingamp (le déplacement était interdit, ndlr), on sentait vraiment que c’était instinctif, naturel. »

Des débuts difficiles

Derrière ce transfert se cache également des débuts difficiles sur les pelouses allemandes. Si la préparation estivale nous a permis de voir toute son habileté technique, le début à la compétition nous a finalement très vite fait retomber sur terre. Oui, Ousmane Dembélé est très certainement l’un des meilleurs joueurs de sa génération. Un transfert chez un grand d’Europe à tout juste 19 ans n’est évidemment pas la chose la plus aisée, d’autant que l’adaptation à un nouveau pays, si jeune, l’est encore moins. Tout ça, à Dortmund, dans les travées de notre Westfalenstadion, nous en avons conscience. Finalement, très peu de monde doute de ses capacités et de son potentiel, même les adversaires du joueur restent étonnés par le jeune Français, on en veut pour preuve l’intervention désormais culte de Leon Balogun, joueur de Mainz qui a dû se coltiner le gaillard ce week-end.

« Le gamin Dembélé est incroyable. Pendant le match, j’ai demandé à Aubameyang : ‘Woah, mais quel gamin avez-vous acheté là ?’ Il est extraordinaire, a-t-il lâché après la rencontre. Je ne sais pas quel âge il a exactement, 18 ou 19 ans ? Il est calme, technique, sa vitesse est incroyable. Bravo à Dortmund d’avoir acheté un joueur de ce type. Je pense qu’ils vont bien s’amuser avec lui et il est promis à un grand avenir. » Déclarait ainsi le Germano-Nigérian.

Pourtant, derrière tout cet emballement, nous voulons également apporter et faire entendre une vision plus mesurée, sans dénigrer le talent du joueur. « Il est au début de son développement et doit encore apprendre. Apprendre à lire le jeu et à défendre intensivement. » Cette phrase, elle vient directement du banc et de l’entraîneur Thomas Tuchel durant la préparation estivale. Comme tous joueurs, Dembélé a des défauts, et ils agacent de plus en plus. Vivace, technique, dribbleur, Dembélé est malheureusement aussi personnel, un peu trop même, voulant débloquer des actions à lui seul et, de ce fait, produisant un nombre de déchets incalculables durant les trois matchs officiels de ce début de saison. Ces trois matchs, nous les avons vécus de l’intérieur, dans les tribunes aux côtés des ultras du club. Au fur et à mesure des minutes et des rencontres, l’agacement était de plus en plus présent et prenait très vite le dessus sur l’engouement suscité par son transfert.

Dans la ville où on aime aduler des joueurs comme Kevin Großkreutz, Lars Ricken, «Der Fette mit der Sechs», ou encore Jakub Błaszczykowski -que l’intéressé doit d’ailleurs remplacer sur le terrain-, le talent brut n’est pas forcément la base première. Tout joueur passe et passera toujours derrière le club. Qu’importe son talent, qu’importe son âge, qu’importe d’où il vient, la mentalité ne se gagne pas avec le temps. Si en France le discours serait «il vient d’arriver, laissons-lui le temps de s’adapter», en Allemagne, il est plutôt «peu importe qui tu es, le club passera toujours avant toi.»

© Simon Hofmann/Bongarts/Getty Images

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Car si Dembélé sait dribbler, il a aussi su se faire remarquer par son comportement sur le terrain. Le premier recadrage public de la part de Schmelzer, leader et âme de l’équipe, et Rode, nouveau chien de garde et futur leader, interviendra durant la Supercup suite à un ballon balancé dans le public jaune et noir par agacement. Si la scène n’est pas franchement unique dans le monde du football, la soufflante et un certain décalage de mentalité avec les deux Allemands restent dans les esprits.

Toujours durant cette Supercup, toujours dans le même registre, toujours sur le terrain, le joueur râle. Souvent. Trop même. Avoir du caractère, on ne demande que ça, par contre voir une recrue quasiment inconnue au pays ne pas être contente auprès de ses coéquipiers, car, à son gout, elle ne reçoit pas assez de ballons, c’est franchement moins agréable. Enfin dernière soufflante en date durant le match du week-end face à Mainz. Si Balogun n’a pas hésité à dire tout le bien qu’il pensait du joueur, on a également eu l’occasion d’assister sur le bord du terrain à une réprimande marquante de Tuchel vis-à-vis du joueur. Une action commentée un peu plus tard dans la journée par un «nous devons encore apprendre à nous connaître» dans les colonnes de Ruhr Nachrichten. Il n’est pas le seul. S’il se déclare satisfait des débuts de son jeune protégé, notre entraîneur constate, comme nous, que, malgré les louanges, celui-ci n’a pas encore comptabilisé le moindre but ou passe décisive lors de ses trois premiers matchs officiels : « Dembélé doit maintenant affiner ses dribbles. Nous devons regarder pour intégrer son jeu dans le système pour encore mieux utiliser ces nombreux dribbles et que ceux-ci débouchent sur plus d’occasions de but qu’ils ne le font déjà. »

Bien évidemment, il n’y a pas mort d’homme. Néanmoins, cette accumulation agace. Ajoutez à ça l’introduction d’un smartphone -confisqué rapidement par Tuchel- pendant l’entrainement et, surtout, un certain désintérêt lors des tours d’honneurs tandis que d’autres, à l’image d’une légende comme Weidenfeller ou du nouveau venu Schürrle, ne rechignent jamais à la tâche, et l’on se retrouve avec un certain décalage entre le joueur et la mentalité que l’on peut -et veut- trouver dans le club, nos tribunes, et plus globalement celle du pays.

© Lars Baron/Bongarts/Getty Images

© Lars Baron/Bongarts/Getty Images

Comme l’explique Fabian, ultra du club et ancien membre de The Unity désormais dans le groupe Zone 09, « les supporters du Borussia Dortmund attendent des joueurs qu’ils soient honnêtes et qu’ils arrivent à s’identifier avec le club. Ça ne doit pas fonctionner directement, mais ils doivent toujours montrer qu’ils s’engagent à 100%. Dortmund c’est comme ça. On appréciera toujours plus un joueur qui se donne à 100%, ne sera peut-être pas le plus doué et qui ne marquera que 7 buts, plutôt qu’un joueur qui se donne à 80% et qui marque 15 buts dans une saison. Ce sont nos valeurs. Notre identité. » Tout en ajoutant, « de ce que j’ai pu voir, il a beaucoup de grosses lacunes, il y a le manque d’harmonie avec ses coéquipiers, mais surtout, le manque de sens du collectif. De même, il ne fait pas d’effort défensif, c’est ce que l’on veut. Mais je vois en lui beaucoup de potentiel, je pense que c’est un bon footballeur et il va trouver un jour une place dans le 11 de départ. S’il montre l’exemple sur le terrain, qu’importe comme il se comporte en dehors. Tant qu’il y a du respect avec les supporters. On aime les joueurs authentiques, si tu balances des kebabs ou tu t’habilles bizarrement, mais que tu te donnes dans ton boulot, dans le stade, les entraînements, personnellement, ça me va. »

On dit souvent que supporter le Borussia Dortmund ça se mérite, qu’on ne le devient pas comme ça. Jouer au Borussia Dortmund l’est également. Porter ce maillot, c’est représenter une région, une mentalité, une histoire, des hommes et des femmes qui se tuent à la tâche pour assister à un match de football tous les week-ends. Jouer à Dortmund, c’est se battre et ne pas compter les efforts. Mais ça, on ne doute pas de le voir. Au fond, nous devons encore apprendre à nous connaître.

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Alexandre Fatton

"Être supporter du Borussia Dortmund, Ça se mérite. Il faut avoir une histoire à raconter. Tu ne le deviens pas du jour au lendemain."

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